mardi 22 septembre 2015

Le Homestead de la famille T.


Le concept de Base Autonome Durable, soit cette intention individuelle, familiale ou clanique d'enracinement stratégique capable de cristalliser une certaine indépendance, peut prendre une multitude de formes et de fonctions.

De l'appartement ultra moderne a la caravane, de l'Ecovillage a la péniche, de la ferme familiale ultra rustique au chalet de montagne…En ville, a la campagne ou sur les eaux, il peut être intéressant de découvrir ces îlots d'homéostasie.

Aux US, la manifestation logistique et philosophique référence en terme d'indépendance familiale ce définie par le terme de "Homestead". Cette culture du "Homestead" germe du "Homestead Act" (loi de propriété fermière), signé par Abraham Lincoln le 20 mai 1862. Principalement, cette loi permet a tout individu ou toute famille pouvant justifier l'occupation et le maintient d'une parcelle de terre pendant 5 ans d'en revendiquer la propriété privée, et ce dans la limite de 65 hectares.

Dès la signature du Homestead Act, ce sont des millions d'américains et d'Européens qui émigrent vers les pleines sauvages de l'ouest des Etats Unis…



En 1870, la population du territoire du Montana était de 20 000.
En 1880, elle était de 142 000, avec, entre autre, une émigration importante d'allemands, d'irlandais, de français et de hollandais.
En 1900, la population du Montana atteignait les 243 000.






Aujourd'hui, et pour des raisons de pressions économiques, familiales, environnementales ou sociales, la notion de Homestead connaît un nouvel essor dans la fabrique américaine, avec notamment des déclinaisons urbaines comme a Detroit, Portland, Los Angeles ou encore Chicago. Nous parlons alors de "Urban Homestead".








En 1889, la famille T., composée de deux adultes et de huit enfants, s'installe sur une parcelle de 65 hectares dans les rocheuses du Montana. Il leur faudra deux ans pour construire leur maison, et développer leur Homestead...




C'est au détour d'un petit chemin de terre que la maison coupée a la hache se découvre…au milieu des herbes sauvages et joueuses.



Devant la maison, comme une promesse d'autonomie, comme un défi a la vie, se trouve le jardin potager familiale comme il se tenait a l'époque. Toutes les plantes qui s'y développent proviennent de graines d'héritage de 1904.





Passé le jardin et les bourrasques de fleurs a miel, la modeste citadelle perce le ciel du Montana.




L'entrée nous invite aux quatre vents: a l'est le salon. A l'ouest la salle a manger. En haut et faisant face au nord les chambres et l'espace de travail. Et au sud la cuisine.




Le salon est sobre. Le poêle a bois d'origine, décoré de parures d'or veille toujours au bien être de ses troupes.




Dans la salle a manger, un meuble couronné de fleurs reflète la lumière précieuse et transitoire. Devant une fenêtre épaulée de draps blancs, une machine a coudre attend le rythme du faire et du défaire.




Plus haut quelques chambres fantômes…comme si elles s'étaient faites prendre au piège du temps. Des lits froids. On y ressent encore les prières tardives de leurs hôtes.





La fenêtre du palier, sentinelle du rendement énergétique…



Dans la pièce de travail, calque architecte de la cuisine en dessous, un métier a tisser transforme la laine. L'alchimie modeste. Productions simples et utilitaires.




Au fond, dans la cuisine, pièce maîtresse de l'échiquier, un poêle généreux s'offre a la lourde responsabilité de faire vivre la maison. Il chauffe, réchauffe, fait bouillir et malaxe les végétaux. L'organisation est simpliste, mais efficace. Les poêles en fonte attendent leurs tours de garde…et les bocaux, soigneusement posés sur une étagère de cèdre, semblent timidement défier la faim.





Derrière et sous un toit des outils ménagers. Une baignoire en taule suspendue, comme un cercueil a crasse, quelques chaises a bavarder et le triangle, le clairon a soupe.



Un peu plus loin le puits. A quelques pas de la cuisine, il se tient au garde a vous sous les pattes d'un arbre reconnaissant. Les arrosoirs semblent fatigués des aller-retours et se reposent sur la palissade, le nez au ciel...comme pour conjurer la pluie.




Encore un peu plus loin le cellier. Trou béant d'un coté et bossu de l'autre. L'herbe sauvage pousse sur son dos. Au fond, des tonneaux et des étagères solides attendent le surplus des récoltes.





Sur la palissade des haricots grimpent…tout est pensé, lié, relié et utilisé.



La cabane a mouche (il n'y a pas de salle de bain dans la maison) abrite le bois sec qui sent bon…prêt a rejoindre la cuisine sur son cheval de course en pin durci par le fer.



A coté, une grosse scie propulsée par un bras mécanique reflète la dureté de l'hiver a venir. Jugée et condamné, un bout d'arbre s'est résigné aux lois de la thermorégulation.



