Vers l'âge de 9 ans, je suis allé voir mon grand-père, et je lui ai demandé de me fabriquer une arbalète.
A cette époque, mes grands-parents étaient de mon quotidien…et une grande partie de mon éducation leur revient.
Immeuble typique, au coeur d'Alfortville, l'habitation de mes grands-parents reflétait une époque ou une certaine intention d'autonomie était encore pensé et encouragée dans l'agencement urbain.
Des petits jardins cultivables délimités de grilles en fer forgé s'étalaient humblement a l'arrière du bâtiment, et telle une sentinelle mécanique, une fontaine a pompe manuelle surveillait les légumes et les rosiers.
Mon grand-père pouvait tout fabriquer, tout penser, tout réparer.
A cette époque, j'étais particulièrement fasciné par le Moyen-âge, les Templiers...et puisque "Pépé" était un surhomme, puisqu'il pouvait tout fabriquer, tout penser et tout réparer, il pouvait assurément me construire une arbalète !
Dans la cave éclairée de petites guirlandes de lumières, et sous la supervision de quelques photos de femmes nues...on fabriquait une arbalète.
Elle était magnifique.
Elle avait une crosse en contre plaqué, et un système de gâchette très perfectionné. Une moitié de tube en plastique faisait le guide pour les carreaux de crayons a papier, et une multitude d'élastiques servaient de méthode de propulsion.
1- Nature et disposition.
La nature d'un système, quel qu'il soit, détermine d'une manière plus ou moins stricte son champs d'action et ses possibilités: un marteau ne fera jamais le travail d'un tournevis, une chignole n'est pas un rabot, et ceci quoi qu'en disent les bricoleurs du dimanche.
L'évolution de l'arme ces quelques milliers d'années derniers, prouve qu'une arme capable d'optimiser et de conserver une certaine distance entre soi et la cible est un avantage tactique indéniable sur notre environnement, et ceci que nous parlions de chasse ou de combat.
Il n'est pas étonnant que l'arbalète fut, a son époque, une révolution technologique importante, tout comme le fut plus tôt le propulseur a crochet, et plus tard l'arme a feu.
a) Les points forts.
L'arbalète était, a une certaine époque, tout simplement le meilleur outil pour transpercer une armure, et ceci de plus ou moins loin, et donc a l'abris d'une possible réplique musclée de la part de l'ennemi.
Même si la puissance de l'arbalète et la relative précision qu'elle offre a des distances raisonnables reste indéniablement d'actualité, ce que nous retenons principalement de ce système aujourd'hui est sa discrétion auditive (l'arbalète est une arme de jet silencieuse si nous la comparons a une arme a feu), sa facilité d'obtention et de possession d'un point de vue législatif (c'est une arme qui n'est pas -encore- soumise aux mêmes lois et aux mêmes législations que l'arme a feu), et la possibilité ici de récupérer et de fabriquer nos propres projectiles (avec plus ou moins de succès bien sur, selon votre talent).
Nous avons donc une arme de jet puissante, précise et silencieuse, capable d'être acheté assez facilement, et nous pouvons récupérer et/ou fabriquer nos propres projectiles.
b) Les points faibles.
Si l'arbalète présente certains avantages quant a sa nature et ses dispositions, elle présente aussi des désavantages considérables.
La première chose que nous pouvons remarquer de ce système, est sa présence physique: l'arbalète est imposante et très peu discrète.
Nous pouvons difficilement la glisser dans un sac a dos ou la dissimuler, et nous pouvons difficilement évoluer dans des milieux étroits ou encombrés sans risquer l'accrochage.
Parfois aussi longue qu'un fusil d'assaut moderne, et parfois aussi large que longue, l'arbalète est un système encombrant.
[ Bien sur, la réponse a cette "encombrement" sera la venue sur le marché des arbalètes de poing. Seulement, la ou l'arbalète de poing s'affirme dans sa présence physique plus "discrète", elle perd du même coup tous les avantages de sa grande soeur, notamment la puissance et la précision.
Même si ces systèmes de poing ne sont pas des jouets, je ne vois ici aucun intérêt ni aucune réelle utilité sinon pour s'amuser dans son garage, et donc je ne vais pas ici aborder cette variante. ]
La deuxième chose que nous pouvons remarquer, et la chose la plus importante a mes yeux autre que l'aspect politico-socio-culturel que nous verrons plus tard, est le temps de chargement/rechargement, et la force requise pour le dit chargement.
