mercredi 26 novembre 2014

Projet KYDEX - Portefeuille



[ La semaine dernière ma camera a rendu l'âme. Je voulais faire une video sur ce petit projet, mais il faudra attendre une nouvelle camera pour que je puisse retourner sur Youtube. En attendant la nouvelle machine a images qui bougent, je le fais sous la forme d'un "article". ]


Le Kydex fait son apparition en 1965, lorsque la compagnie Rohm & Haas conceptualise cette matière pour l'aviation. En 1987, la ligne de production est rachetée par Kydex LLC, autrefois connue sous le nom de Kleerdex LLC.


Aujourd'hui largement utilisée pour la fabrication de holsters et d'étuis a couteau, cette matière facile a travailler, durable et bon marché peut cependant revêtir une multitude d'applications.

En moins de 5 minutes, et pour quelques centimes, j'ai réalisé ce "portefeuille" a l'aide d'une chute de Kydex, deux oeillets, de la chambre a air de vélo et un bout de Paracord 550.

Ce "portefeuille" peut se porter le plus discrètement possible autour du cou ou dans une poche pour une application en milieu urbain, en voyage, a la plage, dans les bois...

Même si la fonctionnalité est ici limitée par la taille du modèle, cette plate-forme offre plusieurs avantages:

- Bon marché: le cout total de ce projet se calcul en centimes.
- Simple et rapide a fabriquer: 5 minutes et très peu d'outils.
- Fait maison: c'est toujours plus mieux.
- Durable
- Discret: pas vu pas pris.
- Ultra plat
- Ultra léger
- Silencieux: pas de Velcro, pas de boutons...
- Confortable: elimine l'effet "pages jaunes" sous la fesse droite (ou gauche) des portefeuilles traditionnels. 
- Polyvalence de port: cou / bandoulière / poche avant ou arrière de pantalon sécurisé a la ceinture avec la corde, poche de chemise ou de blouson…

Sur ce modèle, j'y intègre mes cartes de crédits, mon permis de conduire et du liquide.

Si je pars dans les bois par exemple, je peux laisser mon portefeuille traditionnel a la maison, et ne porter sur moi que le vital, soit ma carte d'identité, mon permis de chasse et du liquide…et non, rien ne s'échappe de l'emprise de la chambre a air, tout reste en place par friction, comme c'est déjà le cas sur mon couteau de cou et son petit matériel dédié, sécurisé par de la chambre a air de vélo sur l'étui en Kydex.


Nous pourrions aussi développer sur ce support "portefeuille" l'idée d'un "kit de survie" minimaliste, avec par exemple une méthode feu (mini BIC / allumettes / Firesteel + chambre a air comme combustible), un carré de papier d'aluminium (pour fabriquer un récipient de fortune et faire bouillir de l'eau / cuir de la viande), un miroir (comme méthode de signalisation), quelques pastilles Micropur et une petite lampe Inova.










jeudi 20 novembre 2014

Mosin Nagant - Rôle et Modifications



J'adore la Mosin…mais il me semble important de garder les pieds sur terre.
Tout ce que je dis dans cette video, est que la Mosin est un très bon fusil PETIT PRIX, et que selon moi, il faut le garder PETIT PRIX.

Depuis deux ans je reçois beaucoup de mails de gens qui me disent: "je veux mettre une lunette a 500EUR sur mon Mosin, tu me conseil quelle lunette ?"…ou alors, "j'ai acheté une Mosin pour la défense de ma famille...".

Je dis stop. 
Je pense qu'il est plus pertinent de garder la Mosin telle qu'elle est, c'est a dire PETIT PRIX, et au lieu d'investir 300 / 500 / 1000 EUR sur elle, d'acheter un filtre BERKEY ou 1 an de bouffe ! Ca vous sera plus utile !!!

Aussi, si le rôle envisagé est la défense de MA FAMILLE, jamais de la vie la Mosin sera mon premier choix (ni mon deuxième, ni mon troisième !). Il y a des systèmes, tout aussi PETIT PRIX (AK 47 / VZ58 / SKS), qui sont beaucoup plus adaptés a ce rôle.

Apres…c'est comme d'habitude, chacun fait comme il veut. Mais si pour avoir un truc correct il faut tout changer, couper le canon et "batardiser" la nature de l'outil, autant acheter autre chose des le départ.


lundi 17 novembre 2014

Résilience Alimentaire - Stocker


Si la mise en place d'une certaine résilience alimentaire familiale est une pratique ancestrale synonyme de prévoyance et d'indépendance, celle-ci peut être d'une logistique assez lourde et complexe selon la durée d'autonomie visée.

