mardi 26 février 2013

Question du moi - L'abri anti atomique




Au moment même ou je filmais cette video, le gouverneur de l'état de Washington, Jay Inslee, annonçait que six cuves de stockage de l'entrepôt de la centrale nucléaire de Hanford dans l'Etat de Washington étaient compromises, avec un réservoir fuyant plus de 1000 Litres de déchets radioactifs par an.

Les cuves de Hanford...

Considéré comme étant l'un des premiers réservoirs a perdre des contaminants depuis 2005, ce réservoir a été construit dans les années 40 et contient plus de 1 600 000 litres de matériel radioactif.

Au total, Hanford a 177 reservoirs sous terrains.

Vendredi, le gouverneur de l'état de Washington annonçait qu'il n'y avait aucun risque pour la population et l'environnement, et qu'il faudrait "du temps" pour que le matériel radioactif soit capable d'atteindre les nappes phréatiques ou la rivière "Columbia".

Le dernier réacteur de Hanford a été fermé en 1987, et un effort gigantesque de nettoyage a été entreprit sur le site, considéré comme étant le site le plus contaminé de l'hémisphère.



Un ami Expat de Seattle relate l'événement et ses impressions sur son blog:











lundi 25 février 2013

Comment Cuba survécut en 1990 sans pétrole




Documentaire de 53 minutes qui explore comment Cuba a été capable de survivre les conséquences de l'effondrement de l'Ex Union Soviétique, et donc l'effondrement rapide et dense de leur économie et ressources tel que le pétrole bon marché.

Un formidable exemple d'adaptation, qui devrait venir nourrir notre stratégie d'indépendance et de résilience.










mercredi 20 février 2013

Un bout d'hiver dans le Montana...





A l'arrivée des premiers Européens, le Montana a principalement été exploré par des trappeurs Français au cours du XVIIIe siècle, et faisait partie du territoire de la Louisiane (Français donc). Le Montana (ainsi que la Louisiane), a été vendu en 1803 aux Etats-Unis.

Le "Homestead act" ("la législation de la BAD") de 1863 permettait a quiconque (homme ou femme) de plus de 21 ans, de revendiquer et de s'approprier 130 hectares (le double en cas d'élevage), a condition d'occuper la terre pendant 5 ans. Enormément de femmes (veuves ou non mariées) ce sont ruées sur cette opportunité, ainsi que bon nombre d'Européens, 
attirés par la possibilité de devenir "proprié-terre".




"Le moins grand nombre possible devrait être sans une petite portion de terre. La terre est donnée comme une action ordinaire, pour que l'homme puisse la labourer et y vivre."
Thomas Jefferson




Il y a eu plus de 114 000 demandes de concession entre 1909 et 1923 dans le Montana. Des 2 millions d'individus ayant revendiqués une parcelle de 130 hectares au travers du "Homestead act", 783 000 ont réussi a survivre le contrat de 5 ans, pour finalement devenir propriétaire de leur propre terre. 



La cause principale des fermiers ne pouvant pas compléter les 5 ans a été l'impossibilité de faire pousser leur propre nourriture d'une manière durable et stable…avec un pourcentage énorme d'échec le premier hiver pour manque de réserves et de préparations.



- Montana a la plus grande population d'Elk des US.
- En moyenne, le Montana a 1,4 Elk pour 2,5 km2, 1,4 Antilope pour 2,5 km2 et 3,3 Cerf pour 2,5 km2.
- Pendant la migration, le Montana compte 300 000 oies sauvages.
- En 1888, la capital du Montana, Helena, avait plus de millionnaires par nombre d'habitants que n'importe qu'elle ville au monde (or).
- 46 des 56 comtés du Montana sont considérés comme des "comtés pionniers", c'est a dire avec une population de 6 habitants ou moins par 2,5 km2.
- Le Montana a le plus grand nombre de Grizzly de tous les états.
- Les Bisons sauvages sont encore présent dans le Montana.
- Tous les ans, plus de 10 000 pélicans viennent passer l'été dans le Montana.
- La devise du Montana est : "or et Argent".
- Le nom "Montana", vient de l'espagnol "montagne".
- Dans le Montana, le nombre d'Elks, de cerfs et d'antilopes surpasse la population humaine.
- Il est illégale pour une femme non mariée de pêcher seule dans le Montana (loi non appliquée bien sur !).
- Le flocon de neige le plus gros au monde a été enregistré dans le Montana: 38cm de largeur.
- Montana a le record de changement de température le plus important: en 1972, la température ambiante, en 24 heures, est passé de -47C a 10C.
- Montana a aussi le record de température la plus basse des US: -57C.
- Il n'y a pas de taxe a l'achat dans le Montana (1$ c'est 1$ !)
- La seule ville du Montana surpassant les 100 000 habitants est Billings, avec une population de 104 170 habitants.
- Le territoire du Montana est devenu le 41eme état en 1889.










