mardi 8 mars 2011

La condition physique.






Quand la bande annonce du film "Zombieland" a fait son apparition sur ma télévision, j'ai inévitablement été étonné quand a "la première règle" de survie dans un monde ou manger et être mangé est redevenu une évidence.

"Cardio" (règle #1 de Zombieland), résume ici un rapport au monde qui sous-entend l'importance d'une certaine condition physique. Outre les tentacules d'une pop-culture qui s'enivre de se glisser sans remords dans tous les clichés pouvant nous amener a contempler l'homicide a outrance sans avoir a nous justifier, ce film a le mérite de projeter en "slow motion" et en 16:9 l'inhérente inefficacité au sein de la survie d'un physique encombré.




Survivre, c'est avant tout avoir les moyens d'évoluer et de participer au monde efficacement. Cette relation a l'agilité et a la vitesse n'est pas forcement d'une survie prédéterminée pour certaines espèces, mais puisqu'il est question ici de la survie de l'Homme, notre affaire de condition physique est incontournable.

Si nous nous penchons sur la préhistoire et l'extinction de certaines espèces animales par exemple, nous pouvons nous rendre compte que la survie n'est pas d'un privilège qui s'exprime au travers du plus fort, du plus grand ou du plus méchant, mais certainement d'un privilège qui grossièrement s'aligne avec des besoins biologiques, physiologiques et psychologiques réduits.

Bien sur, et quand bien même le besoin est extrêmement pertinent, la survie n'est pas linéaire et prévisible, et elle ne peut en aucun cas se résumer a une seule sphère. 




Dans l'absolu, la condition physique est cette sphère qui résume un potentiel d'action. Si nous considérons certains univers directement liés a un rapport au monde qui se confronte a une survie plus ou moins dure, nous pouvons voir qu'une condition physique absolue n'est pas une obligation, mais simplement une relation différente au monde que nous touchons.

Les millions de réfugiés, les millions d'affamés, les millions de sans abris, bref, les millions d'individus qui se confrontent quotidiennement a une réalité pouvant nourrir nos films et nos livres de survie, ne sont pas pour la plupart d'une condition physique digne d'une rencontre Olympique.



Une distinction germe alors de cet univers paradoxal qu'est la survie.

La survie telle que nous pouvons nous les Occidentaux la comprendre, est d'un événement dramatique court et brutal. 
Notre quotidien est plutôt stable et confortable, et donc nous envisageons la survie comme une rupture de ce que nous pourrions définir comme une relation au monde qui ne nous impose pas une contrainte survivalistique de tous les jours.

C'est sans doute pour cette raison que nos cultures ne peuvent envisager la préparation et le survivalisme autrement que d'un oeil dubitatif et inquisiteur…car nos préparations dénoncent une manière de vivre qui ne repose que sur le pillage a court terme de ressources plus ou moins limitées, et surtout d'une dépendance a outrance de nos systèmes de support.



Une autre compréhension du monde de la survie, est celle qui implique un quotidien qui n'est pas du confort, ou d'une stabilité des systèmes de supports que nous, occidentaux, possédons.

Pour ce groupe, la tension dramatique est quotidienne, et d'une nature qui s'aligne a l'essentiel et au vital. Les systèmes de supports étants soit inexistants soit extrêmement partiels, la crainte et l'anticipation d'une rupture ou d'un changement radical de leur manière de vivre est totalement dénuée de pertinence.




La différence d'organisation des deux groupes est alors évidente.
La ou ceux qui évoluent dans un monde confortable et stable s'orientent vers une manière de vivre qui privilégie l'individualité (diplômes, intellectualités, finances, carrières…), ceux qui évoluent dans un univers ou la survie est une réalité de tous les jours, privilégient l'organisation communautaire (grandes familles, villages, entraide, solidarité…).

La condition physique est alors d'une différence qui s'exprime dans le rôle.
Pour nous qui vivons plus ou moins dans un monde individualisé et individualisant, les taches et les rôles ne peuvent être qu'une représentation de notre manière d'aborder le monde.