A la maison, nous nous basons sur une autonomie plutôt lourde de 12 mois. Pourquoi 12 mois ? Entre autre parce que c'est un cycle naturel complet calqué sur la production de la plupart de nos aliments. Parce que si nous perdons notre emploi, nous avons 12 mois d'avance sur le cout de la nourriture. Parce que plus de 12 mois et la logistique devient pénible au niveau de la place requise et de la rotation.

Bien sur, cette notion de résilience alimentaire peut être flexible, et se développer sur des durées plus courtes pour certains produits, et plus longues pour d'autres.
Par exemple, nous stockons assez d'huile végétale et de farine pour 12 mois, mais du riz et du blé pour cinq ans.


Tout va dépendre de paramètres propres a vos intentions, votre situation familiale (c'est a dire votre niveau de consommation), votre place ou encore la nature des produits sélectionnés.

Le témoignage ci-dessous reprend cette notion de résilience alimentaire, tout en simplifiant sa logistique.
volwest.

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Afin d'augmenter ma résilience, et la capacité de notre foyer à résister à des évènements imprévus, j'ai entrepris il y a deux ans de stocker de la nourriture, en voulant adopter la devise "stockes ce que tu manges et manges ce que tu stockes".

2 questions se sont alors posées à moi, prepper débutant : 

- Comment organiser les produits dans ma cave pour avoir une gestion efficace, facile, et évidemment à coût réduit ?
- Qu'est-ce que je peux acheter et stocker sans risque de perte par le dépassement des dates de péremption ?

Je remercie Volwest de me permettre de partager mes réflexions et mon expérience avec vous...


1- L'organisation


J'ai commencé par organiser mes étagères par type de produit : les boites de tomates, les boites de petit pois, les pâtes, les sauces etc...

A chaque retour de courses, je mettais les nouveaux produits achetés derrière les produits déjà existants dans les étagères et les placards, ainsi, le reste de la famille pouvait prendre les produits sans se préoccuper de la date, en prenant toujours les produits les plus accessibles.

Cette étape était particulièrement fastidieuse et pouvait conduire à quasiment réorganiser l'intégralité du stock chaque semaine.
J'ai alors recherché des options sur internet, y compris les systèmes de rotation de boites de conserves. 






Mais ceux-ci ne m'ont pas convaincu au niveau de la place occupée par rapport à la quantité stockée, de plus je n’envisageais pas d'investir dans des étagères dédiées au stockage, préférant des étagères standard et polyvalentes.

J'ai alors décidé de réorganiser complètement mon stock, en l'organisant par date de péremption : 

Chaque emplacement est nommé avec une Année: 2014, 2015, 2016 etc


L'idée est que, en revenant de courses, on place les stocks dans l'emplacement correspondant à l'année de péremption. Ainsi, l'espace de stockage « 2017 » par exemple, ne contiendra que des produits se périmant en « 2017 », et il n'y a pas besoin de mettre les nouvelles boites de conserves derrière les anciennes. Les nouvelles boites "2017" peuvent être placée à l'avant de l'étagère "2017", ce qui facilite le rangement des courses.

Afin de toujours consommer en priorité les produits ayant une date d'expiration approchant, il suffit simplement de sensibiliser la famille en expliquant qu'il faut prioritairement manger les produits stockés dans l'emplacement de l'année courante, par exemple « 2014 ».


Ainsi, lorsque l'on cherche une boite, on regarde d'abord dans l'emplacement de l’année courante « 2014 », si la boite recherchée n'y est pas, alors seulement on cherche dans l'emplacement correspondant a une date plus éloignée (Ou on change d'idée, et on décide de faire un repas basé sur une des boites restant dans l'emplacement de l'année !).

Lorsque l'on cherche des idées de repas à faire, une bonne pratique consiste à aller voir ce qui est dans cette étagère. L'Objectif étant de vider l'étagère dans l'année. 


2- Rotation


A la nouvelle année, ou une fois l'emplacement de l'année vide, on peut transférer tout le stocke de l'année N + 1 (2015) vers cet emplacement, cela aura pour effet naturel de remettre les boites 2015 achetées en dernier à l'arrière et les boites 2015 achetée en premier devant. 

L'emplacement anciennement nommé 2015, maintenant vide, pourra être ré étiqueté avec une autre année, par exemple "2019".