lundi 11 février 2013

Le sac de sucre…




Si la réelle portée du survivalisme est intimement liée a la construction personnelle d'un univers durable, cohérent, riche d'indépendance et de liberté a l'échelle de notre cercle d'influence immédiat pour tout simplement et positivement influencer la qualité de nos vies, effondrement ou pas...c'est au travers de nos préparations, de cette organisation matérielle et solide, que le survivaliste devient visible et donc compréhensible pour son entourage.

Apres tout, "liberté", "cohérence" et "indépendance" sont des termes si personnels, si subjectifs et conceptuels, qu'il est plus facile de nous définir par le matériel, par la solidité de nos préparations et ce qu'elles impliquent, que quelques sentiments symboliques de révoltes solitaires inscrits sur les murs de nos sous sols lourdement désintéressés par le poids des étages supérieurs.

Parler d'indépendance et de liberté est toujours risqué…d'une part parce que l'indépendance et la liberté sont des notions relatives, et d'autre part parce que nous vivons une époque ou l'intention d'indépendance, d'auto-suffisance, d'autonomie, de pouvoir personnel, de cohérence, d'implication, de résilience et d'affirmation de sa conscience, semble menacer l'équilibre du paradigme ambiant, qui, simplement exprimé, nous pousse de plus en plus a dépendre de tout et de rien…


Dans ce contexte, plus ou moins complexe selon le niveau d'esclavagisme des esprits alentours, il est beaucoup plus simple de se pencher sur "le sac de sucre" du survivaliste, et de peut être s'en moquer, que de se pencher sur son intention d'indépendance et de liberté, lui beaucoup plus nuancée et subtile.


Face a ce complexe processus d'indépendance qu'est le survivalisme, il peut être question a un moment ou a un autre de perdre de vu le réel intérêt d'une telle démarche, et de succomber au fatidique: "…et si il ne se passe jamais rien ?"

Cette "question", souvent chuchotée par simple envie d'affirmer un quelconque sentiment de conformisme collectivisé, implique mathématiquement que le survivaliste ne peut résonner que de la catastrophe, qu'il ne peut vivre et prendre tout son sens que dans l'enchevêtrement hâtif d'une situation d'urgence et de ses séquelles sur notre fabrique.


Il serait alors question d'une co-dépendance structurelle entre le survivalisme et l'effondrement de la normalité…et le survivaliste, devient des lors, aux yeux du monde qui l'observe ou dans sa propre conception plus ou moins juvénile, un être totalement gouverné par l'événement.

On pourrait presque dire que sans la catastrophe, le survivaliste ne peut exister, car sans elle, la totalité de sa démarche, de sa structure (philosophique, intellectuelle et physique) n'a aucun sens…

A quoi sert la préparation a un effondrement de l'économie, si l'économie ne s'effondre jamais ?
A quoi sert la préparation a un dysfonctionnement de nos systèmes de supports, si ceux-ci ne sont jamais en dysfonctionnement ?
A quoi sert de préparer un plan d'évacuation, si nous ne sommes jamais confrontés a devoir évacuer ?
A quoi sert le sac de sucre dans la cave du survivaliste, si la troisième guerre mondiale n'éclate jamais ?

Le survivaliste serait-il la victime d'un romanticisme sournois, attiré malgré lui, comme Ulysse par le chant des sirènes, a s'échouer sur les récifs d'un rêve post apocalyptique, pour peut être se vanter d'avoir prévu, survécu, ou finalement pleinement exister de tout son poids ?