Les poules se moquent des ombres. Pour le bonheur des Hommes, elles s'obstinent chaque jours a vouloir repeupler l'univers tout entier…et chaque jours elles échouent.



Le champ de blé s'étend sur l'aile droite de la ferme. Quelques hectares. Lui aussi est de 1904. Si le jardin potager est un feu d'artifice, les millions de maigres tiges séchées par l'été et battues par le vent d'ouest s'abandonnent a l'inévitable réalité de leur rôle: faire perdurer les Hommes.



Dans un monstre sombre de poutres noircies et de terre piétinée, la forge familiale s'endort. Le charbon est essoufflé, la roue épuisée et les marteaux rangés. La métallurgie est la sorcellerie des hommes ordinaires



Sous quelques planches jetées au hasard des longueurs, une voiture rêve d'assouvir le désir des Hommes: aller voir ailleurs...



L'étable s'impatiente de ses vaches. Sans elles sa nature est vide de sens.





Le Homestead de la famille T. est aujourd'hui ouvert au public de Juin a Septembre et 7/7J. Des volontaires locaux en costumes d'époque font revivre l'espace tel qu'il était utilisé en 1904 (pas d'eau courante, pas d'électricité etc.), et font des démonstrations de tissage, de couture, de menuiserie, de jardinage et de forge. La cuisine est toujours ouverte et les visiteurs peuvent goûter aux plats de l'époque constamment préparés sur le poêle.




34 commentaires:

  1. On sentait presque l'odeur de vieux bois. Félicitations

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  2. Magnifique article, on dirais une poési

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  3. c'est sublime.
    le texte comme les images sont d'une poésie rares, hommage à une belle histoire figée dans le temps que certain continuent de préserver.
    ça doit vraiment être quelque chose de découvrir pareil lieu.
    merci du partage.

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    1. :)

      Oui…belle machine a remonter le temps.

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  4. Merci pour cet article sympa.
    Le poêle de la cuisine est superbe et juste énorme! Je n'en ai jamais vu d'aussi gros.
    Je suis impressionné par la présence d'une forge. D’où venait la matière première? Achat de lingots de métal brut? Récupération et transformation uniquement?

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    1. De rien Constantin !

      A la base juste récupération et transformation…
      :)

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  5. Très bel article, merci pour la ballade, instructive comme toujours ! ps: c'est quand même étonnant, quand on parle d'expériences vécues au passé, il n'y a que peu/pas de commentaires exacerbés; dès que ces expériences touchent au présent ou à l'actualité, elles tombent dans le jugement collectif perdant toute notion d'analyse !!! merci de ton énergie !!!

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  6. La photo avec le poêle m'a rappelé un autre poêle dans une autre maison en Italie du nord. Et par la même, d'excellents souvenirs de moments en famille.
    Merci pour tout ces souvenirs et ce travail Volwest.

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  7. Et le premier voisin à 20 bornes..... Un rêve !

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  8. Très instructif ! On devrait le passer dans les écoles pour montrer aux gosses qu'il n'y a pas que la play station, la télé, le dernier iphone, etc ... ! Merci Vol West !

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    1. Et qui achète la play station, la télé et le dernier iphone a leurs gosses ?
      C'est plus aux parents qu'il faut montrer…
      :)

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  9. merci, pour les photos... pour le ton saupoudré de poésie... pour ce retour aux sources... à tous points de vue !

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  10. Bonjour Volwest, bonjour à tous,

    Merci pour cette poétique visite!
    Il existe, en Suisse, le musée de l'habitat rural de Ballenberg. A voir absolument!
    http://www.ballenberg.ch/fr/Bienvenue

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    1. Salut à tous

      Ca me fait penser au st-joseph village dans le pas-de-calais.
      www.st-joseph-village.com/

      a+

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  11. Absolument superbe, ca fait juste envie, ca fait juste en vie!
    Merci...

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  12. Slt Volwest. De l'émotion. Rien que de l'émotion et de la poésie. Je pense que cela devient de plus en plus difficile de trouver pareil décor en France sauf dans les écomusées. Cela me rappelle un peu mon enfance chez les grands-parents et la joie que j'avais dans un décor plus moderne mais aussi imprégné de bon sens, de simplicité et de chaleur humaine.
    Que du bonheur.
    C dur de tendre vers cela maintenant en temps que citadin des périphéries.
    salutations.

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  13. Salut Volwy Montana, un furtif merci entre deux lectures ;) Stay safe l'ami

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  14. J ai eu l'impresion que tu nous parlé de "la petit maison dans la prairie"

    Merci pour cet article vol

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  15. Reposante poésie d'un autre monde... Sublime, Vol, merci pour ce moment de rêve.
    Tit

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  16. Magnifique , merci......quel univers réconfortant et douillet , ça nous laisse très nostalgiques !

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