L'emplacement de l'année courante doit aussi être ré étiqueté pour correspondre à l'année courante.
Physiquement, la famille n’aura pas à changer ses habitudes, et continuera à chercher prioritairement des produits dans le même emplacement, appelé maintenant « 2015 ».


2- Consommation


Pour essayer d’identifier les quantités à stocker, l’idée est de suivre les conseils de Volwest (voir notamment le chapitre sur la nourriture dans "Rues Barbares - survivre en ville"), et d’identifier sa consommation mensuelle pour chaque produit à longue conservation: boites de conserves, pâtes, riz, légumes, produits secs, produits en Bocaux, huile etc…

Si je ne consomme un produit que tous les 2 mois, alors, j’estime ma consommation à 0,5 par mois.
Si je ne consomme un produit qu’une fois par an, alors ma consommation est de 1/12 par mois.

Il est aussi nécessaire d’identifier les durées de conservation des produits. Par exemple, une boite de thon peut être trouvée avec une date de péremption Y+3 . Achetée en 2014, la date de stockage sera alors 2017.


3- Ratio


Une fois notre « Consommation mensuelle moyenne » identifiée, pour savoir combien stocker, on pourrait simplement considérer que chaque année, il faut stocker 12 fois la liste de consommation mensuelle. Cette approche me semble un peu risquée et peut être assimilée à un flux tendu: Cela voudrait dire qu’il faut absolument se tenir à la liste de consommation mensuelle, sans jamais faire d’écart car le moindre écart serait immédiatement sanctionné par la perte d’un produit en fin de cycle.

Le mois de Juin (faim de cycle) au moyen âge...

C’est pourquoi, il est a mon avis plus sûr d’utiliser un « ratio de stockage » inférieur à 12, soit entre 7 et 10, et de prévoir de stocker, dans chaque emplacement annuel et pour chaque produit un maximum de:

< Ratio de stockage > 
Multiplier par 
< consommation mensuelle du produit > 

10, est un ratio de stockage qui est envisageable pour un prepper expérimenté, qui connait son stock et sa consommation. 7 est un ratio de stockage à moindre risques de perte.

Pour commencer un stock, il peut être judicieux de commencer par un ratio de stockage faible (7 ou moins), puis augmenter au fur et à mesure de la vie du stock, de l’expérience et de la connaissance de la « liste de consommation mensuelle ».

L’espérance de stock total (sans perte) est donc, pour chaque produit : 
< Ratio de stockage > x < consommation mensuelle > x < nb d’année de conservation du produit > 

Voici un exemple : vous consommez 2 boites de thon par mois (en moyenne), qui se conservent 3 ans. On utilisera ici un ratio de stockage de 7. 

Il est possible de stocker 7 x 2 = 14 boites de thon dans chaque emplacement annuel.
Comme la durée de conservation est de 3 ans, 3 emplacements pourront être remplis (en respectant la règle qui stipule que la boite doit aller dans l’emplacement de sa date de péremption). On peut ainsi espérer 3 x 14 = 42 boites de thon en tout dans notre stock, sans risques de perte.

Bien sur, ces chiffres sont des valeurs maximales indicatives, lorsque des changements d’habitude sont prévisibles, il faut adapter les quantités stockées: Les enfants grandissent, peuvent changer d’habitudes, et ne plus consommer certains produits au même rythme. Enfin, d’autres facteurs peuvent limiter le stock: place pour le stockage, budget etc.




4- Modélisation


Etant informaticien, je n'ai pas pu résister à l'envie de modéliser le concept et de préparer une feuille Excel qui effectue tous ces calculs automatiquement. Cette feuille Excel est accessible ici:  


J’espère que mon témoignage vous aura intéressé, et que vous serez nombreux à poster vos commentaires.
Cordialement, 
E. L.

jeudi 6 novembre 2014

Le Survivalisme et la Position d'Acteur


Interview par le journal FRANCE-ANTILLES de Patrick LAGADEC, directeur de recherche à l'école polytechnique sur la question des crises et risques majeurs.

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Un fait divers peut nous bouleverser plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Par contre, la perspective d'une catastrophe importante, comme celle d'un séisme majeur qui pourrait entraîner la mort de milliers de personnes en Martinique, nous indiffère presque. 

Comment notre comportement s'explique-t-il ? Que faut-il faire pour y pallier ? Voici les éclairages d'un expert mondial des crises et risques majeurs.