" Viens ici ! Viens a nous ! Ulysse tant vanté ! 
L'honneur de l'Achaïe…arrête ton croiseur: viens écouter nos voix ! Jamais un noir vaisseau n'a doublé notre cap, sans ouïr les doux airs qui sortent de nos lèvres; puis on s'en va content et plus riche en savoir, car nous savons tous les maux, tous les maux que les dieux dans les champs de Troade, ont infligés aux gens et d'Argos et de Troie, et nous savons aussi tout ce que voit passer la terre nourricière."



Il n'y a aucun doute qu'un pourcentage plus ou moins important d'individus intéressés par le survivalisme semblent voir la catastrophe et l'implosion de la fabrique comme un univers propice a l'expression refoulé de certains comportements, ou encore l'expression d'une justice politisée.

Certains survivalistes semblent même y voir une opportunité…mais soyons très clair, cette projection fantasmée et souvent glorifiée par la culture ambiante est un leurre…un chant de sirène.



Notre sac de sucre n'est pas la promesse d'une catastrophe, ou l'espoir inconscient d'une implosion de la fabrique pour pouvoir enfin revêtir nos parades camouflées et sortir le 12 tacticool, mais bien la construction d'un mode de vie qui nous invite a matérialiser toujours un peu plus d'indépendance et de liberté.

Il est le reflet physique, presque symbolique, d'une prise de conscience particulière, qui exprime non pas l'idée de s'affranchir du système par la destruction de celui-ci, comme un enfant frustré et ne pouvant pas briller ou s'assumer devant les règles de jeu en place, mais bien par la construction, en parallèle, d'une manière de vivre que nous pouvons comprendre et qui nous est utile au quotidien.

Démolir, déconstruire, anéantir, rejeter, refuser, décroître…sont des gestes d'une mécanique grossière portée sur la réactivité émotionnelle, et donc facilement accessible et visible, et ayant le pouvoir d'extérioriser nos frustrations ou nos désirs, et ceci immédiatement.

Il est beaucoup plus facile de s'abandonner a l'auto destruction, qu'a l'auto construction.
Il est aussi parfois et pour certains, beaucoup plus facile de s'imaginer survivre, que de travailler a vivre.



- Je ne m'intéresse pas a la Permaculture pour survivre a la faim dans le cadre d'un effondrement total et systémique du monde tel que nous le connaissons, je m'y intéresse pour contribuer a la construction d'une vie locale, saine et cohérente avec mon environnement, pour pouvoir manger des aliments sains, pour limiter le trajet de certains produits, et m'affranchir (c'est a dire avoir la liberté de choisir de participer ou non) de l'agri-business, de la monoculture et de la destruction de nos sols.



- Je ne m'intéresse pas a la chasse pour le plaisir de tuer un animal, ou pour pouvoir me nourrir après une apocalypse quelconque, je m'y intéresse pour m'affranchir de la manière actuelle dont nous concevons l'élevage, et de la déconnexion programmée et hypocrite de notre rapport a la mort.



- Je ne m'intéresse pas a des énergies alternatives pour pouvoir continuer d'utiliser mon frigo quand la troisième guerre mondiale éclate, je m'y intéresse pour réduire l'impact de mes factures mensuelles sur mes finances, pour ne pas être dépendant du système pour mon électricité en cas de pannes, pour m'affranchir du monopole énergétique de compagnies douteuses et de certains enjeux écologiques que devrons subir nos enfants…



Je ne m'intéresse pas a l'hygiène et la santé pour pouvoir me faire des points de sutures après une fusillade quand l'effondrement de l'économie globale nous aura plongée au 18eme siècle…je le fais pour pouvoir intelligemment porter assistance a une personne blessée, a mon voisin, pour pouvoir fabriquer mon propre savon bio sans tests sur les animaux, pour pouvoir éviter de tomber malade et m'interdire la productivité, pour faire des économies, pour peut être réduire l'impact sur le monde hospitalier du pouvoir des grandes compagnies pharmaceutiques…



- Je ne fais pas de la récupération des eaux de pluie pour pouvoir continuer de boire durant la prochaine pandémie, je le fais pour réduire le gaspillage ambiant d'une ressource critique, pour réduire mes factures, pour arroser mes légumes, pour ne pas être dépendant du système si il y a une coupure, parce que c'est facile et que ça a du sens.



