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mercredi 6 novembre 2013

Interview Voyagecast




L'ami Jonathan, du site "Voyagecast", me fait l'honneur de voyager avec lui sur son Podcast, ou nous discutons de prévoyance, de sécurité, d'autonomie et de résilience dans le contexte du voyage.




jeudi 6 juin 2013

Interview Nature & Découvertes





Nature et découverte m'avait contacté il y a quelques mois pour me poser des questions sur la survie et le survivalisme…


-          Dans votre parcours personnel, qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser au thème de la survie ?


Peut être que certaines natures sont prédisposées a ressentir un attachement particulier a un univers précis. Pour moi, ça a été le sauvage et l'indomptable…principalement au travers d'auteurs comme Jack London, Giono, Daniel Defoe ou encore H.D. Thoreau et sa "révolte solitaire", mais aussi au travers de cultures et de tribus comme les Hopis, les Nez Percés et les Zunis.

C'est tout ces paysages ou l'on ne s'impose pas…mais ou l'on s'invite a gribouiller son existence entre deux gestes encrés dans le vital.

Dans "Walden" (Thoreau) par exemple, il y a cette implication qui me touche particulièrement…quand pour lui la construction d'une simple cabane devient la construction de notre propre armature, que certains nommeront "âme".

N'est ce pas la la réelle lumière de la "survie" ? D'une certaine "révolte solitaire", de  l'ébauche d'un authentique intime et personnel…aux réalités primaires et primitives d'un monde dénudé de complexités bruyantes et étourdissantes, et ou l'individu, dépouillé de ses repères technologiques, est invité a se souvenir de son propre nord ?

Mais si tous ces auteurs ont largement participé a un certain éveil, c'est principalement au travers de ma propre nature que s'est révélé cet intérêt particulier.
J'ai toujours aimé le camping, la solitude des grands espaces, l'abandon a l'exploration aléatoire au travers de divers voyages en autostop ou a pieds…

Toutes ces coïncidences, plus ou moins maîtrisées selon les expériences, m'ont conduites a évoluer dans le monde de la survie, de la préparation et de la prévoyance.



-          Quels sont les grands thèmes traités dans la survie ?


Cela dépend de ce que nous observons.

Sur le court terme, et donc en surface, on y découvre en premier la matière…soit les textures plus ou moins dociles pouvant permettre notre résilience, comme par exemple le monde animal, végétal et minéral. 
Nous sommes ici sur un terrain manuel, et donc fertile a la manipulation au sens propre du terme…

C'est se remémorer notre héritage de chasseur / cueilleur, non seulement en terme de calories (procuration de nourriture), mais aussi et peut être surtout a une échelle logistique et plus ou moins cohérente envers notre environnement.

La fabrication, l'utilisation, l'adaptation, la transformation, l'improvisation…sont autant de thèmes largement explorés en survie, puisque nous devons d'abord répondre a une multitude de besoins physiologiques, et ceci dans un environnement souvent inconnu.

S'hydrater, se chauffer, se nourrir, se protéger, se reposer…sont des obligations qui nous confrontent a l'action, et plus précisément a la procuration de ressources variées pour pouvoir influencer positivement notre condition (physique et psychologique) et pouvoir perdurer.

Ces ressources doivent être matérialisées par la dépense d'énergie: tout cela est faire.

Mais la survie peut aussi s'éloigner des grands espaces naturels, de tout ces gestes ou réflexes plus ou moins "primitifs", et venir s'intéresser a nos quotidiens, et ceci peu importe notre environnement immédiat, foret ou ville. C'est survivre a un accident de la route, un incendie au domicile, une agression physique, un licenciement, un harcèlement psychologique ou une maladie grave.

Dans ce sens, les thèmes traités en survie sont vastes et peuvent être complexes: thermodynamique, psychologie, anthropologie, sociologie, ethnologie, physique, sciences naturelles, comptabilité, biologie, géologie, médecine, techniques primitives, orientation, dépeçage, techniques de préservation de la nourriture, arts martiaux, droit, élocution etc…



-          Pourquoi des occidentaux qui vivent dans un environnement de confort et d’abondance ressentent l’envie ou le besoin de se mettre en situation de survie ? Le vit-on comme un jeu ou comme un danger réel ?


Sans doute que les motivations vont être différentes selon les individus, les intentions ou encore les professions (militaires, pilotes de brousse, guides de haute montagne, chasseurs, grimpeurs, photographes de guerre, policiers, pompiers, citoyens etc), mais je pense que pour beaucoup il est aujourd'hui question, consciemment ou non, de s'affranchir, ne serait-ce que pour quelques jours, d'une manière de vivre ou nous ne sommes que très rarement réellement "présent" et "pilote" de nos propres intentions.

Appréhendé comme un jeu ou danger réel, peu importe...c'est un pas vers une certaine connexion.

Notre monde moderne Occidental, si magnifique soit-il pour palier efficacement a une rage de dent ou un désir de nouilles Chinoises a 2 heure du matin…n'offre qu'une relation plus ou moins stérile a notre erre de jeu.
Nous pourrions dire que l'Homme moderne est la victime d'une déconnexion plus ou moins intense avec le monde naturel, mais aussi et peut être surtout avec son propre univers intérieur.

