mardi 11 juin 2013

Mémoire d'un Saccage - L'effondrement de l'Argentine





"Mémoire d'un Saccage" est l'histoire de cette Argentine qui a subi une crise économique sans précédent. Un pays considéré comme « le grenier du monde » victime du jeu des multinationales sous le regard complice du FMI et des grandes puissances mondiales.

D'après son réalisateur, ce film est une manière de contribuer au débat qui se déroule en Argentine et dans le Monde entier au sujet de la globalisation, en développant la thèse qu'un autre monde est possible.

L'oeuvre est un récit militant, dont la vocation est le devoir de mémoire, qui met l'accent sur l'espoir et les valeurs humaines de ceux qui ont tout perdu et qui continuent à lutter avec dignité pour un monde meilleur.











jeudi 6 juin 2013

Interview Nature & Découvertes





Nature et découverte m'avait contacté il y a quelques mois pour me poser des questions sur la survie et le survivalisme…


-          Dans votre parcours personnel, qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser au thème de la survie ?


Peut être que certaines natures sont prédisposées a ressentir un attachement particulier a un univers précis. Pour moi, ça a été le sauvage et l'indomptable…principalement au travers d'auteurs comme Jack London, Giono, Daniel Defoe ou encore H.D. Thoreau et sa "révolte solitaire", mais aussi au travers de cultures et de tribus comme les Hopis, les Nez Percés et les Zunis.

C'est tout ces paysages ou l'on ne s'impose pas…mais ou l'on s'invite a gribouiller son existence entre deux gestes encrés dans le vital.

Dans "Walden" (Thoreau) par exemple, il y a cette implication qui me touche particulièrement…quand pour lui la construction d'une simple cabane devient la construction de notre propre armature, que certains nommeront "âme".

N'est ce pas la la réelle lumière de la "survie" ? D'une certaine "révolte solitaire", de  l'ébauche d'un authentique intime et personnel…aux réalités primaires et primitives d'un monde dénudé de complexités bruyantes et étourdissantes, et ou l'individu, dépouillé de ses repères technologiques, est invité a se souvenir de son propre nord ?

Mais si tous ces auteurs ont largement participé a un certain éveil, c'est principalement au travers de ma propre nature que s'est révélé cet intérêt particulier.
J'ai toujours aimé le camping, la solitude des grands espaces, l'abandon a l'exploration aléatoire au travers de divers voyages en autostop ou a pieds…

Toutes ces coïncidences, plus ou moins maîtrisées selon les expériences, m'ont conduites a évoluer dans le monde de la survie, de la préparation et de la prévoyance.



-          Quels sont les grands thèmes traités dans la survie ?


Cela dépend de ce que nous observons.

Sur le court terme, et donc en surface, on y découvre en premier la matière…soit les textures plus ou moins dociles pouvant permettre notre résilience, comme par exemple le monde animal, végétal et minéral. 
Nous sommes ici sur un terrain manuel, et donc fertile a la manipulation au sens propre du terme…

C'est se remémorer notre héritage de chasseur / cueilleur, non seulement en terme de calories (procuration de nourriture), mais aussi et peut être surtout a une échelle logistique et plus ou moins cohérente envers notre environnement.

La fabrication, l'utilisation, l'adaptation, la transformation, l'improvisation…sont autant de thèmes largement explorés en survie, puisque nous devons d'abord répondre a une multitude de besoins physiologiques, et ceci dans un environnement souvent inconnu.

S'hydrater, se chauffer, se nourrir, se protéger, se reposer…sont des obligations qui nous confrontent a l'action, et plus précisément a la procuration de ressources variées pour pouvoir influencer positivement notre condition (physique et psychologique) et pouvoir perdurer.

Ces ressources doivent être matérialisées par la dépense d'énergie: tout cela est faire.

Mais la survie peut aussi s'éloigner des grands espaces naturels, de tout ces gestes ou réflexes plus ou moins "primitifs", et venir s'intéresser a nos quotidiens, et ceci peu importe notre environnement immédiat, foret ou ville. C'est survivre a un accident de la route, un incendie au domicile, une agression physique, un licenciement, un harcèlement psychologique ou une maladie grave.

Dans ce sens, les thèmes traités en survie sont vastes et peuvent être complexes: thermodynamique, psychologie, anthropologie, sociologie, ethnologie, physique, sciences naturelles, comptabilité, biologie, géologie, médecine, techniques primitives, orientation, dépeçage, techniques de préservation de la nourriture, arts martiaux, droit, élocution etc…



-          Pourquoi des occidentaux qui vivent dans un environnement de confort et d’abondance ressentent l’envie ou le besoin de se mettre en situation de survie ? Le vit-on comme un jeu ou comme un danger réel ?