- Je ne m'intéresse pas aux armes a feu pour tuer quelques pilleurs de riz durant une guerre civile, je m'y intéresse pour avoir un moyen adapté de défendre la vie de mes proches dans un cadre extrêmement précis et stricte, pour pouvoir récolter ma propre viande, aussi dans un cadre extrêmement précis et stricte, pour contribuer a un certain équilibre de la force, et finalement pour le plaisir que me procure le tir le dimanche entre amis.

- Je ne fais pas des réserves de nourriture pour pouvoir bouffer quand tout le monde a faim, je le fais pour m'affranchir d'un système de distribution "juste-a-temps", pour faire des économies, pour mitiger les fluctuations de prix causées par la spéculation sur les produits de base, pour ne pas avoir a prendre la voiture le dimanche matin quand je m'aperçois que je n'ai plus de sucre, et donc payer plus de taxes, utiliser plus d'essence…




A  L. & P.

dimanche 3 février 2013

Les enfants et l'urgence.


Ouragan Sandy - New York

"L'angoisse de l'étranger", élément typique de notre séquence développementale, est une forme de détresse que les enfants peuvent éprouver lorsqu'ils sont exposés à des personnes inconnues.

Cette angoisse, plus ou moins ressentie selon l'enfant et son univers personnel, peut s'exprimer de plusieurs manières, comme quand par exemple l'enfant se cache derrière un parent, devient soudainement silencieux et/ou "timide", se met à pleurer, ou encore proteste verbalement la nouvelle rencontre.


Une multitude de stratégies peuvent être entreprise par les parents pour aider leurs enfants à gérer cette angoisse…

Une de ces stratégies, est tout simplement d'encourager les parents à se détendre lorsque la famille se retrouve dans un environnement ou la présence d'inconnus est inévitable, car les enfants sont largement susceptibles d'être influencés par le comportement et l'attitude de leurs parents. Le parent dégage de la sérénité et de la confiance? L’enfant tendra vers la quiétude et la confiance, lui aussi.


Une situation d'urgence, quelle que soit sa cause, sa nature ou sa durée, peut être définie comme étant l'effondrement de notre normalité, et donc la rupture plus ou moins intense et prolongée avec le familier, l'ordinaire, la routine, le prévisible…"le connu".

Sarajevo

L’urgence peut être un incendie à la maison, un accident de voiture, une émeute raciale et explosive comme celle de Los Angeles en 1992, un désastre naturel comme le tsunami au Japon, une attaque physique violente à la sortie d'un magasin ou dans un bus, un accident nucléaire localisé, la perte de l'emploi, une pénurie d'eau, de nourriture, ou encore une perte de la normalité peut-être plus systémique comme par exemple l'effondrement de l'économie en Argentine.

Tous ces événements, pourtant totalement différents, sont des effondrements de notre normalité, de notre familier, et nous nous retrouvons invariablement face à l'inconnu et sans les leviers de contrôle dont nous disposions auparavant. Nous sommes nus devant l’Incertain.


1- Le familier.

Tsunami - Japon

A en croire Freud, nous serions principalement motivés et construit pour éviter la douleur, et rechercher le plaisir.

Même si cette théorie peut être valable dans bien des cas, une autre force, une autre motivation, semble liée à notre univers: le familier.

Le familier est d'ailleurs perçu par certains psychologues comme la "matière" qui cristallise nos sociétés, car après tout, le familier exprime une certaine forme de confort, de contrôle et de sécurité…et ces trois éléments, rarement exprimés et conscientisés dans le monde de la préparation, sont en particulier important pour le bien être et l'épanouissement de nos enfants.

D’ailleurs, Naomi Klein dans “The Shock Doctrine”, démontre que les traumatismes causés par la disparition de repères sociaux fait perdre aux gens leurs balises, parfois jusqu’à ne plus être capable de discriminer l’acceptable de l’inacceptable.