Simplement, nous ne sommes pas "construit" pour rester assis a un bureau toute la journée. Nous ne sommes pas "construit" pour suivre aveuglement une foule imprévisible dans un couloir de métro, pour répéter le même geste 40 heures par semaines en usine, ou encore s'assoupir sur une pelouse a découvert: certaines contraintes anxiogènes rencontrées dans nos sociétés modernes sont liées a l'héritage d'une multitude de couches successives d'instincts. Ces instincts sont multiples et peuvent réveiller chez certains une peur qui aujourd'hui peut paraître absurde, comme par exemple se retrouver a découvert dans une clairière.

Notre construction (physique et psychique) est fondamentalement décalée par rapport a l'univers moderne, et pour accepter ce changement radical de fonctionnement, de lois, de règles et de protocoles…pour enrayer la totalité de notre héritage instinctif (la survie), il a fallu adhérer et contribuer a notre propre déconnexion.

Certaines compagnies Américaines par exemple, ont réalisées que cette déconnexion affectait lourdement la qualité de production et de leadership au sein de leurs équipes, et ils ont eu l'idée de faire participer leurs employés a des stages de survie plus ou moins longs et intenses. 
Cette méthode est toujours utilisée pour renforcer l'esprit de cohésion, et réveiller ou valoriser certaines qualité comme l'entraide, le courage, l'endurance, la détermination, le leadership, la réflexion critique, l'adaptabilité, la résilience etc.

A l'échelle individuelle, je pense que l'intérêt porté au monde de la survie reflète cette inconfortable sensation d'inertie et de déconnexion…et il me semble naturel, surtout pour un jeune homme, de s'intéresser aux "rituels" liés au dépassement et a la découverte de soi comme nous pouvons les retrouver dans bon nombre de cultures.

Notons au passage que nos sociétés Occidentales ont largement abandonnées ces "rituels", comme par exemple les boyscouts, la chasse transmise de père en fils, le camping sauvage ou encore le service militaire, largement abandonné ces 20 dernières années par la plupart des pays Occidentaux.



-          Y a-t-il des femmes qui participent ? Qui sont-elles ?


Oui il y a des femmes qui participent…mais il faut bien avouer que "la survie" est un univers principalement visité par les hommes. 

Pour beaucoup de femmes, volontairement évoluer dans la nature, et se confronter a elle en faisant abstraction d'un certain confort, est tout simplement idiot et puéril…peut être même régressif. 
De plus, beaucoup de femmes ont souvent d'autres choses a réaliser, et leur connexion personnelle "au naturel" s'opère largement ailleurs que celle des hommes, notamment dans la construction d'une famille, et l'exploration de l'instinct nourricier.

Il y a cette dimension corporelle aussi…si il est plus ou moins facile pour un homme de porter des charges conséquentes, de couper du bois toute la journée, d'uriner au vent quand bon lui semble et de se contenter d'une toilette approximative au lichen, certaines femmes auront plus de mal a gérer leur univers corporel au quotidien sans les conforts physiques et psychologiques que nous pouvons avoir aujourd'hui.

La problématique des menstruations peut aussi être un frein décisif a l'exploration de "la vie dans les bois" pour certaines.
Il n'est d'ailleurs pas rare que les femmes qui se prêtent au jeu (expéditions, déploiements militaires ou humanitaires, Koh-Lanta etc…) se préparent a l'avance en manipulent leurs cycles de menstruations a l'aide de produits pharmaceutiques.



-          Comment expliquez-vous la fascination de notre société pour la survie, au-delà même des participants aux stages (Koh-Lanta, Bear Grylls, succès d’édition des guides de survie) ?


Si notre modernité nous a largement dépossédée de ce lien avec "l'essentiel", pour cimenter notre lien avec le "superficiel", beaucoup sont incapables, pour des raisons variées, de s'élancer a la conquête de l'Everest pour résoudre quelques problèmes existentiels…tout comme il n'est pas permit a tous d'aller voir un lion dans son habitat naturel, de traverser les Andes a pieds, de suivre une formation au GIGN, de tout plaquer pour vivre en complète autarcie ou encore de glisser le long des montagnes du Saskatchewan en canoë.

Alors, et pour peut être gouter a ce dépassement de soi, cette révolte solitaire, cette connexion a l'essentiel…la seule solution pour beaucoup est de se résoudre a vivre ces gestes par procuration, et se demander, loin du danger, si nous aussi nous pourrions survivre.

Il faut avouer aussi que bon nombre d'émissions comme Koh-Lanta ou Man vs. Wild (Bear Grylls) sont largement divertissantes, non seulement d'un point de vue exotique, car les lieus de tournage sont généralement époustouflants, mais aussi a l'échelle humaine.
La force de Koh-Lanta est bien dans le fait que les acteurs sont vous et moi…si en plus ils doivent manger des araignées grillées et des larves énormes encore vivantes, la fascination est au rendez-vous, car nous avons tous connu le manque et la faim, ne serait-ce que pour quelques minutes a notre naissance, et cette expérience est pour l'être humain (une des seule créature au monde qui a sa naissance doit être aidée par la mère pour s'alimenter) décisive dans sa construction et largement mystifiée.

