jeudi 24 février 2011

L'hôpital de Kelly.






Le sous-système "santé", est une de ces sphères qui devient lors d'une tension locale, régionale, ou dans le pire des cas continentale voir globale, extrêmement vulnérable.

Cette vulnérabilité s'exprime quand le besoin devient soudainement plus important que les capacités de gestions des infrastructures hospitalières dans leur totalité.
L'infrastructure des services de santé est bien sur de l'hôpital même, mais aussi de tout ce qui fait que cet hôpital fonctionne a un niveau optimal.

Pharmaciens, ambulanciers, techniciens de laboratoire, spécialistes, infirmiers, médecins, chirurgiens, personnel de cuisine, personnel de maintient, anesthésistes…ont tous des rôles qui rendent le soin possible, mais l'univers hospitalier est aussi dépendant de sous-systèmes tels que l'énergie, l'eau, le transport et les égouts par exemple.

Que ce soit d'un événement tel que Katrina ou Haiti, d'une pandémie ou d'un accident industriel localisé tel que Tchernobyl ou Bhopal, d'un attentat terroriste tel que 9/11 ou de tensions politico-sociales telles que nous pouvons les observées aujourd'hui en Libye et en Tunisie par exemple, nos services de santé sont toujours aux premières lignes et rapidement débordés par les événements.




Kelly, est une amie infirmière qui travaille de nuit dans l'hôpital attaché a notre ville de 30 000 habitants. Quand bien même son emploi du temps est extrêmement complexe et épuisant, elle a acceptée de répondre a 3 questions qui me semblent pertinentes.
Pour répondre le plus précisément possible elle a fait appel a plusieurs pharmaciens de l'hôpital, et plusieurs infirmières manageuses faisant parties de l'équipe du système de commande d'incidents.


1- Une tempête importante interrompt l'électricité et les transports pendant 2 a 3 semaines, les avions sont cloués au sol, et ton hôpital est coupé de tout ravitaillement et des systèmes de supports les plus basiques…pendant combien de temps ton hôpital pourrait fonctionner, et dans quelles capacités ?

Notre hôpital compte 86 lits, et nous pouvons traiter une large variété d'affections et de besoins. Dans le cas d'une situation d'urgence ou d'un désastre, les bureaux et les couloirs pourraient être utilisés pour abriter les patients, et plus particulièrement pour les patients blessés mais toujours mobiles.
Comme l'hôpital est connecté a plusieurs immeubles de bureaux, il me parait approprié que ceux-ci devraient pouvoir être utilisés pour un trop-plein de personnes moins critiques.

Nous avons au jour d'aujourd'hui, un service d'urgence de 10 lits qui est devenu trop petit pour les besoins de la population locale, et un plan est en place pour accroitre les capacités de ce département et passer a un service de 25 lits l'année prochaine.

Le service d'urgence actuel a été conçu pour faciliter 15 000 patients par ans, mais en 2009, les urgences ont vues 23 000 patients passer par eux, et ce chiffre devrait grandir.
Ce manque de place pourrait inévitablement ajouter aux complications de traitement et de triage si un désastre quelconque venait frapper notre communauté.

Malgré le manque de place, l'hôpital possède ses propres groupes électrogènes et son propre carburant, avec une capacité de 96 heures continuent et sans aucune assistance extérieur.
Je viens aussi d'apprendre que nous avons plusieurs contrats avec des distributeurs d'eau en bouteille au cas ou notre système s'écroulerait. Nous avons aussi un puits sur la propriété pour nous alimenter en eau non potable. 

Pour ce qui est de la médication, la pharmacie reçoit des livraisons de différents médicaments quotidiennement pour l'utilisation de chaque service.
Les médicament sont constamment réapprovisionnés, et au cas ou nous serions coupés de toutes possibilités d'acquérir de nouveaux stocks, les pharmaciens sont possiblement capables de substituer un médicament d'une même classe pour un autre qui aurait disparu.

Les médicaments les plus utilisés par un nombre important de patients quotidiennement seront sans aucun doute les premiers a disparaitre (tension artérielle, cholestérol et diabète par exemple), mais par la substitution, nous pourrions faire avec pendant quelques semaines, si bien entendu le nombre de patient reste stable.

Par exemple, le médicament Metopropol utilisé pour les problèmes de tensions artérielle pourrait substitué un médicament similaire comme Atenolol au travers de substitutions thérapeutiques appliquées par le pharmacien.
Ces médicaments sont différents par leurs noms, mais tous deux sont des Beta inhibiteurs avec les mêmes mécanismes d'action.