Si la routine telle que nous la comprenons dans l'expression "métro - boulot - dodo" peut être source d'appauvrissement venant contrarier l'épanouissement de soi au travers d'accomplissements et de désirs variés, elle est souvent, que nous l'admettions ou non, source d'une certaine homéostasie 
(Initialement élaborée et définie par Claude Bernard, l'homéostasie (du grec homoios, « similaire » et histēmi, « immobile ») est la capacité que peut avoir un système  quelconque (Ouvert ou fermé) à conserver son équilibre de fonctionnement en dépit des contraintes qui lui sont extérieures. Selon Walter Bradford Cannon, « l’homéostasie est l’équilibre dynamique qui nous maintient en vie. » L'homéostasie est la maintenance de l'ensemble des paramètres physico-chimiques de l'organisme qui doivent rester relativement constants (glycémie, température, taux de sel dans le sang, etc.). D'ailleurs, la fixité du milieu intérieur est la condition d'une vie libre et indépendante : c'est-à-dire que nous ne devons pas trop nous préoccuper de l'environnement pour évoluer.).


D'une certaine manière, le survivalisme peut être compris comme la construction personnelle d'un familier, c'est à dire cette notion de fixité du milieu intérieur tournée vers la liberté et l'indépendance, tout en se donnant les moyens, au travers de stratégies diverses, de maintenir ce familier en dépit des contraintes qui lui sont extérieures.

Simplement, les situations d’urgences sont toujours moins catastrophiques quand on est en mesure d’y répondre et de s’y adapter, c’est à dire quand les évènements ne nous laissent pas impuissants. 



Supposons que les approvisionnements en eau de votre région sont coupés parce que l’usine de filtration connait une panne passagère. Loin de se faire du souci, de paniquer ou d'être a la merci d’une aide extérieur imprévisible, le survivaliste y verra une occasion de sortir ses « gadgets » du placard, en l’espèce son Big Berkey ou tout autre système de filtration et de purification d’eau. 

Il évitera non seulement des heures d’attentes et de transport du point d’approvisionnement d’eau potable vers chez lui, mais en plus, il sera capable de partager une eau propre et saine avec ses voisins qui, eux aussi, ont probablement des bébés ou de jeunes enfants dans le besoin. 

Citoyens faisant la queue devant un supermarché Japonais après le Tsunami.

Voilà un cas où le familier est affecté dans sa fixité, mais compensé par la fixité de la capacité d’anticipation et d’adaptation du survivaliste. 


2- L'inconnu.

Evacuation des enfants durant la deuxième guerre mondiale - Londres

L'urgence est, quoi qu'il arrive, synonyme de changement.

Ce changement, plus ou moins brutal, durable et dense selon la nature de l'événement, vient inévitablement bouleverser notre familier, et donc notre niveau de confort, de contrôle et de sécurité.

Si la perte du familier (confort / contrôle / sécurité) peut être difficile à gérer pour un adulte, cette perte peut être dévastatrice pour nos enfants…et générer une angoisse généralisée plus ou moins nocive.

En effet, l’adulte a un avantage énorme en cette matière: il a vécu, il en a vu d’autres. L’inconscient compare le présent avec les expériences vécues et retourne toujours la même réponse à un stimulus similaire. L’adulte demeure donc en territoire plus ou moins familier de par son expérience et son potentiel d’action et de projection.

Pour un jeune esprit en développement, toute perturbation prend une énorme ampleur par manque d’outils psychologiques mais aussi par manque de référents. Et pour cause! C’est un petit être avec peu de vécu qui a tout à apprendre de notre monde. Avec le temps, avec la répétition des expériences désagréables ou douloureuses, son esprit se forme et reconnaît un jour que telle expérience n’est pas agréable mais n’est pas pour autant catastrophique. Il apprend et son inconscient apprend lui aussi à dédramatiser. Mais ça, c’est bien plus tard, quand il a grandi. Dans l’intervalle, il peut être démuni face à presque chaque perturbation.

Ouragan Katrina - Nouvelle Orleans - Camp FEMA

Il est dès lors impératif de pouvoir, dans un premier temps, reconnaitre les signes de cette angoisse, pour être capable de s'engager, en tant qu'adulte responsable du bien être de nos enfants, à maintenir et restaurer leur familier, leur connu.