Sans doute que les motivations vont être différentes selon les individus, les intentions ou encore les professions (militaires, pilotes de brousse, guides de haute montagne, chasseurs, grimpeurs, photographes de guerre, policiers, pompiers, citoyens etc), mais je pense que pour beaucoup il est aujourd'hui question, consciemment ou non, de s'affranchir, ne serait-ce que pour quelques jours, d'une manière de vivre ou nous ne sommes que très rarement réellement "présent" et "pilote" de nos propres intentions.

Appréhendé comme un jeu ou danger réel, peu importe...c'est un pas vers une certaine connexion.

Notre monde moderne Occidental, si magnifique soit-il pour palier efficacement a une rage de dent ou un désir de nouilles Chinoises a 2 heure du matin…n'offre qu'une relation plus ou moins stérile a notre erre de jeu.
Nous pourrions dire que l'Homme moderne est la victime d'une déconnexion plus ou moins intense avec le monde naturel, mais aussi et peut être surtout avec son propre univers intérieur.

Simplement, nous ne sommes pas "construit" pour rester assis a un bureau toute la journée. Nous ne sommes pas "construit" pour suivre aveuglement une foule imprévisible dans un couloir de métro, pour répéter le même geste 40 heures par semaines en usine, ou encore s'assoupir sur une pelouse a découvert: certaines contraintes anxiogènes rencontrées dans nos sociétés modernes sont liées a l'héritage d'une multitude de couches successives d'instincts. Ces instincts sont multiples et peuvent réveiller chez certains une peur qui aujourd'hui peut paraître absurde, comme par exemple se retrouver a découvert dans une clairière.

Notre construction (physique et psychique) est fondamentalement décalée par rapport a l'univers moderne, et pour accepter ce changement radical de fonctionnement, de lois, de règles et de protocoles…pour enrayer la totalité de notre héritage instinctif (la survie), il a fallu adhérer et contribuer a notre propre déconnexion.

Certaines compagnies Américaines par exemple, ont réalisées que cette déconnexion affectait lourdement la qualité de production et de leadership au sein de leurs équipes, et ils ont eu l'idée de faire participer leurs employés a des stages de survie plus ou moins longs et intenses. 
Cette méthode est toujours utilisée pour renforcer l'esprit de cohésion, et réveiller ou valoriser certaines qualité comme l'entraide, le courage, l'endurance, la détermination, le leadership, la réflexion critique, l'adaptabilité, la résilience etc.

A l'échelle individuelle, je pense que l'intérêt porté au monde de la survie reflète cette inconfortable sensation d'inertie et de déconnexion…et il me semble naturel, surtout pour un jeune homme, de s'intéresser aux "rituels" liés au dépassement et a la découverte de soi comme nous pouvons les retrouver dans bon nombre de cultures.

Notons au passage que nos sociétés Occidentales ont largement abandonnées ces "rituels", comme par exemple les boyscouts, la chasse transmise de père en fils, le camping sauvage ou encore le service militaire, largement abandonné ces 20 dernières années par la plupart des pays Occidentaux.



-          Y a-t-il des femmes qui participent ? Qui sont-elles ?


Oui il y a des femmes qui participent…mais il faut bien avouer que "la survie" est un univers principalement visité par les hommes. 

Pour beaucoup de femmes, volontairement évoluer dans la nature, et se confronter a elle en faisant abstraction d'un certain confort, est tout simplement idiot et puéril…peut être même régressif. 
De plus, beaucoup de femmes ont souvent d'autres choses a réaliser, et leur connexion personnelle "au naturel" s'opère largement ailleurs que celle des hommes, notamment dans la construction d'une famille, et l'exploration de l'instinct nourricier.

Il y a cette dimension corporelle aussi…si il est plus ou moins facile pour un homme de porter des charges conséquentes, de couper du bois toute la journée, d'uriner au vent quand bon lui semble et de se contenter d'une toilette approximative au lichen, certaines femmes auront plus de mal a gérer leur univers corporel au quotidien sans les conforts physiques et psychologiques que nous pouvons avoir aujourd'hui.

La problématique des menstruations peut aussi être un frein décisif a l'exploration de "la vie dans les bois" pour certaines.
Il n'est d'ailleurs pas rare que les femmes qui se prêtent au jeu (expéditions, déploiements militaires ou humanitaires, Koh-Lanta etc…) se préparent a l'avance en manipulent leurs cycles de menstruations a l'aide de produits pharmaceutiques.



-          Comment expliquez-vous la fascination de notre société pour la survie, au-delà même des participants aux stages (Koh-Lanta, Bear Grylls, succès d’édition des guides de survie) ?


Si notre modernité nous a largement dépossédée de ce lien avec "l'essentiel", pour cimenter notre lien avec le "superficiel", beaucoup sont incapables, pour des raisons variées, de s'élancer a la conquête de l'Everest pour résoudre quelques problèmes existentiels…tout comme il n'est pas permit a tous d'aller voir un lion dans son habitat naturel, de traverser les Andes a pieds, de suivre une formation au GIGN, de tout plaquer pour vivre en complète autarcie ou encore de glisser le long des montagnes du Saskatchewan en canoë.