FA - Pourquoi nous, citoyens, sommes aussi passifs face aux risques en général, et notamment face au risque sismique ? En Martinique, nous avons eu pourtant un avertissement fort le 29 novembre 2007, mais aussi à deux reprises cette année, le 18 février et le 15 septembre.

Ce comportement n'a rien de spécifique aux Antilles, c'est le monde entier qui se comporte comme cela. Nos cultures nous poussent à nous occuper du jardinet que nous entretenons tous les jours. Et nous repoussons à plus tard ce qui n'est pas de l'ordre du quotidien répété. C'est une habitude mentale !

Mais il y a aussi une sombre inquiétude derrière cette attitude: nous ne voulons pas trop nous intéresser à ces sujets qui sont angoissants.
Bref, c'est l'affaire de l'État ! Nous pensons que le jour où il se passera quelque chose, les pompiers seront présents. Et du coup, nous revenons à notre jardinet habituel.

FA - Habitude mentale certes, mais, au Japon, par exemple, l'approche du risque sismique est bien différente, non ?

Aux États-Unis et au Japon, j'ai vu les efforts extraordinaires qui sont faits en permanence pour mettre les citoyens au coeur de ces affaires.

Les messages sont diffusés en permanence, par exemple au niveau de ce que les Américains appellent les « family disaster plan »  (les plans familiaux de sauvegarde).



Il est en effet très important, d'un point de vue pédagogique, de ne pas aller voir les gens en leur disant : « Voilà tout ce qui est prêt, vous pouvez dormir tranquille ».
Au contraire, il faut leur dire : « Nous avons des éléments, mais nous allons vous écouter pour savoir ce que vous feriez en cas de catastrophe ».

Par exemple, si je veux faire un exercice avec un directeur d'école, je ne vais pas venir avec tous les plans dans lesquels il doit entrer, mais je vais lui dire : « Tenez, vous allez être acteur du prochain exercice, qu'est-ce qui vous serait le plus utile ? ». Et je prépare l'exercice en fonction.

FA - C'est donc ce que vous conseillez.

Mettre les gens en position d'acteur me semble la seule piste possible pour réintégrer la catastrophe dans l'univers de la maîtrise.


Or, très souvent, on a tendance à venir en disant : « Si vous appliquez ce plan, il n'y aura pas de problème. Mais de toute façon, ça va être grave ».
À la première question un peu bizarre, on répondra : « N'exagérez pas, c'est très rare, ne soyez pas pessimiste ». Et la personne se refermera sur elle-même.

FA - Auriez-vous un exemple ?

Suite aux débats suscités par le passage de l'ouragan Katrina, la Fema (la sécurité civile américaine) a évolué. Leur logique est la « Whole community approach » : tout le monde doit se sentir concerné et personne ne vient faire de discours à d'autres personnes.


Par ailleurs, ils se sont aperçus qu'il y avait beaucoup d'imprévus dans une catastrophe et ils ont un groupe nommé « Innovation » chargé, en situation, d'observer tous ces imprévus .
Ils ont aussi un groupe « Détection des failles » (au sens de problèmes, NDLR), car ils partent du principe qu'il y en aura. Ils ne disent pas que tout ira bien.

Autre groupe : celui de « Détection des initiatives émergentes » .
Celui-là vient directement du 11 septembre 2011. Des ferries, en dehors de tout plan, de toute autorisation, sont arrivés et ont évacué entre 200 000 et 500 000 personnes du Sud Manhattan. Ils ont sauvé un nombre de vies considérable.

Les autorités se sont dit que ce que les sociologues racontaient depuis trente ans était vrai.
Dans une catastrophe, les gens ne font pas du tout n'importe quoi.

FA - Mais comment inciter les gens à débuter quelque chose ? Ici, personne ou presque (à part les écoles) ne fait d'exercice.

Après l'explosion de l'usine toulousaine d'AZF, en 2001, j'avais organisé un séminaire avec le rectorat.


Ce qui m'a le plus surpris est le témoignage d'un proviseur d'un lycée. Son problème n'était pas que les parents soient venus chercher les enfants à l'école, mais que les enfants, qui avaient des téléphones portables, étaient terrorisés, parce qu'ils savaient ce qui se passait. Comment faire avec des enfants extrêmement inquiets pour leurs parents ? C'est exactement l'inverse de ce qui se dit en général où l'on pense que les parents vont venir chercher les enfants!

Il faut apprendre à marcher avec les individus, en sortant de ces logiques féodales, où le seigneur doit la sécurité à l'ensemble de sa population!