Quelques signes de stress chez les enfants en bas âge:

- Pleurs
- Maux d'estomac
- Pipi au lit
- Sucer le pouce
- Fluctuations de l'humeur

Âge moyen:
Nous allons retrouver les mêmes angoisses que les plus jeunes, plus:

- Agitation / nervosité / irritabilité 
- Colère
- Perte d'appétit
- Vomissement, nausée, maux de tête
- Cauchemars
- Onychophagie 

Adolescents:


Nous allons retrouver les mêmes angoisses que les plus jeunes, plus:

- Abus de drogues et d'alcool

(source: NYU Centre d'étude "Prendre soin des enfants après un traumatisme, un désastre ou la mort")


3- Fixité et stratégies.


Durant un effondrement de notre normalité, de notre familier, l'attitude générale des adultes alentours va, tout comme avec la séquence développementale de "l'angoisse de l'étranger" citée plus haut, largement influencer la qualité d'adaptation de nos enfants.

Simplement, et indépendamment de nos ressources, il devient primordial pour les parents de pouvoir projeter une attitude positive face à l'événement perturbateur, et une démonstration inébranlable de contrôle et de sécurité.  À cela doit s’ajouter une stabilité dans la présence des parents (en temps comme en qualité) ainsi que dans les routines, quitte à les adapter aux circonstances.



Beaucoup "d'anti-prévoyants" semblent prendre plaisir à dénoncer le caractère, selon eux consumériste et égoïste, du survivalisme.

Seulement, il faut bien se rendre à l'évidence que si nous décidons de positivement influencer notre attitude, notre niveau d'équanimité face à l'urgence pour potentiellement réduire l'angoisse familiale, et plus largement influencer les sphères claniques et locales, un moyen très efficace de le faire est de se donner les  capacités, matériels, physiques et psychologiques, de conserver une certaine normalité, là ou la normalité devient précaire.

Être accusé de "consumérisme primaire"  parce que nous incitons à la constitution de réserves de nourriture et de matériels de premiers soins, l’installation de systèmes de génération électrique autonomes, de systèmes efficaces de filtration, de purification, de transport et de stockage d’eau potable apparait donc ridicule et de mauvaise foi.

Il n'est pas ici question d'un consumérisme axé sur le superflu dernière mode pour s'acheter un rang social, une culture ou une conversation éblouissante, mais bien de l’expression réfléchie d’une volonté d’augmenter notre niveau d'indépendance face a un monde fragilisé par sa propre complexité, et pouvant, à tout moment, venir déstabiliser et/ou détruire notre homéostasie.


Effondrement de l'economie en Grèce.

Nous ne parlons pas ici de combler un manque existentiel quelconque au travers de signes ostentatoires purement superficiels, mais bien d'outils et de systèmes pouvant nous offrir plus d'indépendance afin de maintenir notre familier en dépit des contraintes extérieures…mais aussi et peut être surtout d'influencer la qualité de notre attitude.


Ne pas pouvoir nourrir nos enfants correctement, ne pas pouvoir les soigner, les protéger, les réchauffer, ou leur offrir la possibilité de boire de l'eau qui ne les rendra pas malades, est, en tant que parent, sans aucun doute démoralisant et décisif pour notre attitude générale. C’est ni plus ni moins qu’une source d’angoisse, une angoisse qui sera contagieuse.


Camp de réfugiés - Syrie

Ce sentiment d'impuissance durant un événement dramatique, qu'il soit personnel, local, régional, national ou global, peut être largement évité avec la simple mise en place d'un plan d'urgence, et d'une réserve personnelle et personnalisée de tout ce qui nous semble nécessaire au maintient physiologique et psychologique de notre famille et en particulier celui des enfants.