Nous retrouvons d'ailleurs cette mystification de la nourriture dans toutes les émissions de Bear Grylls.



-          Quelles sont les situations et les personnages qui inspirent les amateurs de survie ?


Nous pourrions citer L'Odyssée (Homère), terme devenu, par antonomase, un nom commun faisant référence a n'importe quel récit de voyage ou la survie est sous-jacente ou présente…et fondation d'une tradition d'histoires et de personnages comme Robinson Crusoe par exemple.

Robinson est sans doute le parfait exemple d'un personnage et d'une situation capable d'attiser ce profond désir de liberté et d'auto suffisance. Nous ne recherchons pas forcement ici l'échouage volontaire et l'omniprésence de la solitude et de la mort, mais bien la connexion avec l'essentiel et le "sauvage", qu'il rencontra un Vendredi.

Robinson fait pour nous l'expérience graduelle d'une certaine délivrance, ou la lourdeur et la prétention du "civilisé", du "progrès",  sombre lentement dans l'océan pour laisser place au naturel, a la simplicité et surtout a la "liberté".

D'autres situations sont tous ces événements tragiques et brutaux ayant propulsés l'humain dans la survie. Ce qui caractérise cette immersion est la brutalité de l'événement, et la non prévoyance des acteurs.
Le Titanic, la deuxième guerre mondiale et notamment le siège de Leningrad, l'effondrement de l'économie de l'ex Union Soviétique, le tsunami au Japon, sont autant d'événements ou la survie s'intéresse brutalement a nous.

Un de ces événements typique reste le drame de la cordillère des Andes, quand le 12 octobre 1972, un avion transportant des étudiants et l'équipe de rugby d'un collège, s'écrase sur un glacier dans une zone reculée a proximité de la frontière entre le Chili et l'Argentine.

16 des 45 occupants de l'appareil survécurent après être restés isolés pendant 72 jours, avec des températures jusqu'à -40C, et s'être nourris des restes humains de leurs camarades.

Sinon…Rambo ?



-          Dans le survivalisme, quel est le rapport à la nature de l’être humain (confiance, défiance, alliance, combat…) ?


Le survivalisme tel que je le comprend est effectivement avant tout une question humaine, dans le sens ou quoi qu'il arrive notre plus grand atout, mais aussi notre plus grand désavantage, reste la dimension humaine.

Nous sommes capable du "meilleur", mais aussi du "pire".

Ce rapport a la nature humaine est donc complexe…et tout comme dans nos quotidiens, nous avons a cohabiter plus ou moins intimement avec des gens biens, mais aussi avec des gens moches. Cette relation a l'autre peut être plaisante, enrichissante, salvatrice…mais elle peut aussi être néfaste, démoralisante, toxique et dans le pire des cas mortelle.

Il faut donc prendre en compte la totalité des comportements pouvant dormir dans la nature de chacun et survenir ou transparaitre lors d'un événement perturbateur…car les situations difficiles peuvent facilement venir déstabiliser la fabrique et l'univers psychologique d'un individu.

Quand tout va mal: effondrement de la normalité, rupture de la loi et de l'ordre, guerre, pénurie, perte de l'emploi etc...il est assez facile de s'apercevoir des comportements pouvant nous enrichir, et ceux la pouvant nous empoisonner.
L'instinct de survie nous indique la procédure a suivre…s'allier et grandir ensemble, ou s'éloigner du potentiel danger.

Certains diront que la nature humaine est fondamentalement toxique, violente, intolérante, incapable et incohérente.
Il est vrai que si nous regardons objectivement notre parcours en tant qu'espèce, il est assez difficile de ne pas se poser certaines questions quant a notre inhérente capacité a tuer, piller, asservir, oppresser, torturer, détruire, diviser et emprisonner.

Mais ce ne serait qu'observer une partie de notre potentiel…non seulement dans les comportements, mais aussi dans les moments, et je refuse de m'abandonner a la simplicité du binaire pour évoquer la nature humaine.




mercredi 17 avril 2013

Entretien - La Spirale




Comme La Spirale l'annonce déjà depuis plusieurs années, l'actuel contexte de crise économique, écologique et sociétale favorise de nouvelles formes d'activisme, au sens premier du terme. Pour un nombre croissant de nos contemporains, l'heure est à la reprise en main de leur mode de vie, en privilégiant une forme d'indépendance vis-à-vis du système économique dominant.

Français installé depuis de longues années aux États-Unis et aujourd'hui résident de l'État du Montana, Vol West fait partie des figures les plus en vue de la nouvelle mouvance survivaliste francophone. Outre son blog Le survivaliste au travers duquel il expose sa philosophie et le fruit de ses recherches, il a co-écrit Rues Barbares - Comment survivre en ville avec l'auteur suisse Piero San Giorgio.

Entretien à bâtons rompus avec une personnalité atypique, à mille lieux des clichés et des préjugés entretenus par les médias de masse, au cours duquel sont invoqués les mânes de George Orwell, du Mahatma Gandhi, de Jean-Jacques Rousseau et de Henry David Thoreau.

Propos recueillis par Laurent Courau.