Alors, et pour peut être gouter a ce dépassement de soi, cette révolte solitaire, cette connexion a l'essentiel…la seule solution pour beaucoup est de se résoudre a vivre ces gestes par procuration, et se demander, loin du danger, si nous aussi nous pourrions survivre.

Il faut avouer aussi que bon nombre d'émissions comme Koh-Lanta ou Man vs. Wild (Bear Grylls) sont largement divertissantes, non seulement d'un point de vue exotique, car les lieus de tournage sont généralement époustouflants, mais aussi a l'échelle humaine.
La force de Koh-Lanta est bien dans le fait que les acteurs sont vous et moi…si en plus ils doivent manger des araignées grillées et des larves énormes encore vivantes, la fascination est au rendez-vous, car nous avons tous connu le manque et la faim, ne serait-ce que pour quelques minutes a notre naissance, et cette expérience est pour l'être humain (une des seule créature au monde qui a sa naissance doit être aidée par la mère pour s'alimenter) décisive dans sa construction et largement mystifiée.

Nous retrouvons d'ailleurs cette mystification de la nourriture dans toutes les émissions de Bear Grylls.



-          Quelles sont les situations et les personnages qui inspirent les amateurs de survie ?


Nous pourrions citer L'Odyssée (Homère), terme devenu, par antonomase, un nom commun faisant référence a n'importe quel récit de voyage ou la survie est sous-jacente ou présente…et fondation d'une tradition d'histoires et de personnages comme Robinson Crusoe par exemple.

Robinson est sans doute le parfait exemple d'un personnage et d'une situation capable d'attiser ce profond désir de liberté et d'auto suffisance. Nous ne recherchons pas forcement ici l'échouage volontaire et l'omniprésence de la solitude et de la mort, mais bien la connexion avec l'essentiel et le "sauvage", qu'il rencontra un Vendredi.

Robinson fait pour nous l'expérience graduelle d'une certaine délivrance, ou la lourdeur et la prétention du "civilisé", du "progrès",  sombre lentement dans l'océan pour laisser place au naturel, a la simplicité et surtout a la "liberté".

D'autres situations sont tous ces événements tragiques et brutaux ayant propulsés l'humain dans la survie. Ce qui caractérise cette immersion est la brutalité de l'événement, et la non prévoyance des acteurs.
Le Titanic, la deuxième guerre mondiale et notamment le siège de Leningrad, l'effondrement de l'économie de l'ex Union Soviétique, le tsunami au Japon, sont autant d'événements ou la survie s'intéresse brutalement a nous.

Un de ces événements typique reste le drame de la cordillère des Andes, quand le 12 octobre 1972, un avion transportant des étudiants et l'équipe de rugby d'un collège, s'écrase sur un glacier dans une zone reculée a proximité de la frontière entre le Chili et l'Argentine.

16 des 45 occupants de l'appareil survécurent après être restés isolés pendant 72 jours, avec des températures jusqu'à -40C, et s'être nourris des restes humains de leurs camarades.

Sinon…Rambo ?



-          Dans le survivalisme, quel est le rapport à la nature de l’être humain (confiance, défiance, alliance, combat…) ?


Le survivalisme tel que je le comprend est effectivement avant tout une question humaine, dans le sens ou quoi qu'il arrive notre plus grand atout, mais aussi notre plus grand désavantage, reste la dimension humaine.

Nous sommes capable du "meilleur", mais aussi du "pire".

Ce rapport a la nature humaine est donc complexe…et tout comme dans nos quotidiens, nous avons a cohabiter plus ou moins intimement avec des gens biens, mais aussi avec des gens moches. Cette relation a l'autre peut être plaisante, enrichissante, salvatrice…mais elle peut aussi être néfaste, démoralisante, toxique et dans le pire des cas mortelle.

Il faut donc prendre en compte la totalité des comportements pouvant dormir dans la nature de chacun et survenir ou transparaitre lors d'un événement perturbateur…car les situations difficiles peuvent facilement venir déstabiliser la fabrique et l'univers psychologique d'un individu.

Quand tout va mal: effondrement de la normalité, rupture de la loi et de l'ordre, guerre, pénurie, perte de l'emploi etc...il est assez facile de s'apercevoir des comportements pouvant nous enrichir, et ceux la pouvant nous empoisonner.
L'instinct de survie nous indique la procédure a suivre…s'allier et grandir ensemble, ou s'éloigner du potentiel danger.

Certains diront que la nature humaine est fondamentalement toxique, violente, intolérante, incapable et incohérente.
Il est vrai que si nous regardons objectivement notre parcours en tant qu'espèce, il est assez difficile de ne pas se poser certaines questions quant a notre inhérente capacité a tuer, piller, asservir, oppresser, torturer, détruire, diviser et emprisonner.

Mais ce ne serait qu'observer une partie de notre potentiel…non seulement dans les comportements, mais aussi dans les moments, et je refuse de m'abandonner a la simplicité du binaire pour évoquer la nature humaine.