En effet, l'arbalète ne s'arme pas vite…et son armement requiert une certaine force et une certaine dextérité.
A l'époque des grandes batailles chevaleresques, cette lenteur d'action n'était pas très importante, car la section "projectile" (principalement arcs et arbalètes) était généralement a des distances salutaires du champs de bataille, c'est a dire hors de porté d'un coup d'épée, et sans doute plus pertinent encore, cette section était composée d'une multitude de tireurs.
Cette "collectivité" des armes, permettait a 10 de recharger, pendant que 30 autres continuaient d'harceler l'ennemi…l'empêchant ainsi d'avancer et de disséminer la section.
Si l'outil était amené sur le champs de bataille, son possesseur le jetait souvent a terre après la première volée, pour passer aux choses sérieuses et s'équiper d'un outil plus adapté au combat rapproché, mais rarement le rechargement de l'arbalète était envisagé au coeur de l'action.
D'autres ont encore optimisé le système pour palier a cette lenteur de rechargement, en attachant sur le devant de l'outil une arme tranchante, soit une forme de baïonnette, pour pouvoir combattre une fois l'arme principale "inutilisable" dans de telles conditions de combat.
La force et la dextérité vient aussi s'ajouter a la problématique du chargement.
Si un individu en pleine possession de ses moyens physiques et psychiques est capable de charger/recharger la bête assez facilement, c'est a dire dans un temps optimal ET sous pression immédiate (danger de mort), une personne "moins douée" physiquement ou psychologiquement n'aura tout simplement aucune chance de mettre en place une riposte effective selon la situation.
Des lors, nous éliminons ici une énorme partie de la population, et cette inévitabilité mécanique, est exactement la source du malentendu politico-socio-culturel dans laquelle il nous faut nous plonger.
2- L'arbalète et la défense personnelle.
L'arbalète semble bénéficier d'une attention particulière de bon nombre de survivalistes…et il n'est pas rare de la retrouver ici et la dans "la caisse a outil" des uns et des autres, ou de la voir être vendue sur des sites et des blogs "survivaliste" dans la section "arme" de la boutique.
Survivalistiquement parlant, sans doute que l'aspect "médiéval" apporte certaines réponses a des problèmes de fond tels que la durabilité, mais cette durabilité, principalement exprimée par la possibilité de fabriquer nos propres projectiles, découle invariablement sur un malentendu qu'il nous faut adresser au plus vite.
Ce que l'arbalète n'est pas, est un système de défense personnelle adapté a notre monde moderne !
Comme nous l'avons expliqué plus haut, ce système provient d'une époque ou le combat était de règles très précises, et de protocoles stabilisés par les technologies ambiantes.
Si a l'époque l'arbalète pouvait être considérée comme une arme de défense personnelle, et elle ne l'était pas, aujourd'hui, ce système est totalement inadapté a notre univers, et de voir l'arbalète être encore et toujours publicité comme telle est tout simplement malhonnête et dangereux.
Il n'y a aucun doute que ce système est parfaitement capable de tuer un individu qui vous menacerai de mort, la n'est pas la question, mais qu'advient-il de ce système si vous êtes blessé a une main ou a un bras ? Si il y a plusieurs attaquants ? Si votre épouse de 50kg est seule a la maison, ou encore si vous manquez votre cible avec votre premier projectile ?
Ma règle personnelle en terme d'outils et d'applications (disciplines) en situation de danger immédiat est simple: si mémé peut défendre sa vie avec, alors nous avons la un système intéressant. Si non…ce système est contrarié.
Est ce que mémé est capable, en quelques secondes, d'armer, de viser, de tirer, et de réarmer une arbalète de 80 livres quand sa vie est menacée ?
Adopter l'arbalète en tant que système de défense est une erreur "masculine"…propager l'idée, même indirectement, que ce système est adapté a la défense, est selon moi inacceptable.
Si nous parlons de défense personnelle dans le contexte d'une possible utilisation d'un système comme l'arbalète, c'est bien que nous parlons d'une situation de vie ou de mort, c'est bien que nous parlons d'une situation critique, ou notre vie ou la vie d'un proche est immédiatement menacée par une force déterminée et axée sur la destruction.
