mardi 19 juillet 2011

La Serpe de L'Abbé.






L'adaptation et la personnalisation d'un système, quel qu'il soit, se doit d'être un des grands axe qui anime le survivaliste.

Cette artère, tant psychologique que physique, aspire et dirige une force tournée vers l'alchimie, vers la "biodégradabilité" de toute chose.

C'est s'apercevoir de la biodégradabilité d'un rôle, d'une idée, d'une fonction, d'une forme, d'une perception...
Recyclage, adaptation, personnalisation, valorisation, transformation, débrouillardise…sont dès lors autant d'intentions entretenues par le survivaliste…

Quand L'Abbé m'a parlé de certains de ses systèmes au détour de nos correspondances, et dans cette marée d'objets spécialisés a vendre, certains sans "âme", il m'a semblé important de lui céder la place pour qu'il nous raconte sa Serpe.











Avant-Propos
Le couteau occupe dans nos systèmes de support une place tout à fait à part. L'attention particulière dont il est l'objet, l'intérêt qu'il suscite auprès d'utilisateurs de tous horizons et le nombre d'études qui lui sont consacrées attestent de l'extrême pertinence du couteau comme plus fidèle compagnon de l'homme.
Je ne souhaite pas ici traiter du difficile problème que pose le choix d'un couteau. Car s'il est vrai que certains modèles sont, très objectivement, d'une qualité supérieure, il ne faut jamais oublier qu'au-delà des qualités intrinsèques d'un couteau, il faut également considérer son coût, l'usage auquel on le destine, la physionomie et les compétences de l'utilisateur.

Bref, le couteau intervient dans de si nombreuses taches que le vouloir apte à tout reviendrait à exiger de lui qu'il soit à la fois grand et petit, lourd et léger, fin et épais. Car chacune de ces caractéristiques induit une capacité de coupe spécifique. Devant ce dilemme, certains optent pour la combinaison d'un couteau de taille moyenne et d'un outil plus lourd, adapté au travail de camp, notamment à la coupe de bois épais. Cette solution me semble très pertinente.

Dans cette configuration, on pourrait destiner le couteau, de type bushcraft, à une utilisation fine comme la réalisation de pièces pour les pièges, la préparation du gibier, la réparation du matériel etc…et l'outil plus lourd à la coupe du bois, le bâtonnage, le débroussaillage, l'aménagement du campement etc…

Pour ceux qui souhaitent s'orienter vers ce type d'organisation, plusieurs outils peuvent être associés au couteau : une hache, comme dans les pays scandinaves, une machette, un kukri, une scie pliante, une pelle Cold Steel ou bien, et c'est la solution que je souhaite vous présenter, …une Serpe. Enfin une serpe légèrement modifiée…











La Serpe
Au risque de faire sourire les plus jeunes, j'aimerais rappeler qu'il n'y a pas si longtemps on utilisait couramment dans nos campagnes tout un tas d'outils à main qui, pour la plupart, n'avaient guère évolué depuis 2000 ans et l'excellente maîtrise du fer qu'avaient nos ancêtres Celtes. Certains de ces outils, notamment les faux et les faucilles, ont quasiment complètement disparus aujourd'hui au profit d'engins lourds, pour les agriculteurs, ou de matériel plus léger, pour les particuliers, comme les débroussailleuses thermiques et autres taille haies.

La serpe semble néanmoins résister à cette mécanisation car elle est le parfait complément de la tronçonneuse dans le travail qui est le nôtre sur les affouages. En effet, je dois vous dire que dans ma campagne bourguignonne nos communes nous donnent encore l'opportunité de faire notre bois dans le cadre de l'entretien des bois communaux. La serpe reste donc d'un usage très fréquent, non seulement chez les anciens, mais aussi chez les jeunes. On peut toutefois noter une différence, les anciens étant souvent adepte de la serpe dite " de Paris ", plus large et moins recourbée, tandis que les jeunes utilisent plus volontiers la serpe dite " italienne " dont la pointe forme un crochet très marqué.