Dans l'imaginaire populaire, le survivalisme est lié aux différentes formes de catastrophes globales. Qu'il s'agisse d'un effondrement économique, d'une guerre civile ou nucléaire, voire d'une pandémie ou d'un accident écologique majeur. 
Votre vision est plus pragmatique, puisque vous parlez plus volontiers d'autonomie alimentaire et énergétique, d'indépendance individuelle ou familiale, d'anticipation d'accidents plus classiques tels qu'un accident de la route ou la perte d'un emploi. Pourriez-vous la résumer pour nos lecteurs ?

Le survivalisme est pour moi l'expression, plus ou moins maladroite selon le parcours et les influences de vie de chacun, d'une prise de conscience et d'un constat personnel liés a la santé de notre monde. Le signal d'alarme est tiré depuis longtemps…et il n'y a pas besoin de vivre dans un quartier populaire de Los Angeles pour s'en rendre compte.

Qu'il soit question d'un malaise écologique, technologique, sociologique, politique, ou encore économique, il me parait raisonnable aujourd'hui de comprendre que notre univers, de part sa force motrice, n'est plus qu'une machine titanesque et dépendante de sa propre amplitude.
En tant que passager titulaire d'un billet, et puisque notre effort de mondialisation a su convertir une multitude de vaisseaux, autrefois plus ou moins libres et indépendants les uns des autres, en un seul paquebot géant a multiples étages et a la direction unique, je me pose des questions.

- Sommes-nous sur la bonne voie ?
- Devons-nous aller aussi vite ?
- Avons-nous assez de ressources pour le voyage ?
- Avons-nous assez de canots de sauvetage pour la totalité des passagers au cas ou ?

Il y a des passagers qui se moquent de tout cela, et d'autres plus prévoyants. Cette prévoyance se transforme alors en démarche calculée pour augmenter notre résilience (a l'échelle personnelle, mais aussi familiale, locale, régionale, nationale et puis globale) dans le cadre d'un événement perturbateur: perte de l'emploi, accident de la route, inondation, incendie, coupure d'eau, effondrement économique, émeute, pénurie, catastrophe naturelle ou technologique, etc.

C'est tout simplement de prévoir un gilet de sauvetage et un plan d'évacuation au cas ou…le bateau coule.

Nos gouvernements sont d'ailleurs les premiers a prévoir des sorties de secours, des stocks de nourriture, des canots de sauvetages (il n'y en a jamais assez pour tout le monde !), des équipes d'intervention (souvent trop lentes, en sous-effectifs ou démoralisées), des détecteurs de fumée etc.

Beaucoup diront que notre bateau ne peut pas couler…qu'il est trop grand, trop beau, trop moderne...et qu'il est ridicule et farfelu de s'abandonner a l'hystérie de l'anticipation et de la prévoyance, même si notre histoire est lourdement jonchée d'échouages plus ou moins conséquents.

Cette démonstration naturelle de responsabilisation citoyenne, de prévoyance et de résilience, n'est cependant qu'une facette du survivalisme, et comme je l'explique sur le blog depuis quelques années maintenant, la réelle portée du survivalisme n'est pas dans la préparation, mais dans la construction personnelle d'une manière de vivre qui reflète une intention résolue d'indépendance et de liberté.

Pour continuer l'analogie du bateau, être prêt, au moyen de bouées de sauvetages et de fusées de signalisation, a subir l'impact d'une situation d'urgence me parait logique et pertinent, mais se donner les moyens de construire sa propre caravelle, pour ne pas subir la totalité des convergences actuelles, est source de liberté.


Les médias de masse rapprochent volontiers le survivalisme d'une certaine extrême-droite. J'ai lu que vous vous définissez comme « libertarien », un courant politique peu connu et souvent mal compris en France. Pourriez-vous nous éclairer sur cette approche, qui semble avant tout prôner la liberté individuelle ? Et comment réagissez-vous à l'approche « critique » des médias de masse ?

Le Libertarianisme est avant tout une philosophie politique, largement fondée sur le principe de non-agression, tant physique que psychologique.

De chez moi, l'opposition droite/gauche n'est que l'expression d'un même et unique sentiment étatique, qui pourrait se résumer grossièrement a l'exploitation d'une direction formatée pour, au final, nous dire comment vivre, ce qui est bon pour nous, ce que nos enfants devraient apprendre, ce que nous devrions acheter ou encore ce que nous devrions manger.

Il y a différents degrés de Libertarianisme, du plus sauvage au plus souple, mais principalement, et si je devais résumer sa pulsion, un Libertarien est une personne qui s'engage a considérer la liberté individuelle en tant que droit naturel, et qui sera dans la plupart des cas favorable a une réduction plus ou moins importante de l'Etat en tant que système gouvernant.


Pour les médias de masse, et intuitivement parlant, je pense que le rapprochement avec l'extreme-droite vient souvent de la présence des armes a feu dans le survivalisme et de ce qu'elles impliquent symboliquement a l'intérieur même des mouvements politiques.
La notion de responsabilisation citoyenne, d'abord tournée vers l'affirmation résolue de sa propre conscience, vient sans aucun doute se confronter et bousculer l'idéologie ambiante de victimisation, idéologie lourde et suffocante en France.

