jeudi 2 juin 2011

Le survivalisme aux US.






Si le survivaliste américain est la plupart du temps cette caricature d'un parano sur-armé, et possédant assez de munitions et de haricots sec pour 3 générations dans son sous-sol en béton armé…il n'en est pas moins que les réalités du mouvement sont aujourd'hui fondamentalement différentes de cette image dramatisée et détournée.

Le survivaliste américain est principalement aujourd'hui cet individu qui se penche sur des méthodes pérennes pour faire pousser sa propre nourriture, c'est cet individu qui tend a une autonomie énergétique intelligente, qui se responsabilise a l'échelle humaine et qui projette une manière sensée d'appréhender notre monde moderne.

Cette approche est alors d'une relation a l'autre, a notre voisin, qui repose sur une prise de conscience absolument critique et rarement réfléchie par les médias quand aux survivalistes; notre philosophie et notre manière de vivre est aujourd'hui bien plus axée sur un future soutenable et harmonieux, que sur l'anticipation de la violence, de la misère, de la catastrophe et de la mort.




Ce n'est pas l'intellectuel New Yorkais, bien pensant et politiquement correct, voir un peu Bouddhiste le dimanche, qui installe des panneaux solaires sur le balcon de son appartement, qui fait pousser ses propres légumes pour nourrir ses enfants, qui récupère l'eau de pluie pour ses installations hygiéniques et ses cultures, qui s'impose un recyclage systématique et intelligent, qui réduit au maximum son impact écologique en achetant en gros, en faisant attention a la provenance de ses produits, en construisant un rapport honnête et sain avec ses voisins fermiers, qui pense a mettre une trousse de secours dans sa voiture au cas ou son prochain serait blessé, qui s'arme et s'entraine au cas ou son prochain serait en péril, qui se responsabilise et se prépare a être autonome au cas ou un événement naturel ou humain viendrait compromettre nos systèmes de support, qui s'attarde a vivre au mieux avec le moins possible…et ceci sans se nourrir du travail des autres.

Non, celui la qui caricature le survivaliste, est trop souvent cet individu qui conduit une voiture étrangère, mais qui râle de l'économie de son pays, qui est contre l'arme, mais qui demande qu'un flic et son flingue vienne défendre sa famille quand celle-ci est menacée.

C'est cet individu qui réclame l'acceptation et la tolérance d'autres cultures, mais qui commande a la sienne des lois visant a l'esclavage.
C'est cet individu moralisant et d'une spiritualité confuse, qui s'indigne et refuse de voir une femme affirmer sa conscience par la possession d'une arme a feu, mais qui aimerait bien voir le Tibet libre!

Mais plus sournoisement, c'est aussi cet "écolo", qui achète une nouvelle voiture électrique pour "sauver la planète", mais qui ne prend pas en compte le fait qu'une nouvelle voiture, et indépendamment de sa méthode de propulsion, est d'un impact maximale sur notre environnement a sa construction, et que si il avait acheté une vielle voiture, il aurait, par exemple, été capable de faire des économies pouvant servir une multitude de projets durables.




Je parle ici d'une "loi" passée il y a deux ans, ou le nouveau gouvernement annonçait qu'il donnerait 1000$ a tout individu ayant une vielle voiture pourrie, et voulant en acheter une neuve. Sans doute un bon moyen de trafiquer les courbes économiques du pays sur le court terme (encore que la plupart des gens ont achetés des voitures Japonaises ou Allemandes !), mais un moyens encore meilleur de polluer le futur psychologique et physique de nos enfants, tout en déversant sur le collectif cette effervescence mensongère d'un humain bien faisant et "vert".


Le court terme…voila ce qui préoccupe le collectif bien faisant et bien pensant.
Nous, le peuple, nous nous suffisons d'une économie bancale a court terme, d'une écologie passable a court terme, d'une liberté tronquée et mensongère a court terme…nous, le peuple, nous acceptons de fermer les yeux et d'obéir, pourvu que le court terme soit acceptable.