Dans cette situation, il nous faut être le plus efficace possible, le plus adapté possible, le plus stricte possible, le plus fort possible, le plus réaliste possible, et l'arbalète, aussi durable soit-elle, aussi silencieuse et rustique soit-elle, aussi puissante soit-elle, n'est pas l'outil adéquate pour cette situation.
Si nous sortons de l'univers "domicile", et que nous restons a mystifier une survie post apocalyptique juvénile et psychologiquement douteuse de fin du monde…alors effectivement l'arbalète peut être une arme décisive au coin d'une lisière.
Mais est-ce sincèrement l'univers représentatif de probabilités saines et réfléchies ?
Pourtant, bon nombre de survivalistes entretiennent une relation "buisson" au survivalisme, et arbalètes, sarbacanes, couteaux de lancé, shurikens et autres tangentes colorées viennent encore et toujours nourrir des situations imaginaires tordues et déplacées quant a la défense personnelle.
La défense personnelle, même si possible avec une arbalète, même si possible avec une cuillère a soupe, un compteur Geiger ou une clé USB, doit être comprise comme une situation réelle et définitive, c'est a dire ultime, et pouvant frapper n'importe qui n'importe quand.
Il n'y a ici aucune place a l'erreur, au farfelu, au doute ou a l'imaginaire. Il n'y a ici aucune place a la discussion, aux raccourcis intellectuels, philosophiques ou idéologiques. Et il n'y a ici aucune place a l'infantilisation ou a la restriction.
3- Les répercussions socio-culturelles.
Pourquoi pouvez-vous aujourd'hui acheter et posséder une arbalète plus facilement qu'une arme a feu ?
L'individu, si il est privé de tout…aura tendance a la révolte. Essayez avec vos enfants !
Mais si celui-ci est encore d'un choix, même ridicule, même manipulé, même inférieur, il aura tendance a déformer, de par lui même, le choix qui lui est offert, en trouvant dans celui-ci des avantages souvent totalement dénués de sens, et en détournant la nature même du choix pour s'auto-convaincre qu'il est encore "libre", "malin", ou pire dans notre cas…"capable de se défendre".
On dira, "dans 10 ans tu n'auras plus de munitions pour ton fusil", ou encore "une arbalète est plus puissante qu'un fusil et peut transpercer une portière de voiture !"…tout cela est une auto-manipulation organisée par un refus total des réalités associées avec la confrontation physique et la nature de notre monde moderne.
La plupart des films post apocalyptiques par exemple, des reportages "VSD", des séries télévisées ou des jeux vidéos de cette ambiance, semblent nous murmurer que l'arbalète est "l'arme du futur"...
Cette "réalité" semble concorder avec une certaine pensée socio-culturelle, surtout si nous glissons ici une ou deux législations sur le nombre de munition qu'un citoyen peut posséder chez lui, ou encore si nous continuons de suggérer au citoyen que la confiscation des armes a feu est une inévitabilité.
Effectivement, dans ces conditions, le choix parait simple…et au lieu d'acheter un fusil de chasse ou une .22LR, et donc d'émettre un vote en comprenants l'enjeu politico-socio-culturel qui anime notre quotidien, nous achetons, persuadé de faire le bon choix dans le protocole social que nous percevons, un système qui par exemple ne pourrait pas selon nous être confisqué, ou qui ne risquerait pas de manquer de munitions sur le long terme.
Ce mécanisme, est tout simplement un désarmement lent de la population, mais très efficace, car ce désarmement est effectué par vous même.
C'est de l'auto confiscation, comme nous l'avons vu dans la dernière video.
Votre gouvernement n'a pas besoin de venir vous prendre vos armes a feu, vous ne les achetez tout simplement plus, optant pour des systèmes plus accessibles.
Cette perversité va encore plus loin, car ce qui semble être un choix, non seulement ne l'est pas ("ça ou rien" n'est pas un choix), mais en plus, certains contribuent au désarmement du voisin en effectuant une publicité systématique d'un système de pensé contraire a la réalité.
Alors…a qui profite cette transaction ?
A tout ceux qui n'auront pas eu a faire le choix (c'est a dire ceux qui font les lois et qui sont eux de systèmes adaptés)…et ceux qui se moquent des lois.
Quoi qu'il arrive, et dans les deux cas, vous avez maintenant un système inférieur a ceux de vos voisins, effondrement ou pas.