Peut être qu'il y a d'autres éléments a prendre en compte pour expliquer se rapprochement, et même si c'est une erreur globalisante, je pense qu'il est logique, dans le paradigme actuel, de confondre un peu tout et n'importe quoi sans réellement s'investir d'un esprit critique quelconque.

La réalité est bien sur, et comme d'habitude, beaucoup plus subtile et complexe. 

D'abords, le survivalisme n'est pas un mouvement politique. La décision personnelle ou familiale de construire de l'indépendance, de se donner les moyens de consommer de la nourriture saine et réellement locale, de solidifier un idéal de vie et de bien-être, n'est pas gouvernée par un engagement politique traditionnelle.

Certains survivalistes sont de droite, d'autres de gauche et d'autres encore libertariens !



La totalité de l'entretien sur  < La Spirale >
Et un grand merci a Laurent Courau pour son intégrité et son enthousiasme.




jeudi 13 décembre 2012

Interview France-Amérique





Amaury Brelet
11 décembre 2012

Figure francophone du survivalisme installée aux Etats-Unis, Vol West considère sa démarche comme une "philosophie de vie, une intention d'indépendance et d'autonomie à l'échelle individuelle", loin des théories apocalyptiques en vogue. Entretien.
Sa découverte de l’Amérique fut une révélation. En 1992, Vol West a 20 ans quand il parcourt pour la première fois ce "pays de liberté et de sauvagerie". A Los Angeles, ce natif de Vitry-sur-Seine près de Paris, multiplie les petits boulots et devient charpentier. 
Pour fuir la mégalopole californienne et "se distancer de la société, du système, de la machine", il s’installe avec sa famille dans l’Etat rural du Montana, au nord-ouest des Etats-Unis. Le Français de 40 ans y mène depuis une vie simple au milieu de la nature. Sur son blog à succès, Vol West partage son expérience personnelle et pragmatique du survivalisme. Sa devise ? "Si la vie était un jeu, la seule règle serait de survivre." Il se confie à quelques jours de "la fin du monde" annoncée pour le 21 décembre 2012.



France-Amérique : quelle est votre définition du survivalisme et vous considérez-vous comme un survivaliste atypique ?
Vol West : Pour beaucoup, le survivalisme est encore l'anticipation souvent mélodramatique et plus ou moins théâtrale d'une catastrophe globale menaçant brutalement la pérennité de notre espèce : "la fin du monde". 
La démarche du survivaliste n'est pas pour moi de se prémunir d'une possible catastrophe biblique, d'anticiper un effondrement global, ou de se préparer a un événement spécifique et calculé comme une guerre nucléaire ou une pandémie, mais bien de privilégier, au travers d'une certaine prise de conscience et de philosophie de vie, une intention d'indépendance et d'autonomie à l'échelle individuelle, familiale et clanique. 
Cette indépendance, plus ou moins développée et entretenue selon les situations familiales, budgétaires et environnementales, permet certes de faire face à des événements plus ou moins dramatiques comme par exemple la perte de l'emploi, un accident de la route, un incendie au domicile, une catastrophe naturelle et ses séquelles sur l'infrastructure comme l'ouragan Sandy, mais aussi et surtout de pouvoir influencer, d'une manière durable et cohérente, notre environnement immédiat par la mise en place d'un jardin potager par exemple, d'une méthode de récupération des eaux de pluie, ou encore la production de notre propre énergie. 
Simplement, c'est prendre en main notre propre bien-être et augmenter notre qualité de vie. En ce sens, je suis sans aucun doute un survivaliste atypique !

Comment s'est faite votre prise de conscience ?
Lentement. 
J'ai toujours été attiré par cette notion d'indépendance et de "self-sufficiency", mais ce n'est qu'en vivant à Los Angeles pendant plus de 16 ans que je me suis réellement rendu compte d'un déséquilibre omniprésent et grandissant au sein de nos structures sociales, notamment au niveau de la nourriture. L'évolution de nos méthodes de production allant toujours plus vers ce "cash-crop" fondamentalement problématique pour l'environnement et nos générations futures, j'ai commencé à étudier certaines solutions plus stables et surtout pérennes comme par exemple la permaculture. 
Mais l'intention d'indépendance nutritive nous confronte aussi à la dépendance d'une multitude de sous-systèmes comme l'arrosage par exemple, ou encore la préservation de nos aliments. 
En plus de la question nutritive, il m'a fallu réaliser, peut-être plus globalement, que notre univers est devenu extrêmement complexe, et de cette complexité germe une fragilité difficilement négociable pour une famille totalement dépendante de nos systèmes de support comme l'électricité, la distribution (nourriture, eau, gaz naturel, essence etc.), le système bancaire, la protection civile, les soins… Cette dépendance peut être dramatique à l'échelle familiale, comme nous avons pu le constater durant les ouragans Katrina et Sandy.