Alors, on balance des pesticides sur nos champs, a en faire creuver la terre même.
On accepte l'inacceptable, on pardonne l'impardonnable…pire, on commence a croire qu'un individu visant liberté et indépendance, non pas spirituelle et philosophique, mais bien matériel et physique, est une divergence de l'esprit, une faute sociale, peut être même une menace.




Mais alors…d'ou vient cette caricature d'un survivaliste américain renfermé et mentalement instable, anxieux et armé jusqu'au dents ?

Il faut bien comprendre, que les préoccupations et les axes d'intérêts du survivaliste ont énormément changées ces 30 dernières années, et qu'il y a un énorme trou intellectuel et pratique entre les fondations du survivalisme des années 60/70/80, et celles d'aujourd'hui.

Le survivalisme américain tel qu'il nous apparait, est volontairement construit sur l'idée que ce mouvement est né d'individus tels que Harry Browne, Don Stephens, Howard Ruff ou encore Kurt Saxon par exemple.
Si ces individus sont effectivement les pionniers de méthodes et de philosophies reflétants un désir d'anticiper une tension et donc un manque au sein d'une certaine époque, il n'en est pas moins que le survivalisme est bien plus ancien et primordial que la médiatisation qui a germée de ces hommes.

Ils n'ont en aucun cas inventés une relation au monde responsable et prévoyante, et donc le survivalisme.

Si le survivalisme est cet ensemble de gestes prévoyants tels que le stockage, la mise en place de méthodes plus ou moins stables de se procurer de la nourriture et de l'eau, la sécurisation systématique de nos habitations, et quelques moyens de protections, alors c'est toute l'histoire de l'humain que nous décrivons.

Les tribus d'Amérique du sud qui persistent, sont peuplées de survivalistes. Leurs organisations sont survivalistiques, et ceci de l'agencement du village, a l'anticipation d'une saison des pluies limitative quand a la procuration de certaines denrées.




Au lieu d'encrer le survivalisme a une relation au monde basée sur le bon sens, nous avons soudainement fait de quelques individus les pères fondateurs d'une manière de vivre pourtant notre depuis des milliers d'années!

Stocker notre nourriture est, du jour au lendemain, devenu une idée révolutionnaire et engagée ! Posséder une arme, est du jour au lendemain devenu le signe d'une prise de position extrémiste et porteuse de violence !
Prévoir, anticiper et se préparer, est devenu l'emblème d'une manière de vivre décalée et douteuse…

Pourquoi ?
Parce que cette "prise de conscience", cette décision, a germée d'une époque particulière.

La génération qui a fait germer le survivalisme tel que nous le comprenons aujourd'hui, est une génération qui a murit d'une terre fertile a "l'apocalypse".
Ces "pères fondateurs", source même de l'image du survivaliste, ont logiquement tous été profondément influencés par le terrain social, économique et politique de leur époque.




Il nous faut alors comprendre le climat générale d'une Amérique des années 50/60/70 et 80: propagande médiatique ciblée, climat politique instable (Vietnam, Watergate, communisme…), sensibilisation incessante du risque atomique, guerre froide, explosion de la population (baby boom), urbanisation massive, monoculture…sont autant de paramètres, qui adossés a une inflation des plus sévères dans les années 60 et 70, avec notamment une crise du pétrole en 73, donnent naissance a nos survivalistes.

Pas étonnant que certains pensaient a une retraite bien nourrie au milieu de l'Idaho!

Cette enveloppe dramatique, est donc celle qui a eu un impact déterminant sur la construction psychologique du survivaliste (et donc sur ses organisations), et c'est cette même enveloppe dramatique qui aujourd'hui encore semble définir le survivalisme au sens large.




Pourtant, une autre génération, une autre enveloppe est née de la précédente…
"Le survivalisme moderne", est aujourd'hui synonyme d'un effort conscient de se détacher d'une image qui conjure un monde voué a l'apocalypse.

