vendredi 6 mai 2011

Une interview avec David Manise.






Pour ceux la qui ne le connaitrait pas, David Manise est un élément pilier du milieu de la survie en France.
Spécialiste de la survie, il anime avec passion des stages de survie, dirigés a transmettre a tous des moyens et des techniques adaptées aux conséquences physiologiques et psychologiques d'une situation extreme.





1- L'adaptation est sans doute l'une des caractéristiques les plus évidente de la survie au sens large…pourrais-tu nous raconter un moment de ta vie où tu as du t'adapter a une situation difficile ?


Ok.

Imagine que tu te lèves une nuit pour aller aux toilettes, et là subitement tu te rends compte que ta jambe gauche est complètement folle.  Ton genou oscille d'avant en arrière quand tu le déplies.  Tu perds l'équilibre.  Tu t'inquiètes.  Tu te tiens sur le mur pour te déplacer...  Tu arrives aux toilettes après plusieurs minutes de lutte, et là impossible d'uriner plus de quelques gouttes malgré une envie énorme.  Tu retournes te coucher, avec des maux de dos insupportables.  Puis tu recommences la manoeuvre...  jusqu'à finir la nuit assis sur les toilettes, comme un con.  Le lendemain, tu n'arrives plus à marcher, à peine à tenir debout...  39 de fièvre...  tu délires à moitié.  Impossible d'aligner des mots correctement. Impossible de faire un sms ou de composer un numéro de téléphone.  La coordination fout le camp.  Aux urgences, on te demande de fermer les yeux et de toucher le bout de ton nez : impossible, même avec une intense concentration...  le doigt tape sur la joue, dans l'oeil...  "Le patient présente une ataxie importante, avec lombalgie, céphalées, hyperthermie à 39,8°...  "

J'avais déjà été bléssé en forêt, j'avais déjà eu froid, eu faim, été seul et eu peur...  mais jamais je n'avais senti mon corps me lâcher comme ça.  Le seul truc sur lequel je pensais pouvoir toujours compter, sauf accident grave, était en train de ne plus fonctionner.  Je voyais mes capacités de survie les plus basiques s'étioler.  Juste de prendre une cuillère pour la guider vers ma bouche était une tâche qui me demandait une concentration intense.  Je devais le faire CONSCIEMMENT.  Tous les automatismes étaient foutus.  

Je savais déjà que sans mon matos de bivouac je pouvais me rabattre sur mon kit de survie, que sans mon kit de survie je pouvais me rabattre sur mon corps...  et là je me suis rendu compte que sans mon corps, je pouvais me rabattre sur ma volonté la plus pure.  J'ai vraiment eu la nette sensation que mon esprit luttait avec mon corps pour le maintenir opérationnel.  Que c'est ma volonté qui l'obligeait à ne pas sombrer.  J'ai repoussé encore un peu la limite, pendant cette maladie...  qui au final était une infection virale du cerveau et de la moëlle épinière, transmise par une morsure de tique.  Une toute petite tique de rien du tout...  ce coup là j'ai vraiment mis à l'épreuve mes capacités d'adaptation.  

Ca peut paraître "pas grand chose" pour pas mal de gens.  Ca n'est rien de très spectaculaire.  Une infection virale...  mais ça illustre bien le fait qu'une situation de survie, ça ne se passe pas nécessairement au fin fond de l'Himalaya.  Plein de gens en vivent à côté de nous, en ville...  et pas mal de gens passent à côté sans même s'en douter.




2- Je lisais l'autre jours sur ton site (http://www.davidmanise.com/) un article intitulé "Moins, moins, moins…" où tu parlais de la simplicité. 
Le fameux "Kit de survie" est, sans doute, l'objet d'une énorme collection d'idées et d'organisations plus ou moins complexes.
Qu'y a-t-il dans le tient ?


Je n'ai pas qu'un kit de survie.  J'en ai plusieurs.  Je conçois le matériel et les ressources dont je dispose en strates...

Strate 0 --> mon corps, mon esprit, mes compétences
Strate 1 --> mon fond de poche (moi j'appelle ça mon EDC)...
Strate 2 --> un kit de survie adapté aux circonstances...  j'ai un kit "nature" et un kit "urbain".  J'ai un kit "voyage à Paris", j'ai un kit "boulot de sécu"...  Tout dépend des circonstances et du terrain, et du contexte, et des lois, etc.  
Strate 3 --> mon sac à dos, avec le matos pour passer 24 à 72h dehors là où je suis avec un confort raisonnable 
Strate 4 --> le matos que j'ai dans le véhicule
Strate 5 --> le matos et les réserves que j'ai à la maison
Strate 6 --> la communauté de proximité
Strate 7 --> le service public...

Quand la strate 7 part en couille, je me rabats sur les strates 0 à 6...  Si je suis isolé avec mes strates 0, 1 et 2, je peux encore tenir pas mal...  

Ce que contient mon kit de survie ?  Vraiment rien d'extraordinaire.  Je limite le matériel au strict minimum.  J'utilise des outils basiques mais de bonne qualité. Simple mais de bonne facture.  Low tech...Tiens, je joue le jeu et j'ouvre mon kit urbain.  Just for fun.  




