Comme La Spirale l'annonce déjà depuis plusieurs années, l'actuel contexte de crise économique, écologique et sociétale favorise de nouvelles formes d'activisme, au sens premier du terme. Pour un nombre croissant de nos contemporains, l'heure est à la reprise en main de leur mode de vie, en privilégiant une forme d'indépendance vis-à-vis du système économique dominant.
Français installé depuis de longues années aux États-Unis et aujourd'hui résident de l'État du Montana, Vol West fait partie des figures les plus en vue de la nouvelle mouvance survivaliste francophone. Outre son blog Le survivaliste au travers duquel il expose sa philosophie et le fruit de ses recherches, il a co-écrit Rues Barbares - Comment survivre en ville avec l'auteur suisse Piero San Giorgio.
Entretien à bâtons rompus avec une personnalité atypique, à mille lieux des clichés et des préjugés entretenus par les médias de masse, au cours duquel sont invoqués les mânes de George Orwell, du Mahatma Gandhi, de Jean-Jacques Rousseau et de Henry David Thoreau.
Propos recueillis par Laurent Courau.
Dans l'imaginaire populaire, le survivalisme est lié aux différentes formes de catastrophes globales. Qu'il s'agisse d'un effondrement économique, d'une guerre civile ou nucléaire, voire d'une pandémie ou d'un accident écologique majeur.
Votre vision est plus pragmatique, puisque vous parlez plus volontiers d'autonomie alimentaire et énergétique, d'indépendance individuelle ou familiale, d'anticipation d'accidents plus classiques tels qu'un accident de la route ou la perte d'un emploi. Pourriez-vous la résumer pour nos lecteurs ?
Le survivalisme est pour moi l'expression, plus ou moins maladroite selon le parcours et les influences de vie de chacun, d'une prise de conscience et d'un constat personnel liés a la santé de notre monde. Le signal d'alarme est tiré depuis longtemps…et il n'y a pas besoin de vivre dans un quartier populaire de Los Angeles pour s'en rendre compte.
Qu'il soit question d'un malaise écologique, technologique, sociologique, politique, ou encore économique, il me parait raisonnable aujourd'hui de comprendre que notre univers, de part sa force motrice, n'est plus qu'une machine titanesque et dépendante de sa propre amplitude.
En tant que passager titulaire d'un billet, et puisque notre effort de mondialisation a su convertir une multitude de vaisseaux, autrefois plus ou moins libres et indépendants les uns des autres, en un seul paquebot géant a multiples étages et a la direction unique, je me pose des questions.
- Sommes-nous sur la bonne voie ?
- Devons-nous aller aussi vite ?
- Avons-nous assez de ressources pour le voyage ?
- Avons-nous assez de canots de sauvetage pour la totalité des passagers au cas ou ?
Il y a des passagers qui se moquent de tout cela, et d'autres plus prévoyants. Cette prévoyance se transforme alors en démarche calculée pour augmenter notre résilience (a l'échelle personnelle, mais aussi familiale, locale, régionale, nationale et puis globale) dans le cadre d'un événement perturbateur: perte de l'emploi, accident de la route, inondation, incendie, coupure d'eau, effondrement économique, émeute, pénurie, catastrophe naturelle ou technologique, etc.
C'est tout simplement de prévoir un gilet de sauvetage et un plan d'évacuation au cas ou…le bateau coule.
Nos gouvernements sont d'ailleurs les premiers a prévoir des sorties de secours, des stocks de nourriture, des canots de sauvetages (il n'y en a jamais assez pour tout le monde !), des équipes d'intervention (souvent trop lentes, en sous-effectifs ou démoralisées), des détecteurs de fumée etc.
Beaucoup diront que notre bateau ne peut pas couler…qu'il est trop grand, trop beau, trop moderne...et qu'il est ridicule et farfelu de s'abandonner a l'hystérie de l'anticipation et de la prévoyance, même si notre histoire est lourdement jonchée d'échouages plus ou moins conséquents.
Cette démonstration naturelle de responsabilisation citoyenne, de prévoyance et de résilience, n'est cependant qu'une facette du survivalisme, et comme je l'explique sur le blog depuis quelques années maintenant, la réelle portée du survivalisme n'est pas dans la préparation, mais dans la construction personnelle d'une manière de vivre qui reflète une intention résolue d'indépendance et de liberté.
Pour continuer l'analogie du bateau, être prêt, au moyen de bouées de sauvetages et de fusées de signalisation, a subir l'impact d'une situation d'urgence me parait logique et pertinent, mais se donner les moyens de construire sa propre caravelle, pour ne pas subir la totalité des convergences actuelles, est source de liberté.
Les médias de masse rapprochent volontiers le survivalisme d'une certaine extrême-droite. J'ai lu que vous vous définissez comme « libertarien », un courant politique peu connu et souvent mal compris en France. Pourriez-vous nous éclairer sur cette approche, qui semble avant tout prôner la liberté individuelle ? Et comment réagissez-vous à l'approche « critique » des médias de masse ?
Le Libertarianisme est avant tout une philosophie politique, largement fondée sur le principe de non-agression, tant physique que psychologique.
De chez moi, l'opposition droite/gauche n'est que l'expression d'un même et unique sentiment étatique, qui pourrait se résumer grossièrement a l'exploitation d'une direction formatée pour, au final, nous dire comment vivre, ce qui est bon pour nous, ce que nos enfants devraient apprendre, ce que nous devrions acheter ou encore ce que nous devrions manger.
Il y a différents degrés de Libertarianisme, du plus sauvage au plus souple, mais principalement, et si je devais résumer sa pulsion, un Libertarien est une personne qui s'engage a considérer la liberté individuelle en tant que droit naturel, et qui sera dans la plupart des cas favorable a une réduction plus ou moins importante de l'Etat en tant que système gouvernant.
Pour les médias de masse, et intuitivement parlant, je pense que le rapprochement avec l'extreme-droite vient souvent de la présence des armes a feu dans le survivalisme et de ce qu'elles impliquent symboliquement a l'intérieur même des mouvements politiques.
La notion de responsabilisation citoyenne, d'abord tournée vers l'affirmation résolue de sa propre conscience, vient sans aucun doute se confronter et bousculer l'idéologie ambiante de victimisation, idéologie lourde et suffocante en France.
Peut être qu'il y a d'autres éléments a prendre en compte pour expliquer se rapprochement, et même si c'est une erreur globalisante, je pense qu'il est logique, dans le paradigme actuel, de confondre un peu tout et n'importe quoi sans réellement s'investir d'un esprit critique quelconque.
La réalité est bien sur, et comme d'habitude, beaucoup plus subtile et complexe.
D'abords, le survivalisme n'est pas un mouvement politique. La décision personnelle ou familiale de construire de l'indépendance, de se donner les moyens de consommer de la nourriture saine et réellement locale, de solidifier un idéal de vie et de bien-être, n'est pas gouvernée par un engagement politique traditionnelle.
Certains survivalistes sont de droite, d'autres de gauche et d'autres encore libertariens !
Et un grand merci a Laurent Courau pour son intégrité et son enthousiasme.