Que pensez-vous du traitement par les médias des survivalistes, souvent décrits comme des illuminés surarmés, enterrés dans leur abri en attendant la fin du monde ?
Je pense qu'il est tout à fait logique pour les médias de faire la caricature du survivalisme, surtout à quelques jours du 21 décembre. Après tout, la médiatisation est de plus en plus une histoire de divertissement, et dans ce contexte, l'image "traditionnelle" d'un survivaliste ultra armé et prêt a survivre à l'apocalypse dans son bunker apparaît en premier plan. 
Maintenant, le survivalisme a largement évolué depuis les sentiments exaltés de la Guerre froide. C'est cette évolution qui me paraît intéressante, car le survivalisme offre avant tout des méthodes simples et pragmatiques pour améliorer notre quotidien, catastrophe ou pas.

Quels sont les principaux mythes et clichés sur les survivalistes que vous dénoncez ?
Sans aucun doute l'anticipation d'une quelconque "fin du monde". 
Il est vrai que certaines démarches ne peuvent être dissociées d'une croyance imperturbable dans l'apocalypse, mais la plupart des survivalistes aujourd'hui sont par exemple ces jeunes gens en Grèce qui retournent à la terre de leurs ancêtres pour la cultiver et peut-être minimiser l'impact de la problématique économique de leur pays. Ce sont ces mères de familles, qui s'intéressent à la production et la préservation de la nourriture, pour pouvoir offrir une certaine stabilité nutritionnelle à leur famille tout en faisant des économies. 
Ce sont ces millions de gens dans le monde qui s'aperçoivent plus ou moins soudainement que leur propre bien être leur appartient.

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent de paranoïa ?
Nous avons des détecteurs de fumée à la maison pour nous alerter en cas d'incendie. Nous avons une roue de secours dans la voiture pour gérer une crevaison. Nous avons une assurance médicale, une assurance vie, pour nous aider en cas de problème de santé. Est-ce que ces démarches reflètent une certaine paranoïa ? 
Même si le survivalisme pourrait faire valoir une attitude anxiogène, voir paranoïaque, la plupart de nos gouvernements nous demandent aujourd'hui, à nous citoyens, d'avoir un minimum d'autonomie familiale en cas de coup dur. 
Ready.gov par exemple, est un excellent site gouvernemental américain qui propose une autonomie familiale sur le court terme pouvant être salutaire en cas d'effondrement de la normalité à l'échelle locale ou régionale. 
Le survivalisme devrait selon moi s'appuyer sur la raison et non la peur, sur la prévoyance et non la paranoïa.

Vous défendez une vision très pragmatique du survivalisme…
Dans un premier temps, il est important de réaliser que le survivalisme, tel que je le comprends, n'est pas lié a l'échec, c'est-à-dire à la rupture du système ou la catastrophe, mais bien à renforcer l'idée de résilience, d'autonomie et d'indépendance, que celle-ci soit individuelle, familiale, régionale, nationale et peut-être globale. 
C'est le fameux discours inaugural du 20 janvier 1961 prononcé par le président américain John F. Kennedy : "Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays."
Si nous avions tous un minimum d'autonomie à la maison, il me paraît évident que l'impact et les séquelles de la plupart des événements perturbateurs (inondations, tremblements de terre, accidents nucléaires, émeutes, tornades, tempêtes etc.) se trouveraient minimisés. Moins de gens dans le besoin, moins de gens déstabilisés, déracinés ou encore désespérés, influence directement le niveau de résilience et d'adaptabilité ambiant. 
Ensuite, et peut-être à plus long terme, le survivalisme apporte des solutions aux problématiques plus globales et systémiques comme l'appauvrissement des sols causé par la monoculture, ou encore le gaspillage permanent de ressources vitales comme l'eau. Non seulement nous nous donnons les moyens de gérer une problématique locale et de courte durée, mais nous nous donnons aussi les moyens d'influencer la qualité de vie de nos générations futures au travers de méthodes d'agriculture saines et cohérentes par exemple.

Le mouvement survivaliste est-il surtout un monde d'hommes ?
Si nous continuons de voir le survivalisme comme un univers purement masculin, c'est que la médiatisation du mouvement s'attache principalement aux aspects plus racoleurs et colorés comme l'utilisation des armes et la défense personnelle par exemple. Mais la réalité est toute autre. 
Le survivalisme est principalement une question d'autonomie et de durabilité. Dans ce contexte, les femmes sont bien plus liées à la démarche dans son ensemble, naturellement prédisposées, qu'on le veuille ou non, au bon fonctionnement et au maintien de la cellule familiale, et ceci d'une manière durable. Jardinage, fabrication, stockage, éducation, prévoyance sont des sphères largement visitées et entretenues par les femmes. Elles sont peut-être juste moins visibles et surtout moins bruyantes.

Vous citez la fable "La cigale et la fourmi" de Jean de La Fontaine pour montrer la différence entre ceux qui se préparent et les autres. Pourquoi considérez-vous la "non-préparation" comme anormale ?
Notre histoire et plus spécifiquement la survie de notre espèce est fondée sur la prévoyance et la préparation. 
Nous avons une multitude de strates génétiques et biologiques toutes fondamentalement ancrées dans des comportements facilitant notre survie. Notre monde moderne nous chuchote une manière de vivre où il serait possible de ne plus considérer cet héritage. Le chauffage central s'occupe de notre régulation thermique, nos supermarchés nous permettent de devenir végétariens, notre police nous affranchit de devoir défendre nos vies, et l'eau courante et l'électricité nous permettent de ne plus considérer nos besoins physiologiques les plus basiques. Seulement, et à l'inverse de notre héritage biologique, toutes ces structures modernes sont extrêmement fragiles et volatiles. Il me paraît donc anormal de négliger notre héritage biologique et de devenir totalement dépendant de notre modernité, si douillette soit-elle.