En plus, aujourd'hui, ce qui est grave, c'est que la population dit aux dirigeants : « La sécurité, vous me la devez, mais de toute façon, je ne vous fais pas confiance! ».

Il ne faut pas faire des exercices pour faire des exercices, mais faire avec la population en étant convaincus qu'elle possède des clés. Je me rappelle d'un exercice à proximité d'une centrale nucléaire en France.
Nous avions demandé à un directeur d'école : « Êtes-vous content de cet exercice ? ».
Il a répondu : « Oui, j'ai appelé la préfecture et j'ai reçu des ordres ». « Est-ce que ce que vous feriez la même chose en situation réelle ? » « Oui! »
« Vraiment ? » « Non! Parce que la moitié des parents travaille à la centrale et ne serait donc pas venus chercher les enfants. »

À quoi sert ce type d'exercice ? À rien puisque cela ne se passera pas comme ça!

FA - Qui doit et peut faire ce travail de fond ? Le public ? Le privé ? Les associations ? Avec quels moyens ?

Le premier obstacle n'est pas une question de moyens, mais une question de culture.

On peut avoir des gens extrêmement mobilisés. Aux Antilles, par exemple, en cas de catastrophe, peut-être que des opérateurs de croisière peuvent faire venir des bateaux en quelques heures plutôt qu'en quinze jours. On peut d'abord imaginer de petites initiatives, des micro-projets avec des gens partant : un public, un privé, une association, un directeur d'école ou d'hôpital. 

FA - Comment faire de nous des héros le jour J ?

À Ajaccio, la question posée était : « Si un gros paquebot a un problème, que faire des 4 000 personnes que nous aurons sur les bras ? ». Nous avons répondu : « Prenez des lycéens, donnez-leur un téléphone, demandez-leur d'appeler leur famille pour trouver des hébergements. Vous aurez autre chose à faire s'il faut éteindre un incendie par exemple! 

Je vous assure que ces élèves, si vous les mettez en responsabilité, feront des prouesses! ».


Source: France-Antilles

samedi 1 novembre 2014

Je suis a l'heure


A la première "lecture" de ce court métrage (voir plus bas), il me parait difficile de ne pas déplorer l'inaction et peut être la lâcheté des témoins. Cette sensation intime et naturelle de dégoût, de rage et finalement de frustration, doit cependant impliquer une compréhension plus large du malaise et des dysfonctionnements éprouvés au quotidien par le peuple concernant la légitime défense, l'action citoyenne et l'univers complexe de l'assistance a personnes en danger.

Si ce court métrage nous impose une réalité difficilement soutenable pour dénoncer cette notion de "paralysie citoyenne" malheureusement systémique aujourd'hui, il me parait incontournable, en tant que citoyen volontaire et responsable, de dénoncer a mon tour la schizophrénie déroutante de nos sociétés modernes.

Comment réconcilier notre révolte intérieur et notre profond désir d'intervenir, quand l'Etat lui même considère que l'action citoyenne et la légitime défense, parfois maladroite et brutale mais toujours nécessaire et rattachée a un contexte particulier, c'est a dire la violence directe et immédiate, soit d'une part diminuée par l'interdiction systématique de posséder et de porter de simples outils de défense personnelle, et d'autre part soumise a la menace omniprésente d'une sanction pénale ?

Nous avons, j'en ai bien peur, créé une société de perdants.

La paralysie citoyenne, me parait avant tout être le fruit d'un Etat infantilisant, qui, dans une logique de méfiance absolue envers ses citoyens, a imposé ces 40 dernières années une politique de délégation systématique et de désarmement absolue, tant physique que psychologique.





A la vue de cette scène révoltante et anxiogène, je n'ai ni l'envi de condamner l'inaction des passagers, ni l'envi de faire le procès de leur lâcheté…car il me faudrait pour ce faire être certain de mon propre processus de décision et d'action dans un contexte et une situation qu'il m'est impossible de projeter et de maitriser.

De plus, les réactions ne sont pas de processus standardisés, et si l'inaction est une réponse possible dans un cas, elle ne le sera pas dans un autre. C'est ainsi qu'un individu peut parfaitement osciller entre ces deux positionnements selon la situation, le contexte, et tour a tour devenir, par la force des choses et des moments, "héros" et victime de sa propre paralysie.

Ma colère est avant tout l'expression d'une frustration et d'un constat: nous sommes, nous les citoyens, systématiquement privés de moyens, privés d'ampleur, privés d'écho collectif, et finalement privés de confiance:

- Comment des lors réconcilier notre capacité citoyenne a l'action, avec une matrice étatique qui semble incapable de faire la différence, ne serait-ce que juridique, entre un criminel et un samaritain ?