L'autre médicament qui n'est pas stocké en grandes quantités sont les antibiotiques.
Selon le pharmacien, les antibiotiques seraient épuisés après seulement quelques jours…

Notre hôpital possède aussi un "kit chimique" qui contient un stock limité d'antibiotiques et de médicaments anti-agent neurotoxique, pour l'éventualité d'une attaque chimique et/ou biologique impliquant l'utilisation d'agents comme Sarin ou Anthrax.



2- Si une pandémie telle que "la grippe Espagnole" de 1918 qui a tuée des millions d'individus faisait son apparition au sein de nos communautés, l'impact sur nos systèmes de support serait inimaginable. Un taux d'infection de 50% par exemple, serait sans aucun doute désastreux pour ton hôpital.
Est-ce que vous êtes prêts a gérer ce genre d'événement ?

A mon humble avis, le paramètre le plus déstabilisant d'une pandémie serait la logistique du personnel. L'hôpital pourrait facilement être inondé de patients, et non seulement nous perdrions un nombre important du personnel a cause de l'infection, mais ceux la capables d'aider se retrouveraient face a un dilemme éthique ou venir travailler pourrait être dangereux.

Le personnel hospitalier prendrait un risque énorme, potentiellement, il délaisserait aussi sa propre famille, ses propres enfants, ses propres parents, et ne pourrait s'occuper de ses propres animaux si il se proposait sans ressources externes.

Heureusement, le comté a un plan assez solide dans le cadre d'un événement catastrophique, qui inclus un pseudo tampon qui viendrait soulager certains problèmes, permettent au personnel hospitalier de venir travailler.
Le comté a mit en place un refuge animalier et des services de garde d'enfants pour le personnel qui prend soin des personnes âgées, des malades et des personnes déplacées.
Le plan du comté inclus aussi un partenariat avec la croix rouge qui offre des tentes, avec la banque alimentaire qui offre de la nourriture, et l'armée du salut qui préparerait et distribuerait la nourriture.

Dans le cadre d'une pandémie, des alertes seraient diffusées, conseillant les gens sur qui devrait venir a l'hôpital et qui devrait rester a la maison, réservant ainsi l'hôpital pour les plus critiques.

Pour ce qui est de l'hôpital même, les 86 lits pourraient être utilisés rapidement, mais encore une fois, les bureaux et les couloirs pourraient servir en cas d'urgence. Dans le cadre de la grippe, le seul traitement est de gérer les symptômes.
Il est certain que les patients recevraient ici de grandes quantités de fluides pour l'hydratation avec le médicament Tamiflu, un antiviral.

Le pharmacien confirme que nous avons une pièce pleine de fluides comme du physiologique salé qui pourrait duré des mois. Par contre, le Tamiflu disparaitrait en quelques jours si nous perdions l'accès a nos ressources quotidiennes.
Puisque la grippe est un virus, il n'y a pas grand chose pour la combattre a part notre propre système immunitaire, raison pour laquelle peu de médicaments seraient en demande ou risqueraient de disparaitre, a part un antiviral comme le Tamiflu et peut être l'Acetaminophen pour la fièvre.

L'autre problème qui se pose dans le cadre d'une pandémie est de l'équipement.
Pour les individus qui deviendraient critique et souffrants d'un système respiratoire en péril, l'hôpital est limité en quantité de ventilateurs disponibles.
La question de comment les allouer et a qui pourrait survenir.
Tel qu'il en est aujourd'hui, la télémesure est extrêmement limitée a tous les étages de l'hôpital. Il ne faudrait, et il ne faut pas énormément de trop-plein pour épuiser notre équipement.

Je ne pense pas qu'il y ai un seuil spécifique pour casser le système, mais tout dépend du personnel et de l'exécution du système d'urgence qui aura été mit en place. Je ne connais pas le chiffre exact d'employés a notre hôpital, mais nous sommes sans aucun doute d'un nombre minimal pour pouvoir opérer au jour le jour et dans des conditions normales. Dans le cadre d'une pandémie, l'hôpital devra compter sur la totalité du personnel, prévu ou non, pour coopérer et exécuter nos taches avec abnégation, et aller bien au delà de nos rôles requis pour que le système fonctionne.

Entre parenthèse, plus de la moitié des patients que j'ai traitée cet hiver exhibants les symptômes de la grippe ont indiqué qu'ils avaient reçu le vaccin annuel, ce qui prouve, que nous ne pouvons savoir quelle souche émergera pour devenir la plus virulente et la plus abondante de la saison.



3- L'ouragan Katrina a été un désastre qui a eu un impact dévastateur sur les systèmes de santé de la Nouvelle Orleans et de toute la région. Une grande partie du personnel médical tel que les médecins, les infirmières, les ambulanciers et les techniciens de laboratoire par exemple, ont quittés leurs hôpitaux pour s'occuper de leurs familles ou évacuer.