Etes-vous opposé à la modernité ?
Il n'est pas ici question d'une décroissance anti-technologique, mais bien d'une prise de conscience pouvant réduire notre niveau de dépendance, tout en utilisant intelligemment les atouts de notre monde moderne, par exemple les technologies liées aux énergies renouvelables, comme le solaire. 
En plus de cette dépendance physique, nous pouvons remarquer que les générations, pleinement influencées par le surplus technologique ambiant, semblent exhiber certaines frustrations et une apathie généralisée de plus en plus palpable. Par exemple, il n'est pas rare d'entendre les enfants dire que les poissons sont carrés (en référence aux produits surgelés), ou encore voir nos adolescents "vivre" sur Internet. 
C'est peut-être dans ces moments qu'il nous faut réaliser qu'une certaine déconnexion du "naturel" est largement en marche, et que ses conséquences et ses ramifications nous sont encore plus ou moins cachées.

Quel impact votre premier voyage aux Etats-Unis a-t-il eu dans votre vie ?
Enorme. Simplement, ça a changé ma vie.

Pourquoi avoir choisi de vous installer dans l'Etat sauvage du Montana, après 16 ans passés à Los Angeles ?
Los Angeles est une ville formidable à bien des niveaux mais c'est aussi un environnement pouvant être difficile à négocier sur certains points. Pour nous, Los Angeles n'a jamais été une destination finale, dans le sens où nous n'y avons jamais trouvé une véritable qualité de durabilité. 
Alors nous avons longuement étudié certaines régions moins denses et peut être plus "humaines" comme par exemple l'Arizona, le Nouveau-Mexique, le Canada ou encore le Vermont, la Pennsylvanie et le Connecticut. Au final, nous avons préféré le Montana. 
Notre liste de "must have" était plutôt courte : densité de population réduite, possibilité d'acquérir de la terre à un prix raisonnable, lois et législations favorables au deuxième amendement, ville à échelle humaine, environnement favorable à l'éducation d'un enfant. Tous ces paramètres ont compté dans notre décision.

Pourquoi avoir décidé de créer un blog et quels sont vos projets personnels ?
La décision de créer un blog est venue après avoir observé un décalage assez prononcé entre l'évolution du mouvement survivaliste aux Etats-Unis et la perception de ce mouvement dans la plupart des pays francophones. Simplement, il me semblait important de témoigner par écrit d'une démarche personnelle et familiale beaucoup plus sensible, et peut-être holistique, quant à l'intention d'indépendance. 
Ce qu'il y a d'intéressant avec le survivalisme "moderne", c'est qu'il regroupe une multitude de pensées et d'orientations parfois diamétralement opposées. Nous y retrouvons plusieurs nuances comme par exemple les mouvements de retour à la terre ou de décroissance, mais aussi des attitudes pouvant être beaucoup plus résolues comme la défense personnelle et le "don't tread on me". Le mariage de toutes ces sous-mouvances est d'ailleurs passionnant. Et puisque je suis d'une double culture, franco-américaine, le blog me permet d'élargir certaines notions. 
Pour ce qui est des projets personnels, je viens de finir un livre co-écrit avec un ami suisse (Piero San Giorgio, ndlr) intitulé Rues Barbares - Comment survivre en ville. Ce livre est important pour nous, parce qu'il s'attarde pragmatiquement sur la survie et la préparation en milieu urbain. 
D'autres projets d'écriture devraient venir compléter le blog dans les années à venir.

Les armes sont largement ancrées dans la culture américaine. Vous êtes vous-même chasseur et en possédez plusieurs. La défense personnelle est un aspect important du survivalisme. Comprenez-vous les critiques des Français sur le sujet ?
La défense personnelle, et plus largement la protection personnelle, sont en effet des sphères importantes et sérieuses, mais pas plus importantes que l'eau, la nourriture, les connaissances, l'énergie ou le lien social. Tout est lié. 
Les critiques ou les objections sur la défense personnelle viennent souvent d'individus n'ayant jamais approché la question autrement qu'intellectuellement et théoriquement. Il est vrai que l'arme est largement ancrée dans la culture américaine, mais il serait naïf et faux de croire qu'elle ne l'est pas dans la culture française. 
Comme aux Etats-Unis, nous avons une véritable culture de la chasse en France, et donc une culture de l'arme, surtout dans les campagnes. 
Ce que je comprends surtout, c'est qu'il y a un manque chronique d'informations sensées, raisonnables et intelligentes par rapport à la défense personnelle en France. Les gens sont prêts à défendre leur vie et la vie de leurs proches avec des battes de baseball ou des arbalètes, mais la simple idée de se servir d'une arme à feu révolte certains.