Ce changement fondamentale d'horizon, a fait éclore un survivalisme américain beaucoup moins renfermé et extreme.
Supporté et développé par une génération trop souvent éclipsée par les boomers et les Y, la génération X est a la pointe d'un survivalisme riche et varié, incorporant des concepts écologiques jusqu'ici ignorés par les survivalistes, ou encore faisant de leurs organisations des systèmes décentralisés par exemple…

Cette aptitude du survivalisme "moderne" a incorporer des concepts totalement opposés a l'idée de retranchement, a ouvert la porte a une population beaucoup plus large. Un individu vivant en plein milieu de Los Angeles par exemple, est maintenant capable d'adopter petit a petit une manière de vivre se rapprochant du survivalisme, et donc d'influencer pragmatiquement et sainement son niveau d'indépendance, tout en conservant une position sociale des plus normale.


Si la génération survivaliste du baby boom s'est ensevelie dans un état d'esprit ou la construction d'une carapace était une réponse adaptée au climat de l'époque, la génération survivaliste des X a elle rendue le survivalisme intéressant, pragmatique et approchable par tous, tout en se tournant vers un esprit d'indépendance et de liberté personnelle des plus fondamentale aujourd'hui.

L'idée de forteresse imprenable au milieu de nul part, a tout simplement disparue pour laisser la place a une philosophie qui repose sur la mise en place de systèmes et d'habitudes d'une portée beaucoup plus pertinente.

Cette philosophie, se base sur un principe jusqu'ici complètement ignorée de nos "pères fondateurs"; le survivalisme, se doit d'influencer positivement nos vies (physiquement, intellectuellement, spirituellement, socialement, financièrement…), et ceci même si il ne se passe jamais rien de catastrophique.

Construire une spirale Permaculturique dans son jardin par exemple, influence directement nos vies; nous pensons, nous agissons, nous discutons, nous recherchons, nous échangeons, nous construisons intelligemment, nous nourrissons l'amitié, nous nous donnons les moyens de faire pousser une nourriture saine, nous devenons moins dépendant de nos systèmes de distribution, nous réduisons notre impact écologique, nous économisons de l'argent, nous faisons un peu d'exercice…bref, c'est un geste chargé et engagé, et pourtant il ne dépend pas d'une catastrophe pour porter ses fruits.

Construire un abri anti-atomique, a moins d'en faire une salle de jeu pour les gamins, est l'exemple parfait d'un geste typique qui s'aligne avec l'idée du survivalisme tel que nous le percevons et tel qu'il est encore proposé par certains, c'est a dire un geste qui n'influence pas nos vies positivement si nous ne sommes pas confrontés a une guerre atomique.




Cette différence philosophique et pratique est énorme.

Il n'y a rien de plus rébarbatif pour moi, que de lire ces organisations de sous sol débordant de tout et de rien. Posséder une combinaison RNBC, 100 kilos de riz, 23 AR15 et 300 rouleaux de PQ, n'a rien a voir avec le survivalisme, mais tout a voir avec une compréhension du monde qui frôle la bêtise.




Les tornades qui détruisent des villages entiers dans l'Ouest en ce moment, devraient suffirent a nous faire comprendre qu'une "retraite" bien fournie ne sert a rien si celle-ci est détruite.
Une fuite d'eau dans la maison pendant les vacances, un incendie, une évacuation quelconque, et notre forteresse n'est plus qu'a l'image de ces châteaux forts en ruines.




Et puis nous voila aux portes de l'événement Katrina.
Désastre peu ordinaire, puisque 3 jours avant que cet ouragan s'abatte sur la Nouvelle Orléans, la population aura été prévenue.

Certains auront pris la fuite, d'autres seront restés sur place…mais tous auront fait un pas vers le survivalisme.




Cette catastrophe naturelle, a décidée le gouvernement américain a re-aborder le sujet de la responsabilisation a l'échelle du citoyen (dans les années 50, une approche similaire avait été mise en route par le CD, soit Civil Defense).
La FEMA (Federal Emergency Management Agency), qui s'occupe d'anticiper et de répondre aux conséquences d'une urgence sur le territoire américain, s'est aperçue qu'elle ne pouvait décemment pas faire ce travail pour 1 million d'individus, et encore moins pour 350.