4- Qu'est-ce qu'une arbalète ?
Si l'arbalète n'est pas un système de défense personnelle, quel peut bien être son rôle ?
Selon moi, une arbalète est un outil secondaire, qui ne peut en aucun cas remplacer ou substituer une arme a feu, mais qui peut venir compléter notre caisse a outil de survivaliste.
C'est sans doute un système intéressant pour la chasse par exemple, mais soyons réaliste, les forets françaises n'abritent malheureusement plus la diversité et la densité d'autrefois…paramètres importants lors d'un effondrement, qui a son tour viendra obligatoirement stresser une faune déjà limitée.
Les réalités d'une situation sociale permettant la mise en action d'une arbalète pour se nourrir cadrent difficilement avec la masse nutritive capable de nous faire subsister dans ces conditions.
Principalement, et toujours dans l'optique d'effondrement, la survie sera comme elle l'est souvent dans ces conditions, c'est a dire de petits gibiers au mieux, de petits rongeurs, d'oiseaux, d'insectes, de trucs aquatiques divers mais surtout de nos capacités a troquer, de nos réserves alimentaires, et de notre habileté a produire notre propre nourriture au travers de méthodes variées d'agriculture.
L'idée d'aller tomber un cerf toutes les 2 semaines pour réapprovisionner la BAD est sans doute valide par chez moi…mais en tant que chasseur, et comprenant l'enjeux énergétique et logistique, il serait hors de question pour moi de miser sur cette chasse, et encore moins avec une arbalète.
Pendant la deuxième guerre, beaucoup auront mangé des rats et des pigeons…mais la protéine animal, dans ces conditions, reste quoi qu'il arrive un luxe.
Mes grands parents en on été les témoins.
Photo - Tony.
Pour la chasse, et si nous voulons nous écarter de l'arme a feu, l'arc reste bien plus polyvalent et intéressant pour nous…avec une multitude de possibilités quant aux projectiles par exemple, et donc un taux de réussite fatalement plus important. De plus, cet outil, si il est choisit avec soin, pourra lui être utilisé par toute la famille sans trop de difficulté.
Cependant…et toujours dans le contexte de pénurie, le piégeage restera ici roi dans le rapport énergétique, et le survivaliste devrait des aujourd'hui privilégier le matériel et les connaissances inhérentes a cette démarche.
Quand tout va mal…on va me dire que l'arbalète est mieux que rien, et effectivement il est difficile de combattre une telle évidence, a part que nous devrions des lors réévaluer certaines priorités, car si une arbalète reste "mieux que rien", c'est un "mieux que rien" douteux si notre intention est d'acquérir cet outil pour des raisons d'anticipation d'effondrement mais aussi et surtout de protection personnelle.
Quand tout va bien, cet outil silencieux est parfait pour se faire plaisir, ou pour initier les novices aux principes de tir au fusil dans le jardin (fondamentaux, position, respiration, principes de visé, de sécurité…etc.), même si une carabine a plomb (air comprimé), beaucoup moins chère et capable de tuer petits rongeurs et oiseaux bien mieux qu'une arbalète, serait plus adaptée pour ce travail !
5- Le choix.
Arbalète Scorpion 175#
Si vous voulez acquérir une arbalète, précisons rapidement les qualités pouvant optimiser votre achat.
Comme tout système "survivaliste", il nous faut privilégier la simplicité, la robustesse et la fiabilité. Apres tout, ce système devrait pouvoir fonctionner dans une période difficile, avec une forte chance de perte partielle ou totale des systèmes de support, et donc une forte chance de ne plus avoir accès au matériel pouvant réparer et maintenir l'outil.
Principalement, évitez ici les systèmes a poulies. Cette "règle" marche aussi pour les arcs.
Ces systèmes sont bien plus fragile et sont plus difficile a maintenir en bon état de marche qu'un système "traditionnel". Comme d'habitude, le moins il y a de pièces, et le mieux nous nous portons. Simplement, si vous cassez une poulie quand tout va mal…votre système est alors un manche de rien.
Quelque soit le système que vous choisissez, assurez vous d'avoir un matériel de rechange adéquate…et même si les carreaux peuvent être fabriqués "maison", prévoyez une lourde réserve de projectiles, car vous risquez d'avoir autre chose a faire que de tailler des bouts de bois !