L'hôpital universitaire, un des plus large de la Nouvelle Orleans a été complètement inondé en quelques heures, et les patients ont dus être évacués et refusés, avec des conséquences catastrophiques pour certains d'entre eux.

En tant qu'infirmière, et sachant que les soins médicaux pourraient être hors de portés ou indisponibles durant une urgence quelconque, qu'aimerais-tu avoir chez toi en tant que matériel médical ?

L'urgence, est un univers extrêmement situationnel et particulier, et chaque événement demande certaines spécificité plutôt que d'autres.
Par exemple, certaines situations demandent des réponses qui s'orientent vers la traumatologie, alors que d'autres pourraient demander une préparation orientée vers l'hygiène et la maladie.
Si je devais planifier un kit de premiers soins, et si je voulais me préparer a l'éventualité d'un désastre quel qu'il soit, j'aurais quelques suggestions que je garderais dans un endroit sec et a l'abri.



-Bandes adhésives stériles de toutes tailles (pansements).
-5 x 5cm compresses stériles (de 4 a 6).
-10 x 10cm compresses stériles (de 4 a 6).
-ABD compresses (tampons plus d'absorbants que les compresses - de 3 a 4).
-1 rouleau de sparadrap hypoallergénique.
-Bandage triangulaire (3).
-Bande de gaze stérile de 5cm de large (3).
-Bande de gaze stérile de 7cm (3).
-Bande de contention (2).
-Ciseaux.
-Pince a écharde/épiler.
-Aiguille a coudre.
-Serviettes antiseptiques (alcool).
-1 tube de crème antiseptique.
-1 thermomètre.
-2 abaisse langue.
-1 tube de vaseline.
-Epingles a nourrisse de différentes tailles.
-Savon.
-Gants médicales (pas de Latex).
-Crème solaire.
-Aspirine (douleurs cardiaques).
-Acetaminophen (fièvre et douleurs).
-Ibuprofen (anti-inflammatoire).
-Imodium (anti-diarrhée).
-Anti acide (pour l'estomac).
-Sirop d'Ipéca (utilisé pour induire le vomissement).
-Laxatif.
-Charbon activé (pour l'empoisonnement).
-Coussin hémostatique QuikClot.
-Solution saline normale.
-Médicaments que la famille utilise quotidiennement (tension artérielle, thyroïde, diabète…).
-1 masque de protection bouche a bouche.






4 commentaires:

  1. en fait bêtement ils manqueraient en premier .... d'eau potable. Peu d'espoir de faire valoir les contrats avec des fournisseurs en cas de kk .

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  2. Salut Serilynpayne…

    Effectivement !!!
    Eau potable, nourriture, énergie (seulement 3 jours), antibiotiques…je suis toujours étonné que nos hôpitaux ne sont pas mieux équipés que ça.
    J'ai personnellement trouvé le compte rendu intéressant…

    a+

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  3. (Oui mais en même temps les besoins en énergies de ce genre de bâtiment sont justes énormes...déjà 3 jours...combien de litres de fioul seront brûlés?...)

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  4. A savoir si les 3 jours sont pour un fonctionnement en mode "normalité" ou mod "désastre" car dans le second cas les services nécessitant de l'électricité ne sont pas si nombreux. Les services de réanimations et le bloc opératoire sont eux des gouffres à énergie mais le reste des services n'en nécessitent pas énormément. Le service des urgences, intrinsèquement n'en as pas spécialement besoin puisqu'il est un service de triage. Et la première lois de la médecine d'urgence est que l'on sauve les vivants. Pour exemple, un accident de voiture avec un adulte ayant un bon pouls mais inconscient et un enfant inconscient à pouls filant, les secours s'occuperont en priorité de la personne inconsciente ayant maintenue une fonction cardiaque stable. Le cœur n'est pas le choix, les capacités de réanimations elles le sont. L'énergie et le temps dépensé à tenté de sauver l'enfant seront perdu si l'adulte se dégrade soudainement alors qu'il est fort probable qu'on ne puissent pas récupérer cet enfant. La première fois c'est assez horrible je vous l'accorde mais quand on réfléchie 5 min, il vaut mieux utiliser notre temps à tenter d'en sauver un des deux que de perdre les deux ( j'ai pris l'exemple de l'enfant pour vous faire réfléchir uniquement même si ça arrive souvent hélas ).

    Dans le cas d'un hôpital donc il s'installe un système de triage rationnel ceux qui vont mourir ceux qui vont sans doute mourir ceux qu'on peux sauver et ceux à qui l'ont dit de fuir tant qu'il en est encore temps..

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