Tremblements de terre, inondations, coupures d'électricité, blizzards, avalanches, incendies de forets, attaques terroristes, accidents nucléaires, tempêtes, renversement de produits dangereux, tornades, ouragans, pandémies, éruption volcaniques…FEMA a re-introduit l'idée pourtant culturelle, que le citoyen américain devrait avoir un minimum de responsabilité quand a son bien être, en préparant un kit adapté a l'éventualité d'une urgence.

Ce renouveau pour la préparation individuelle, est en fait une prise de conscience par l'américain moyen, qui voyant son gouvernement "première puissance mondiale" être complètement impuissant face a une catastrophe naturelle, se demande si effectivement il ne serait pas pertinent de s'organiser, et de se prendre en main.

11 septembre, chute du dollar, étendue de l'implication des troupes a l'étranger, grossissement de la dette du pays, chômage, pratiques agricoles douteuses, massif apport financier a des compagnies pourries, problèmes d'immigration, politique du changement sans changement…sont autant de coups et de bleus qui va petit a petit transformer le terrain psychologique de l'américain.

A l'échelle gouvernementale, des organisations telles que le CERT (Community Emergency  Response Team) par exemple, viennent remplacer le programme de la Civil Defense, en proposant des séminaires et des formations pour préparer le citoyen, et pouvoir lui donner les moyens d'agir et d'épauler les services d'urgences (pompiers, police…).




Mais c'est au niveau de l'individu et de la famille, qu'un changement vivifiant s'opère.
Un nouveau terme est crée pour remplacer celui de survivaliste; "Prepper"…et de partout pousse des "Preppers".
Mères de familles, écolos, bourgeois, ouvriers, de droite ou de gauche, citadins ou paysans, la notion d'autosuffisance nourrit ce mouvement.

Autosuffisance alimentaire, financière, médicale, énergétique et en terme de defense personnelle; les Preppers sont capables d'être des survivalistes sans vraiment l'être, et des lors commencent a former des "Networks" (réseaux), comme le "Nevada-Prepper-Network", ou encore le "Ohio-Prepper-Network", ou plus largement le "American-Prepper-Network", ou tous sont invités a échanger et construire.




Cette couverture plus ou moins naïve quand au changement de terminologie, a cependant un effet pertinent sur l'horizon du mouvement, et des chaines youtube telles que "Peak Moment" par exemples, sont des lors intégrées a l'univers du "Prepper", proposant des méthodes et des concepts beaucoup plus adaptés aux problèmes de notre époque.

Les inspirations du survivaliste ne sont plus d'une sphère extrêmement fermée et spécialisée comme il était le cas il y a 30 ans (retraite-defense-stockage), mais s'étendent a des individus tel que Jack Spirko, qui redéfini le mouvement a coup de Permaculture et d'idéologies sensées et sensibles, a des organisations telles que celles proposées par la famille Dervaes et leur ferme urbaine en plein milieu de Los Angeles, qui démontrent que l'autosuffisance est possible, et ceci même en plein milieu d'une métropole de 15 millions d'habitants, ou encore a une gestion financière comme nous la propose Dave Ramsey, qui s'attaque a certaines habitudes monétaires ne laissant aucune place a une manière de vivre soutenable.


Le survivalisme aux States a donc évolué…et heureusement.






3 commentaires:

  1. Hi Volwest !

    Le "survivalisme" en France est très embryonnaire mais j'ai bien l'impression qu'il est plus orienté "prepper" que "militia" :-)
    La "vie facile" que l'on connaît en France ne nous incite pas à la préparation, mais petit à petit les catastrophes successives sensibilisent les citoyens qui étaient auparavant hermétiques au discours des Cassandre.
    Dur-dur de sortir de l'insouciance !!

    Chose intéressante à noter : sur la photo des Amazoniens, le gamin au centre tient une machette en acier, comme quoi d'une manière ou d'une autre ils sont déjà rentrés en contact avec la civilisation.

    RépondreSupprimer
  2. Excellente reflexion. Toujours un plaisir de vous lire.

    RépondreSupprimer
  3. Ils n'ont donc rien compris dans cet article sur les "Preppers"

    http://observers.france24.com/fr/content/20100311-apocalypse-arrive-preppers-ont-tout-prevu-catastrophe-survivalisme-etats-unis

    :(

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.