Le contenant, un petit sac maxpé Noatak pour le moment.  Ca change très souvent...  mais j'essaie de limiter le volume de ce sac, sinon j'ai tendance à rajouter sans arrêt du matos, et à me retrouver avec un truc encombrant que j'ai envie de ne pas prendre avec moi systématiquement.  Mon autre choix de contenant est un petit butt pack kastinger avec une sangle d'épaule dessus.  Si je veux être vraiment low profile (en voyage, ou pour un rv avec des gens coincés), un petit sac à dos décathlon ou un petit sac eastpak font très bien le boulot...




Du trail mix (noix et fruits séchés) et un gel de glucose-fructose caféiné décathlon...  j'ai toujours un truc pour me donner un coup de fouet au besoin, vu qu'il m'arrive très régulièrement de me taper des trajets de nuit après des stages, etc.  Les petits shots de red bull sont un format très pratique à transporter : récipient robuste, peu d'encombrement...  




Une paille filtrante : en ville, théoriquement soit t'as de l'eau, soit elle devient carrément craignos au niveau chimique ET bactériologique.  Cette paille contient un corps en charbon actif ET un filtre pour les bactéries les plus grosses qui augmente mes chances.  Deux cyalumes...  pourquoi des cyalumes ?  Parce que la lumière chimique ne produit ni chaleur ni étincelle, et qu'en cas de fuite de gaz c'est plus prudent.  J'ai une lampe tactique dans la poche en plus, bien sûr...  Un firesteel qui ne sert pas à grand chose là...   puis un sifflet, un briquet, un paquet de mouchoirs...  des trucs de tous les jours...




Des gants anti-coupure (si je dois manier des morceaux de verre, passer à travers un pare-brise pour aller chercher un blessé, etc.), un mini-pied de biche : en clair, ça sert de bras de levier, et pour entrer un peu partout en cas d'extrême nécessité.  C'est le truc pour lequel les forces de l'ordre risquent de faire la grimace, donc selon les endroits et le contexte, je l'enlève.  Une petite pince étau : plus puissante qu'une pince de leatherman, et se bloque.  Super pour bricoler, couper de gros fils, etc.  Plutôt légère celle là.  Géniale.




Mon portefeuille, chéquier et tout le brol à sa place.  Mon kit de première urgence : 2 paires de gants en vinyle, masque RCR, carré de tissus d'un mètre sur un mètre (écharpe, lien, filtre, strapping, torche, allume-feu...  ça sert à tout !), deux pansements compressifs Suisses : un gros, nouveau modèle, et un petit de l'ancienne génération...  

Dans le rabat de l'arrière du sac, j'ai aussi un spray Guardian Angel II...  mais pas souvent.  Je le réserve aux moments où je vais dans des coins un peu tendus, ce qui arrive très rarement...  

Bref, comme tu peux remarquer, rien de bien extraordinaire.  Du matos que j'utilise fréquemment...  et donc que je SAIS utiliser, et dont je vois évoluer l'état.  Je suis allergique aux kits de survie qui ne servent jamais.  Pour moi le matos de survie doit être le même matos que j'utilise au quotidien, plus deux ou trois trucs au cas où.



3- La survie (et bien sur la vie), que celle-ci soit en milieu naturel ou en milieu urbain, c'est d'abord certaines bases fondamentales en rapport au vital.
Ton travail au sein du CEETS, Centre d'Etudes et d'Enseignement des Techniques de Survie, se donne pour but de transmettre certaines connaissances pour prolonger la vie.
Pourrais tu donner aux lecteurs un aperçu de ces fondamentaux, et un aperçu de ce qu'ils pourraient apprendre durant un stage de survie avec toi et ton équipe ?


Nos stages de survie sont prévus pour couvrir tous les fondamentaux de la survie, et pour offrir une progression pédagogique digne de ce nom aux gens.  Un pur néophyte peut arriver chez nous, et être formé progressivement et en douceur, pour finalement être capable de passer 48h dehors avec 4 objets de base sans que ça ne soit réellement une épreuve.  La liste des sujets couverts est trop longue pour être dépliée ici.  Mais en gros, au niveau 1, on couvre :

- 3 secondes avec la connerie ; effet chimpanzé, stress, gestion du risque, etc.
- 3 minutes sans 02 ; survol des premiers secours, signalisation, etc.
- 3 heures sans réguler sa température ; abris, micro-climats, vêtements, feu, etc.
- 3 jours sans eau ; trouver, évaluer, traiter, stocker l'eau...

Au niveau 2, on limite le matériel à un simple kit de survie, et on commence à couvrir les "3 semaines sans manger" (plantes comestibles et médicinales, insectes)

Au niveau 3, on limite encore plus le matériel (4 objets de votre choix !), on attaque les techniques primitives (feu par friction, silex, etc.), et on continue les 3 semaines sans manger (pistage, piégeage, pêche à la main selon les endroits, etc.)...