Sur une coupe de bois, la manipulation est importante avant d'obtenir de belles piles de rondins bien ébranchés et prêts à être débardés, après une ou deux années de séchage. La serpe italienne présente ici l'avantage de faciliter grandement ces manipulations en offrant une poignée très sure lorsque son bout très recourbé est planté dans un rondin. Il existe une technique qu'il serait fastidieux de vous expliquer ici mais qui justifie cette forme " faucille " de notre outil. Celui qui "fait son bois ", comme on dit ici, entretient donc avec sa serpe une vraie relation de travail. Il connaît son outil, son poids, son usage et aussi ses limites.









La transformation
Le survivaliste se doit d'être opportuniste. Apprendre à valoriser ce dont nous disposons est un des piliers de la philosophie qui nous anime. Aussi, lorsqu'un manque se fait sentir, en l'occurrence je voulais un gros couteau de camp, je commence par me demander s'il n'y a pas d'alternative à l'achat pur et simple. L'idée de transformer une serpe s'est imposée assez rapidement. En effet, les taches auxquelles je destinais ce couteau de camp étaient assez proches de ce que je demande à ma serpe sur l'affouage, particulièrement des coupes à la volée et du bâtonnage. La principale modification que j'envisageais immédiatement était la suppression de la partie la plus recourbée de la lame. La fonctionnalité de cette pointe s'avère inutile dans cette nouvelle configuration, puisque l'on n'envisage pas de relever des rondins pendant plusieurs heures, en revanche cette pointe empêchent  les coupes au ras du sol et de bâtonner une bûche jusqu'au bout.

Personnellement, comme vous pourrez le voir sur les photos, j'ai décidé de couper cette pointe perpendiculairement à l'axe de la lame. On obtient ainsi une arête pouvant servir de racloir, de levier (pied de biche) ou même de creuser assez efficacement (nettoyage de l'emplacement du feu par exemple). J'ai réalisé deux encoches " arrache-clous ", dont l'une sert également à caler la paracorde qui maintient la protection du tranchant.

La coupe de cette pointe peut s'effectuer selon un angle plus ou moins ouvert ce qui permet de jouer un peu sur le poids final de la Serpe de l'Abbé, en effet il est important de conserver un poids assez élevé, qui vous assurera l'inertie indispensable à une coupe puissante. Veillez bien à conserver l'amorce de la courbure de la pointe. Le tranchant de votre couteau de camp ne sera pas parfaitement rectiligne et cet arrondi en bout de lame, cet "ergot", pourra s'avérer très utile, par exemple pour écorcer une branche, mais aussi pour conserver la fonctionnalité d'une pointe, notamment au "Planté ".

Concrètement, pour modifier votre serpe, il faut commencer par définir la forme de couteau de camp que vous souhaitez obtenir. Cette étape est primordiale. Décalquez la lame de votre serpe sur un bout de carton et modifiez aux ciseaux jusqu'à obtenir la forme qui vous convient. N’amputez jamais le tranchant original de l’outil, car ce dernier a reçu un traitement de forge spécial. Si vous souhaitez réduire la largeur de la lame, travaillez donc du coté opposé au tranchant. Personnellement, j'applique du scotch de peintre en papier sur la lame et je dessine directement sur l'outil. Une fois la forme définitive élaborée, reportez la sur la lame à l'aide d'un marker indélébile.

Pour obtenir la forme dessinée, une scie à métaux et une lime peuvent suffire, mais cela risque d'être un peu long. L'usage d'une meuleuse d'angle associée à un disque de tronçonnage (privilégier les disques pour couper l'inox, ils sont plus fins et permettent un travail plus précis et toujours dans une bonne marque), ainsi qu'un disque abrasif à lamelles vous feront gagner quelques heures. Veiller toujours à ne pas faire trop chauffer l'acier de votre serpe afin de ne pas modifier ses caractéristiques de trempe et donc sa capacité d’affûtage. Effectuez le travail de finition à la main : lime, papier de carrossier et pierre d'affûtage. Allez-y progressivement : on peut toujours enlever de la matière mais difficilement en rajouter.

Le perçage d'un trou dans la lame, juste devant la poignée permet de passer une dragonne ou, le cas échéant, d'attacher son outil sur un sac à dos. Un affûtage rasoir viendra parachever votre œuvre et donner sa pleine dimension à votre nouveau couteau de camp. Je pense qu'un étui n'est pas indispensable. Pour ma part, je transporte toujours ma serpe dans un sac à dos. J'en protège le tranchant avec une protection de portière de voiture en plastique que je maintiens en place avec la dragonne. Ce système me donne entièrement satisfaction.