- Comment réconcilier notre capacité citoyenne a l'action, avec une machine juridique qui refuse d'élargir et d'ajuster sa compréhension de la légitime défense ?

- Comment réconcilier notre capacité citoyenne a l'action, dans une société qui semble sanctionner la cohésion, la participation, la responsabilisation et finalement l'intervention…et récompenser la torpeur grotesque d'incompatibilité sociale ?

- Comment réconcilier notre capacité citoyenne a l'action, dans une société qui continue de désarmer, tant physiquement qu'intellectuellement que psychologiquement, une population majoritairement stable, capable, raisonnable, emphatique, solidaire et bienveillante ?


Car le non-dit de la situation critique, celle-ci ou une autre, est toujours le même: Si j'interviens, en tant que citoyen, je vais:

a) Risquer de mourir.



Si le citoyen responsable se voit interdit de posséder et de porter des outils de protection personnelle comme par exemple une simple bombe lacrymogène, les criminels sont eux souvent armés en plus d'être décidés, et donc l'assistance ou l'intervention citoyenne est souvent d'une réalité mathématique enracinée dans l'infériorité: infériorité numérique, infériorité physique, infériorité psychologique…

C'est pour cette raison que nos forces de l'ordre sont elles dotées d'outils capables d'imposer, sur le terrain, une certaines supériorité physique mais aussi psychologique: nombre + outils + entrainement.



Sans aller vers la distribution massive "d'armes de guerre" a l'échelle citoyenne, nous pourrions ici imaginer le même scénario mais ou tous les témoins sont armés de bombes lacrymogène par exemple. Psychologiquement et physiquement, cette déclinaison raisonnable vient plus ou moins bien équilibrer le contexte de confrontation physique, mais aussi influencer le terrain psychologique des témoins: nous avons le nombre, mais aussi les moyens.





Notons que le port d'un outil de défense comme une bombe lacrymogène, un bâton télescopique, un taser ou même une arme de poing, n'est pas synonyme de renversement des rôles ou d'abnégation des forces de l'orde. Je portes personnellement des outils de protection personnelle sur moi 24/24h et je ne me prend pas pour un policier ou un justicier solitaire du dimanche.


b) Risquer de me voir condamner juridiquement.


Qu'il soit question d'intervenir sur une victime d'un accident de la route ou sur une attaque immédiate menaçant l'intégrité physique ou psychologique d'une tierce personne, la notion juridique est un terrain schizophrène pour le citoyen.

Il semble y avoir deux combats: 
- Le combat physique: accident de la route, incendie, agression...
- Le combat juridique.

Répondre de ses actes est un paramètre incontournable de l'action citoyenne…pour le meilleur et pour le pire. Seulement, force est de constater que ce combat est largement dépendant d'une machine juridique aujourd'hui plus que jamais totalement déconnectée des réalités liées a la légitime défense et plus largement l'intervention citoyenne.

Le citoyen est alors confronté a une barrière psychologique importante, qu'il est forcé d'évaluer et de calculer avant de plonger dans l'action.

Cette barrière psychologique liée a l'univers juridique, soit la peur de mal faire et/ou de la sanction pénale,  peut aussi être de dimensions plus subtiles et inconscientes, venant influencer et parfois dicter nos réactions au quotidien.

Ajoutons a cette réalité juridique un climat sociale ou les rôles sont souvent inversés, soit l'empathie généralisée non pas pour les victimes mais bien les criminels, et une persécution systématique et disproportionnée des personnes contraintes de défendre leurs biens et/ou leurs vies…et l'action citoyenne n'est alors plus basé sur des notions collectives éprouvées comme le bien, la bienveillance ou encore l'entraide, mais sur des notions parfois paralysantes comme les répercussions et les conséquences juridiques.



Cette question de non assistance, de non intervention citoyenne et d'inaction, me parait des lors bien plus complexe qu'une simple démonstration de lâcheté et d'abandon qui a toujours existé et qui existera toujours.

Certes il y a ici une dynamique de lâcheté individuelle, mais il y a aussi et surtout une dynamique de propagation de la "lâcheté citoyenne" par l'Etat, qui, directement ou indirectement, impose un temps d'arrêt affecté sur des gestes pourtant innés, naturels et spontanés.







Source du court métrage: Je suis a l'heure