Vous vous définissez comme libertarien. Comment expliquez-vous votre méfiance du "Big Government", quand la très grande majorité des Français restent attachés à l'Etat-Providence ?
Mes opinions politiques n'ont que très peu d'influence sur ma démarche, et le blog est d'ailleurs construit sur une ligne apolitique. 
En tant que libertarien, je tends à aborder les problèmes d'une manière à trouver des solutions offrant le plus de liberté individuelle possible. Il n'est aucunement question de nourrir une méfiance envers nos gouvernements, mais bien de réaliser ses limites, son opulence et sa raison d'être principale, qui est de préserver, d'appliquer et de défendre la Constitution. 
Je ne sais pas si les Français sont fondamentalement attachés à cette notion d'Etat-Providence, je pense que la majorité se rend compte du débordement et de l'ampleur de la machine étatique française. Mais s'il est extrêmement facile de grossir, il est très difficile et complexe de maigrir !

Vous citez sur votre blog Nietzsche, Sun Tzu, Saint-Exupéry et d'autres. Quelles sont vos influences culturelles et philosophiques ?
Nietzsche et Saint-Exupéry auront toujours une place fondatrice dans ma bibliothèque, mais je pourrais facilement rajouter Rousseau, Thoreau, Kant, Jung, Pessoa ou encore Krishnamurti et Gurdjieff. 
Pour le cinéma, je peux aussi bien m'épanouir en regardant un quelconque film d'Eric Rohmer qu'un film de science-fiction au budget limité. Mais mon film préféré est et restera My dinner with André de Louis Malle (1981).

Le survivaliste, qui lutte par définition pour sa survie, peut-il faire partie d'un réseau ou d'une communauté ?
Les gens qui sont poussés à la lutte et à la survie sont ceux qui n'ont plus d'options, et le survivalisme permet justement de ne pas être dans la nécessité de devoir lutter ou survivre. 
Cette démarche permet donc au survivaliste de se donner les moyens d'agir dans une situation d'urgence par exemple, et de venir apporter de la résilience et de l'aide à l'échelle de sa communauté. Dans ce sens, nous avons par exemple créé un réseau social sur Facebook que nous appelons le RSF (Réseau Survivaliste Francophone), pour justement promouvoir l'échange, la rencontre, la communication et l'entraide.

Les catastrophes récentes comme la tempête Katrina en 2005 ont-elles crédibilisé le mouvement survivaliste ?
Je ne sais pas si ces événements dramatiques ont crédibilisé le mouvement, mais ils ont certainement contribué à la réalisation collective que nos infrastructures et nos gouvernements ne sont pas immunisés d'une quelconque rupture et dysfonction. 
Logiquement, cette réalisation de fragilité devrait se matérialiser à l'échelle familiale pour peut-être créer de l'indépendance et de l'autonomie. C'est mon souhait en tout cas.

Quels sont, selon vous, les 5 piliers du survivant ?
D'une manière générale, ils sont le reflet du premier étage de la pyramide de Maslow, c'est-à-dire la totalité de nos besoins physiologiques que nous pouvons résumer à l'eau, la nourriture, l'énergie (régulation thermique), l'hygiène et les soins, et la protection personnelle. 
A une échelle plus matérialiste, je pense qu'il est intéressant de découvrir ce que les réfugiés du monde - les vrais survivalistes - utilisent et reçoivent pour le maintien de la vie. 
Dans ce contexte, les 5 piliers du survivant sont : une couverture en laine ; une marmite ; un récipient capable de transporter l'eau, souvent un jerrican ; un "truc qui coupe", souvent une machette ; et une bâche imperméable pour la construction d'un abri.

Quels sont les événements dont vous redoutez la survenue dans les années à venir ?
Les événements que je redoute sont les plus probables : accident de la route, incendie, perte d'emploi, perte d'un proche, interruption de la distribution causée par une tempête de neige...
Mais c'est vrai que la santé de notre monde, tant d'un point de vue écologique (nourriture douteuse, destruction des sols, déforestation…), énergétique (pétrole bon marché...), géopolitique ou encore économique (crise globale ?), pourrait nous plonger dans des situations bien plus étendues, intenses et systémiques comme nous l'avons vu avec l'effondrement économique de l'Argentine, ou encore la situation en Grèce et plus largement et peut-être plus sournoisement en Europe et aux Etats-Unis.

Vous sentez-vous suffisamment prêt pour affronter le futur ?
Je ne sais pas si je suis prêt à affronter certaines situations. Matériellement et logistiquement parlant, je pense que nous sommes prêts à largement atténuer les séquelles de certaines situations à l'échelle familiale et locale. Mais il reste la sphère psychologique et humaine, qui ne peut être totalement calculée ou anticipée, comme dans les cas de la population de Sarajevo durant la guerre de Yougoslavie, ou plus récemment des victimes du tsunami au Japon. 
Au final, l'événement catastrophe n'est pas le moteur de notre démarche. Par défaut, l'indépendance et l'autonomie sont des axes de vie qui créent de la résilience durant les moments difficiles, mais ce sont un certain équilibre et une qualité de vie qui nous animent.

Merci a Mr. Brelet pour ses questions, son intégrité  et son professionnalisme.