Si un groupe comme Alpha Rubicon fait une synthèse symbolique du potentiel d'un survivaliste en citant Robert A. Heinlein; "Un être humain devrait pouvoir changer une couche, planifier une invasion, préparer un porc, naviguer un navire, concevoir un bâtiment, écrire une chanson, faire ses comptes, construire un mur, réconforter les mourants, obéir aux ordres, donner des ordres, coopérer, agir seul, résoudre une équation, analyser un nouveau problème, étaler du fumier, programmer un ordinateur, cuisiner un somptueux repas, combattre efficacement et mourir galamment"...c'est que notre culture s'est éloignée progressivement d'une organisation communautaire, pour s'enfermer a double tour dans un individualisme primaire ou l'autre n'est que le miroir de nos capacités.



La spécialisation, est justement ce qui aura permis a notre espèce de survivre…et quand bien même l'élargissement de certaines connaissances est une maximisation de nos possibilités tant physiques qu'intellectuelles, il nous faut bien admettre que survivre au quotidien ne laisse que très peu de place a une exploration systématique de tout et de rien.

Ce que Robert A. Heinlein exprime, n'est d'ailleurs possible que grâce a la mise en place d'une agriculture de masse par exemple, ou la présence et la stabilité d'un minimum de systèmes de support.

Notre espèce est d'abords d'une manière de vivre qui repose sur la spécialisation. Notre histoire est a 99% d'une organisation clanique et d'une économie basée sur la réciprocité. Fabriquer ses vêtements, maintenir ses vêtements, concevoir et fabriquer ses outils, construire ses abris, chauffer, chasser, pécher, jardiner, cueillir, pétrir, conserver, installer, observer, tanner, coudre, préparer, soigner, défendre…mais aussi écouter, apprendre, raconter, discuter, élever, transmettre, échanger…sont autant de gestes qu'ils nous faut assumer sans le confort de nos systèmes de support et de nos organisations modernes.

Avant l'agriculture moderne, l'humain n'aurait jamais eu le temps, l'énergie ou le savoir faire de tendre a autre chose qu'un rôle plus ou moins spécifique au sein de son clan ou de son village.

Pour l'humain moderne et d'une culture occidentalisée, "accidentalisée", son accès a une organisation clanique est limité voir inexistant, et pour lui, la seule solution est de devenir un clan a lui tout seul…un "Robinson", un "je suis une légende", un "Rambo" ou un "Mad Max". 


Si le cinema nous propose la plupart du temps l'image d'un survivaliste condamné a un individualisme a perpétuité, c'est que cette image correspond a notre situation, et a ces constructions sociales que nous nommons "progrès".

La condition physique du survivaliste occidental est alors soumise a sa situation, et elle se doit d'être le reflet de sa condition sociale.
Si j'utilise plus haut le terme ironique "accidentalisé", c'est que l'événement dramatique sera pour lui cet accident qui viendra déstabiliser son monde.



Tout comme l'accident est intense et brutal, la condition physique de l'occidental se doit de se diriger vers une anticipation et une réponse corporelle intense et brutale.
C'est la réponse a l'incendie, a l'accident de la route, a l'attentat terroriste, a l'émeute, a l'évacuation d'un magasin, d'un avion ou d'un train, a la confrontation physique et psychique…

Si une condition physique particulière nous donne certains avantages et certaines possibilités réactives face a un accident ou une tension reflétant notre condition sociale, elle ne nous donne pas l'envergure des possibles qu'une organisation clanique est capable d'offrir sur le moyen et le long terme.
De plus, cette condition donc, écarte soudainement un nombre incalculable d'individus…un nombre incalculable de potentiels, comme par exemple les personnes âgées ou en difficultés motrices.



La course a l'individualité qui se déroule devant nos yeux, touche alors a la manière dont nous nous occupons de nos "vieux" par exemple.

La condition physique de ceux la qui se confronte a la survie au quotidien est totalement spécialisée. Chaque individu, et ceci indépendamment de sa condition physique, de son âge ou de son sexe, a un rôle propre qui alimente la totalité d'une organisation qui maintient plus ou moins bien la vie…car la survie est bien plus qu'un simple potentiel physique.

Si nous ne nous attardons qu'a l'événement même, alors effectivement pouvoir courir vite et longtemps, nager ou encore escalader, est sans aucun doute un avantage pertinent…mais l'événement dramatique est aussi d'une conséquence qui affecte plus ou moins longtemps nos manières de vivre, et dans ce cas, nous sommes contrains d'appréhender le besoin dans toute ses formes.