On est aussi en train de bosser sérieusement sur des stages plus orientés survie urbaine, à commencer par un stage où on expliquera aux gens les bases d'une bonne préparation à la maison, où l'objectif sera de se passer des services publics pendant une période donnée.  C'est un truc que je pratique personnellement depuis toujours, ayant grandi au Québec et ayant vécu des semaines de tempête de neige où on était isolés du monde...  ça me semblait juste évident que tout le monde savait vivre sans électricité et sans eau courante à la maison, mais apparemment, c'est pas, ou plus, le cas en France :)



4- La plupart de mes lecteurs évoluent dans un milieu urbanisé.
La survie ici, est d'une réalité qui pousse souvent l'individu à incorporer certains systèmes de protection personnelle. 
Des arts martiaux aux outils de défense tels que la bombe lacrymogène par exemple, en passant par des techniques passives de protection et d'anticipation, quel est, selon toi, la plus grosse erreur que les gens commettent quant à leur désir de ne pas devenir les victimes d'une agression ?


Il y a plusieurs pièges.

Le premier, et le plus courant, c'est ce que j'appelle le syndrôme du grigri.  On s'équipe d'un objet quelconque, spray, arme à feu, ou autre, et on s'imagine que ça va suffire pour se défendre.  Et ça nous rassure.  Le problème, c'est que l'outil n'a jamais été, et ne sera jamais que le prolongement de compétences, de savoir-faire, de capacités physiques, tactiques, psychologiques.  Un énorme coffre à outils ne fait pas un mécano.  Un glock dans la ceinture ne fait pas un bon tireur, et encore moins un bon tireur pour les situations qui puent vraiment.  Mais les gens continuent d'acheter du matos avant de se former...c'est inutile, futile, et facile. Cela étant, les outils de défense sont un avantage majeur...SI on sait les utiliser réellement.

Le second, et un très difficile à éviter, c'est de penser que les sports de combat sont une préparation suffisante à la défense personnelle.  J'ai vu trop de champions de kickboxing, boxe thai, karaté, ju-jitsu brésilien ou autre se prendre un coup de tabouret dans le dos, une plaque d'égoût sur la tête ou un coup de canif au sol pour ne pas être inquiet quand je vois des gens pratiquant ce genre de sport s'imaginer qu'ils sont au top.  Concrètement, dans un combat loyal à un contre un, ils écrasent n'importe quel voyou, c'est clair.  Sauf que les sports de combats nous conditionnent à suivre des règles, à ce qu'il n'y ait qu'un agresseur, à ce que les gens soit désarmés, attaquent de face, etc.  La réalité d'une agression est souvent d'un niveau d'opposition physique moindre (agresseur pas très entraîné, pas réellement "bon", etc.), mais où les gens y vont sans la moindre espèce de retenue, sans la moindre empathie ni respect pour la vie humaine (y compris la leur, parfois), et en cherchant par la triche et la ruse à nous écraser sans résistance.  On attaque de dos, à plusieurs, à un moment et d'une manière qui fait qu'on part avec un désavantage ENORME.  

La protection personnelle, c'est de savoir repérer ces embuscades, et de continuer à les repérer et à les éviter même dans le feu de l'action.  C'est aussi savoir utiliser tous les outils à disposition, du bagou à la bouteille de gin qui traîne près du bar...  en passant par les obstacles, le mouvement, les déplacements, ETC.  En bref, la protection personnelle, c'est surtout du travail tactique, voire stratégique, et assez peu de "cogne".  Et c'est de la cogne très peu sexy...  Et donc, le piège ici, c'est de chercher un truc très "physique" et ludique comme méthode, alors que ça n'est qu'une partie du problème.





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10 commentaires:

  1. Rien que du vrai tout ça ... En tout cas, Frangin, un truc est certain c'est que tu n'es pas plus mignon que la dernière fois qu'on s'est fait une sortie LOL ;)

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  2. Merci pour ton blog! Je repasserai souvent. Vraiment super!

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  3. sayer c'est jason bourne j'ai reconnu .

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  4. Fred : LOL -- et toi t'es toujours aussi sympa, ça fait plaisir ;)

    Vivement la prochaine, de sortie, quand-même ;)

    La bise à ta meute !

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  5. Bravo David ! bel article ! ;-)

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  6. Yo mon Grand :) Je viens de recevoir un Noatak, maintenant je sais quoi mettre dedans ;) Excellent article ! Euh ! Sur la dernière photo, je paris que tu as trouvé de la viande crue lol ;)

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  7. vraiment excellent !! pr moi ki suis novice sa sert !!

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  8. Ca fait plaisir de se rendre compte que se préparer depuis toujours a la survie et a l'"autosuffisance" n'est ni de la parano, ni de la folie!
    Je commençais a me demander si on était si peu nombreux a emmagasiner compétence et matériels de survie juste "au cas ou"!
    D'autant plus content de voir que certains sont de vrais experts et que je vais pouvoir apprendre encore bien des choses.

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  9. Les stages de survie pour survivre 3 semaines sans alimentation doivent êtres difficiles...

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  10. Bienvenue à se joindre à sac Celine boutique en ligne,nous avons lancé de nombreux nouveaux sacs aux commentaires de nos clients.prix sac celine

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