Enfin, permettez-moi d'insister : il faut toujours travailler avec des lunettes et des gants, cultiver son jardin ou défendre sa famille reste possible avec un œil crevé, mais c'est plus compliqué !!!
Une fois le travail terminé vous obtiendrez un outil dont les caractéristiques seront assez proches du mien, à savoir :

Longueur totale : 37.5 cm
Longueur de la lame : 25 cm
Largeur de la lame : entre 4 et 8.5 cm
Epaisseur de la lame : 5 mm
Poids de la serpe modifiée : 565 gr
Avant modification : 735 gr






Pertinence d'un tel outil
En conclusion, j'aimerais revenir sur la pertinence d'un tel outil, et vous dire premièrement que s'il est normal de s'intéresser à ce qui se fait ailleurs, il faut également regarder autour de soi et apprendre de ses ancêtres. On n'a pas attendu kukris et Tramontinas pour occuper les bois en France. Sachez regarder les vieux, car certains ont beaucoup à vous apprendre…

Une serpe neuve fabriquée en France ou en Italie vaut en magasin environ 25 euros, 10 euros dans les vide-greniers. Peut-être en trouverez-vous une pour rien auprès d'un parent ou d'un voisin. Après la modification proposée et un passage à la Pierre Fallkniven DC 4, vous aurez un outil de camp capable de rivaliser avec toutes les solutions envisagées plus haut. Avec les économies réalisées, il pourrait être pertinent d'investir, par exemple, dans un très bon duvet. Si vos moyens vous permettent d'investir sans limites, alors cet outil trouvera sa place dans un kit de secours délocalisé.

Enfin, la réalisation de ce couteau de camp vous apportera bien plus qu'un objet adapté à la vie sauvage. La réflexion que vous mènerez sur son poids, sa forme, son usage vous aidera à déterminer vos besoins. Cet acquis, ces nouvelles compétences seront primordiales lors de vos futurs achats, car comme je l'ai dit, le meilleur couteau est celui qui vous correspond, et ce sera à vous de le reconnaître.

Le but de ce blog est de vous apporter une certaine indépendance. Mais cette indépendance est étroitement liée à votre capacité à évaluer les situations et, lorsque vous décelez une faiblesse, à évaluer les solutions proposées.

Osez les solutions originales et faites-vous une idée par vous-mêmes : là est l'indépendance.




6 commentaires:

  1. Merci l'info et vous avez on observe plus les anciens car nous sommes arrives dans système ou tout nous est donne mais ou cela s'arretera........

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  2. C'est un petit pas pour l'homme mais un grand pas vers le survivalisme..

    Encore bravo l'ami..

    Au plaisir...

    François-xavier

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  3. Ma serpe ne passera pas au bloc opératoire car elle me convient comme elle est mais j'aime beaucoup cette réflexion sur l'outil.
    Merci pour cet excellent article !
    Une dernière chose... Heu... je voudrais pas abuser mais... Tu m'as mis l'eau à la bouche avec ta vidéo d'introduction à la défense personnelle armée du mois dernier !
    Si jamais tu hésites sur le prochain post...
    Take care,

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  4. Salut Eastwind…

    lol…oui, elles arrives. On en parlait hier avec Mato.
    C'est une histoire d'organisation; mari, ami, a mon compte, blog, youtube…le jonglage est permanent et parfois délicat.

    a+ et prends soin.

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  5. Bonjour et bravo pour ton blog. C'est ma premiere intervention sur celui-ci.

    Je voulais m'acheter un couteau de camp et le modèles serieux que j'avais retenus font entre 70 et 120€. Eh bien cet argent a été économisé grâce à cet article. En effet je me suis souvenu que dans le fond de mon garage il y avait cette même serpe lorsque j'ai acheté ma maison. Après un peu de transformation, c'est devenu un superbe couteau de camp, certainement plus solide que la plupart de ce que l'on peut trouver.
    Il me restait ua fond d'un tiroir une feuille de kydex acheté pour un projet abandonné depuis, eh bien voilà un superbe etui fabriqué maison.

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