Quand bien même l'événement dramatique nous propulse dans un monde ou nous nous voyons réduit a notre propre univers physique pour répondre a nos besoins et a ceux de nos proches, il n'en est pas moins que la condition physique n'est qu'un seul paramètre de l'enjeux qui se propose a nous.




Rien dans notre univers est égal.
Des capacités pulmonaires aux capacités musculaires, des capacités d'endurance aux capacités de flexibilité, nous sommes tous d'un potentiel différent.
La condition physique est alors avant tout de comprendre et de connaitre nos corps, d'explorer nos limites, d'étudier nos métabolismes, et de faire en sorte d'adapter nos préparations a nos possibilités.

Il ne me viendrait par exemple jamais a l'idée de préparer un sac d'évacuation de 30 kilos pour mon épouse qui n'en fait que 50, ou de préparer mon module nourriture pour 3 jours sans avoir au préalable calculé, envisagé, ma dépense énergétique en fonction de ma taille, mon poids, mon âge, mon sexe, l'effort anticipé, l'environnement anticipé, la saison et la température, mais aussi le fonctionnement de mon métabolisme.




Cette adaptation systématique de nos préparations est une spécialisation…qu'elle soit de la condition physique ou de nos rôles respectifs au sein d'un événement quelconque, il me parait primordial de construire et de mettre en place un survivalisme personnalisé…

Alors, être mécanicien pourrait en effet être l'essentiel d'une survie, tout comme savoir faire un point de suture, ou pouvoir lire et parler l'Anglais, ou savoir encrer un piton sur une face rocheuse, ou fabriquer une radio, ou encore construire un abris efficace…les rôles et les possibilités sont interminables.

Quoi qu'il en soit, notre condition physique nous accompagnera...




7 commentaires:

  1. salut, je te suis depuis quelque semaine deja et franchement je trouve ton blog fascinant de simplicité, de pragmatisme et d'intelligence! franchement bravo pour ton travail! cela fait peu de temps que j'ai compris ( et appris !)que je faisais du survivalisme par rapport a mon mode de vie et ca fais du bien de voir que l'on est pas seul.les autres (ma famille compris) me prenne pour un "gentil" original... Mais bon, je ne leurs en veut pas; Bref tout ca pour te dire un grand merci et bonne continuation!
    louis

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  2. whaou , super article j'aime de plus en plus ton blog . par rapport a la préparation physique je pense que pour nous occidentaux qui vivons dans un monde de confort et de service cela demandera un entrainement plus poussé car comparé a un africain ou un indien d'Amazonie ou d'autres pays du tiers monde qui a toujours vécu dans un milieu "hostile " ou du moins plus rude que le notre , nous sommes désavantagé car eux sont préparé depuis la naissance et c'est cela le clash : pouvoir s'adapter du monde moderne a mad max en un laps de temps très court sans avoir jamais appréhendé dans le réel pareil situation . d'où l'utilité de stage de "survie " par exemple ou un mode de vie plus rural .
    a plus au plaisir de te lire
    florent

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  3. Salut Louis…

    Merci de venir lire les peintures de ma grotte.
    Comme tu le vois, tu n'es pas seul l'ami…loin de la!
    Prends soin et a +

    Salut Florent…

    Oui c'est exactement ça!
    Nos routines et notre quotidien relativement confortable nous fragilise sur bien des niveaux, pas seulement physiques mais aussi psychologiques.
    Bonne cardio l'ami.
    a+

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  4. "Outre les tentacules d'une pop-culture qui s'enivre de se glisser sans remords dans tous les clichés pouvant nous amener a contempler l'homicide a outrance sans avoir a nous justifier.../..."

    => Purée, ça fait du bien de lire ça, j'avais l'impression d'être un vieux con...

    Merci Vol :-)

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  5. Salut Volwest,

    texte très intéressant qui me font penser 2 choses:

    la citation de Heinlein, quand je la lis (seulement cette extrait, je ne connais pas ses écrits) je le vois comme une incitation à l'ouverture d'esprit, à la curiosité.
    Il est évident que copier ses dires sur un papier et cocher une ligne quand le nouveau savoir est acquis et disponible n'a pas de sens.
    Investissement de temps, d'argent sans parler de la pratique régulière pour maintenir le savoir-faire + les mises à jour, même pour « l'homme moderne » ça reste illusoire.
    D'ailleurs quand je lis la citation je pense à James Bond LoL.
    Mais ramener ça à ses capacités, possibilités et à sa réalité, comme pour garder un cap en ayant dans l'idée que si j'avance pas je régresse, si j'apprends pas j'évolue pas, me semble un bon bâton de marche philosophique.