Voici une liste de fixité du familier pour nos enfants:

-jouets / jeux
-livres pour enfants
-crayons / papier
-matériel d'école (livres / cahiers / trousse…)
-ancre émotionnelle de sécurité (doudou)
-nourriture spécialisée
-lecteur DVD 
-lumière
-photos de famille
-animal domestique 
-musiques ou films/clips/émissions fétiches de l’enfant
-instruments de musique

Il faut bien mettre l’emphase sur des objets qui aideront l’enfant à extérioriser son angoisse ou son mal-être face à la situation. Pour de petits enfants, ça prendra la forme de figurines représentant chaque membre de la famille, et d’une poupée ou d’un toutou qui représente l’enfant lui-même. En le guidant à travers ses jeux, il pourra recréer sa vie actuelle avec des paramètres qu’il contrôle, ce qui favorise grandement l’acceptation et l’adaptation. 

Dans le cas d’enfants plus vieux, on pourra privilégier davantage la communication et l’expression écrite, via le dessin ou l’écriture. Ou la musique s’ils savent jouer d’un instrument ou s’ils sont en train de l’apprendre. L’important c’est de trouver un moyen qui permet à l’enfant de projeter son angoisse hors de lui, dans une situation où il peut la contempler, l’observer et la dépasser.



Les activités comme le jeu ou l'expression artistique sont d'excellents moyens d'extériorisation des angoisses de nos enfants mais ils ne représentent qu'une partie de l'équation.
L'autre partie, plus basique, biologique, voire même animale, est le besoin de contacts physiques. 

L'enfant a besoin de démonstrations d’affection de la part de ses parents, pas uniquement en mots mais en gestes. Oh bien sûr arrivé à l'adolescence ce besoin d'affection parentale change de forme, mais déjà l'enfant dispose d'autres moyens de se rassurer et de plus d'autonomie affective mais, malgré cette mutation des formes, le besoin demeure.


Finalement, une autre aide précieuse à l'adaptation et à l'apaisement du stress dû au changement, se trouve auprès de nos enfants eux-mêmes. Arrivés à un certain âge, ils sont désireux d'aider. Cette aide, pouvant être malhabile et inefficace chez les jeunes enfants et de plus en plus utile quand ils murissent,  leur permettent de faire face et de s’approprier la nouvelle normalité.


Des Ados nettoient les rues de New Jersey apres l'ouragan Sandy.

Si le triptyque [moyen d'expression – affection et contacts physique – contribution "utile"]  est réuni, toutes les conditions pour retrouver l'harmonie sont présentes et le reste ne dépendra que de la personnalité et des prédispositions naturelle de l'enfant à la résilience.


5- Le retour au familier.


Face à l'effondrement du familier, les particularités de nos réponses semblent intimement liées à la motivation, individuelle et/ou collective, de reconstruire du confort, du contrôle et de la sécurité, et ceci le plus rapidement possible.

Nous parlons alors de résilience et de notre capacité de venir nourrir une certaine force d'adaptation face à la nouvelle réalité ambiante, en mettant en œuvre une multitude de démarches, physiques et/ou psychologiques, familiales, locales, régionales ou nationales, visant à réduire la portée et la durée du changement et donc du stress.

Cette force d'adaptation, plus ou moins vive selon les facultés et les moyens de l'individu ou du groupe, est pour les victimes d'un effondrement principalement motivée par le retour au familier, car ce retour au familier va faciliter le rétablissement.


Des enfants retournent a l'école - Haiti

Durant une situation d'urgence, il est donc important pour nos enfants de rester le plus proche possible de leurs routines.

Ces routines peuvent être l'éducation, le jeu, les mêmes habitudes alimentaires, vestimentaire, affective, et bien sur les familiarités concernant le confort (lit - veilleuse la nuit- eau chaude, etc.), le contrôle et la sécurité.

Pour l'éducation, il est par exemple important de conserver cette routine car elle peut tenir une place prédominante selon l'âge de nos enfants, largement habitués à aller à l'école.

En Afrique on dit qu’il faut un village pour éduquer un enfant. Seulement, force est de constater que nos cultures Occidentales reflètent de moins en moins cette structure communautaire et cette mentalité. En revanche, Il est fort possible que durant une situation d’urgence et dans une stratégie de retranchement familial et clanique, nous ayons avec nous les grands-parents de nos enfants pour remplacer ce village, et peut être contribuer a la continuité de leur routine scolaire.



Les grands-parents ne sont pas les parents, mais ils peuvent être des phares dans la nuit pour nos enfants. Ils font partie de leur univers familier, moins présents que les parents, probablement moins présents que les amis des parents, mais plus solidement présents et pouvant revêtir un caractère sacré.