    Il est vrai qu'il faut du temps pour :
    1 subvenir à ses besoins en rapport avec notre style de vie de notre société (loyer, nourriture, loisir....)
    2 dégager du temps pour apprendre de nouvelles choses et être capable de les utiliser.
    On sait tous que vivre comme un chasseur/cueilleur c'est une activité à plein temps qui n'est pas compatible avec l'individualisme, tout comme être paysans et gérer sa ferme.
    Ceci dit je trouve que ces paysans (les vrais hein, pas ceux qui pilotent des chaines de production agro-alimentaire ) ont bien souvent un savoir très large, utile à eux et au groupe.
    Déjà celui de leur métier, mais il savent aussi entretenir leur outils, réparer leur toiture, leur habits,
    des connaissances en « médecine douce » , savent souvent chasser, pêcher et préparer leur prise.
    Je trouve que c'est un belle exemple de complémentarité. Et c'est ça que j'ai en tête quand je lis le texte de Heinlein. A la différence peut être que ce savoir est transmit de génération en génération, tout au long de la vie, alors que pour moi, l'acquisition de ces savoirs doit faire partie d'une démarche personnel et avec l'arrogance que le transfert de compétence soit rapide. Ben ouaih j'ai des truc à faire moi... lol
    Donc si effectivement la mise en place d'une agriculture de masse nous à libéré du temps pour faire autre chose, je me demande si ce temps n'est pas passé en grosse partie dans les loisirs et dans la perte d'autonomie et l'acquisition de savoir inutile pour subvenir à nos Besoins (B majuscule ;) )
    Je me base pour dire ça sur l'observation de mon entourage. Combien somme nous à savoir maintenir en état de marche ce que l'on utilise?

    Pour la condition physique, je partage ton point de vu et rajouterai que prendre soins de soi c'est
    de doute façon faire le pari d'une vie longue et en forme. Rien ne l'assure mais c'est le bon chemin en tout cas.

    Dans une situation dégradé sur le moyen et court terme je me demande si « le sportif » avec ses habitudes alimentaire, son besoin d'exercice régulier, sa recherche de performance, un corps qui fonctionne bien avec un cerveau qui fonctionne bien, grâce justement à l'équilibre de la vie qu'il mène ne serait pas un désavantage sur le début, surtout au niveau psychologique...
    Je n'avance rien juste une réflexion survenue à la lecture de ton post.
    J'irai même à différencier le sportif élevé en plein air de celui élevé en salle lol , mais c'est un autre débat, pas besoin d'être sportif pour prendre soins de sa condition physique, au moins de base.

    Bon désolé pour le pavé, c'est pas dans mes habitudes.... je file, je dois aller finir d'apprendre à garer mon avion supersonic ;D

    Plumok :)

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  6. Alors pour ma part je suis pour l'entretien physique mais attention que cela ne tourne pas au cauchemar comme dans le cas de mauvaise expérience récemment survenus à cause d'un "impatient"
    Je m' entretien physiquement depuis des décennies:musculation au poids de corps,cardio,divers art martiaux aux grée des saison sportive;judo&Ju jutsu, Krav-maga, boxe pied poing,tonfa&Baton,tai jitsu puis école française de close combat.....
    Et il y' a quelque mois, en travaillant les clés au close combat, mon partenaire échoue dans son travail technique des clés alors que le laisse faire,s'énerve tire de toute ses forces et d'un coup rupture de la glène luxation de l'épaule et toute les joie qui vont avec...
    Depuis ma belle condition physique et technique entretenue de longue date c'est évanouie,je ne suis plus actuellement capable de tirer avec mon calibre 12,n'ai pas pus faire valider mon carnet de tir pendant des mois heureusement j'étais a jour sinon fin des autorisation de détention et ne suis plus actuellement capable de manipuler autre chose que du 22 Lr ou spray d'auto défense exit baton technique martial Etc....
    Donc entretien physique mais en se rappelant que le mieux est l'ennemie du bien

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