Les grands-parents sont comme des parents qui contraignent moins et qui « gâtent » plus. 

 De par leur nature, ils sont des facteurs de fixité primordiaux, d’excellents substituts quotidiens temporaires aux parents et un point d’ancrage qui suscite la confiance de nos enfants.

 D’ailleurs, durant presque toute l’histoire humaine, les grands-parents ont fait partie de la cellule familiale de base. Arrivés à leur « retraite », nos « vieux » cédaient leurs biens et leurs richesses à celui ou celle de leurs enfants qui les recueillait en échange du gîte et du couvert. Leur retraite consistait des lors à prendre soin des enfants pendant que les parents travaillaient. La séparation des grands-parents de la cellule familiale est un phénomène récent. Il ne faut pas l’oublier.



Une grand-maman, ça peut parler de Maman quand elle était petite, quand  elle aussi avait peur du tonnerre, et ce genre de conversations apaise les enfants, surtout quand ils savent bien que maintenant, Maman n’a plus peur du tonnerre.

Les grands-parents rappellent la routine mais la perturbent positivement, souvent de manière festive par des gâteries, des activités spéciales ou encore simplement plus de temps exclusivement consacré à interagir avec nos petits.

Nos « vieux » ont donc un rôle prédominant à jouer durant un effondrement de la normalité: non seulement parce qu’ils sont nos parents, mais aussi parce qu’ils sont les grands-parents de nos enfants et qu’ils vont contribuer à leur bien être.

En  intégrant les personnes âgées au maintient et à la reconstruction du familier, on leur fait aussi sentir que malgré les circonstances, malgré les perturbations qui peuvent aussi leur causer de l’angoisse, malgré l’incertitude, malgré leur âge et leurs capacités physiques diminuées (quoique…), ils sont importants parce qu’ils font partie intégrante de notre cellule familiale et parce qu’on a besoin d’eux, parce que leurs petits-enfants ont besoin d’eux. Leave no one behind.


"nos vieux" peuvent avoir une expérience de vie importante.

Le maintient de la routine des enfants, est l’élément clé de leur bonheur et de leur développement. Maintenant, quand les évènements viennent la menacer, la chose la plus importante à faire pour les parents, est de montrer, démontrer et prouver qu’ils sont capables de maintenir cette routine, quitte à l’adapter.

La routine comprend aussi l’humeur, la confiance en ses moyens, l’égalité de caractère, le statu quo ante dans nos interactions avec nos enfants. Bref, l’équanimité.


Et nous, comment peut-on maintenir notre équanimité malgré les circonstances et surtout les lourdes responsabilités d’être parents dans un monde ou il n’y a plus de chauffage, d’eau courante, d’électricité et de nourriture dans les magasins ? 


Ouragan Sandy - New York

C’est au travers de notre préparation que nous trouvons les éléments du maintien de notre stabilité. 

Notre préparation mentale comprend: projections et plans de contingences préparés d’avance, répartition préalables des responsabilités et des rôles, redondance des responsabilités par l’implication des grands-parents et des autres membres du Clan, maîtrise des situations par la prévoyance, la pratique ou la très grande familiarisation.

Notre préparation matérielle est tout aussi importante : réserves d’eau, d’aliments, d’outils, d’énergie; lieux de vie alternatifs, refuges temporaires, véhicules fiables suffisamment et constamment pourvus en carburant...etc. Et même les cadeaux d’anniversaire et de Noël préparés longtemps a l’avance et offerts au plus fort de la crise contribueront à maintenir la routine si importante.

Des parents préparés sont des parents qui ont les moyens de faire face, qui sont en confiance, qui abordent les situations avec plus de sérénité et d’équanimité. Et ceci permet aux parents de maintenir leurs enfants le plus près possible du familier. Les enfants subissent moins de stress du fait des changements car les parents leur en communiquent moins, voire pas du tout. 



S’ils ont subi un traumatisme, ce cocon de familiarité, de stabilité, de confiance en l’avenir et d’amour, guérira nos enfants plus rapidement.

Vic Survivaliste / volwest