vendredi 18 février 2011

La décentralisation.







Le survivaliste est souvent l'objet d'un regard médiatique et collectif réduisant ses organisations a un stock de nourriture conséquent, et une armurerie pouvant paraitre d'un déséquilibre mentale et d'une paranoïa louche.

La plupart des documentaires ou des articles de presse qui s'attardent au monde du survivalisme, s'appliquent a une propagande qui ne cesse d'appuyer l'air de rien, sur le fait que les survivalistes ne peuvent être qu'une espèce mentale qu'il nous faut observer comme on observe une névrose.

Pour démontrer l'infaillibilité de leur jugement, mais surtout pour se rassurer eux même et par la même occasion valider une existence forgée dans la dépendance et la position de victime, l'information dispersée doit obligatoirement fournir deux pièces mettant en évidence l'instabilité du raisonnement survivaliste.

Un bon article sur le survivalisme doit donc montrer au grand public un arsenal d'armes variées pouvant donner au journaliste l'opportunité d'utiliser des termes comme "arme de guerre" ou "arme semi-automatique"…mais aussi et peut être surtout, un stock de munitions "énorme", avec des chargeurs pouvant contenir au moins 10 balles.




Bien sur, si le journaliste est capable de glisser ici des termes comme "automatique", "a répétition", "balle expansives" ou encore mieux, "AK47"…alors la c'est l'orgasme intellectuel assuré, et peut être même le rêve d'un prix Pulitzer a l'horizon.

En plus d'un arsenal "Goldorak", le journaliste doit obligatoirement s'assurer que le survivaliste qui fait l'objet de sa convoitise, soit d'une préparation "bouffe" a faire rougir de honte les Mormons les plus strictes.

"L'idéal Pulitzer", est ici de coincer une famille dans une cave pleine de boites de conserves, de sacs de riz et de blé, de tonneaux en plastique bleu abritant des centaines de mètre cube d'eau potable, de paquets de pâtes jusqu'au plafond, de cartons de PQ, de kilos de haricots et de flageolets, et le tout sur des étagères minutieusement organisées.




Ses deux conditions remplies, le journaliste vous souffle la question suivante : "mais…qui a besoin de tout ça ?". 



Alors nous voici aux portes de la décentralisation…cet Atomium du risque.
La décentralisation, est un geste qui a tendance a ne pas apparaitre dans la mise en place des organisations de la plupart des survivalistes, parce que celle-ci implique de résoudre non seulement certains problèmes logistiques, mais surtout, parce qu'elle semble contre-intuitive.

L'intuition première de tout survivaliste quand aux préparations "lourdes" (dans le sens qu'elles sont d'un univers physique et donc tangible), est gouvernée par l'anticipation du manque.

Comme beaucoup d'autres espèces animales mais aussi végétales, nous sommes biologiquement et psychologiquement "câblés" d'une manière qui rend le stockage au sens large, une poursuite s'alignant a des principes de survie primitives.

Si nous nous penchons sur nos vies, sur notre évolution et notre voyage psychique, il me parait évident que nous sommes continuellement a stocker des mémoires, des connaissances, des odeurs, des sensations, des directions, des philosophies…et quand bien même certaines de ses accumulations sont consciemment ou naturellement "biodégradables", nous n'avons de cesse d'amasser de "l'abstrait".

Nos corps, eux, sont de l'absorption, du recyclage et de l'utilisation immédiate, mais ils sont aussi du stockage.

Alors le survivaliste stock, mais il se limite souvent a une organisation "bunker", car l'amplitude et le poids du monde, le condamne a un repli sur soi influencé par le souvenir de son développement prénatal, ou l'enveloppe protectrice et nourricière de l'organisation biologique de la mère lui confère un sentiment ou le manque ne peut exister.

Cette "position foetus" est souvent adoptée par les survivalistes, et peut parfois devenir "dramatique", dans le sens ou ce recroquevillement vient perturber une relation au monde ou l'individu se doit de se confronter a cet extérieur parfois instable et imprévisible.




Le risque moins abstrait d'une organisation "bunker", est aussi de l'adage; "ne mettez pas tous vos oeufs dans un seul panier".

Quand je vois un article ou une video montrant des caves et des sous-sol pouvant subvenir aux besoins d'une famille pendant plus de 6 mois, quand je vois que certains se condamnent a une organisation misant sur l'étanchéité totale de leur seule et unique "Arche de Noé", je suis inquiet.


La décentralisation, qu'elle soit des finances ou de nos organisations survivalistiques, est un principe fondamental si nous nous intéressons a la gestion du risque.

Le risque d'incendie, d'inondation, de vandalisme et de cambriolage, d'une infestation d'insecte ou de vermine…le risque d'être soumit a une évacuation forcée et rapide due a un incident local ou régional quelconque ou un ordre des autorités, doit nous conduire a une organisation souple et nous permettre une adaptation optimale.




Armement, nourriture, énergie, outillage, premiers soins, argent, matériel de cuisine, matériel de camping, produits d'hygiène et kit administratif, sont des sphères qui ne devraient pas être limitées a un emplacement unique tel qu'un sous-sol par exemple, ou le risque de tout perdre lors d'une simple inondation est trop important.



La cache réciproque (un ou plusieurs container de survie pouvant être déposé chez un parent, un ami, une résidence secondaire ou un point de chute quelconque), est un moyen extrêmement efficace et pertinent de sécuriser en dehors de notre "bunker" des possibilités pouvant nous donner accès a un nécessaire de survie, au cas ou notre organisation principale serait inaccessible ou perdue comme il est souvent le cas lors de catastrophes naturelles et/ou humaines.
Il me parait évident aussi, que le monde de l'évacuation ne nous permet pas d'emporter avec nous la totalité d'une préparation imposante et variée, et qu'une décentralisation systématique de toutes nos ressources limite les possibilités de perte, et optimise notre adaptation.

La liste ci-dessous n'est bien sur qu'une représentation de cette cache réciproque, et la votre devrait refléter vos besoins uniques.
De plus, ce container peut aussi rester dans le garage prêt a partir, et devient alors un container d'évacuation, indépendant des préparations du foyer.





1- Nourriture / eau

-Popote de 2L minimum.
-Ustensiles de cuisine (cuillère - ouvre boite…)
-1 ou 2 couteaux (les Mora sont parfaits pour cette utilisation).
-Réchaud de camping + énergie.
-1 rouleau de papier aluminium.
-25 sac Ziplock congélateur.
-2 bouteilles Nalgene goulot large de 1L.
-500g de riz - 500g de pâtes - 500g de lentilles - 500g de haricots.
-Sel - sucre - beurre de cacahouète - sirop d'érable - miel (plus sur ces 5 produits prochainement).
-Graines saines, reproductives et bio (Mais, haricots, poivrons, tomates, courges, pommes de terre, betteraves, herbes…), attention, de nos jours, les graines ne sont pas toutes de vraies graines dites "Heirloom".
-20 barres énergétiques.
-2 rations de combat cannibalisées.




-Filtres a café - filtre a charbon - bandana.
-500ml d'eau de Javel (désinfection et traitement de l'eau).


2- Abri

-2 tarps.
-1 couverture en laine et/ou sac de couchage.
-Bonet - gants - chaussettes - sous vêtements.




3- Lumière / feu

-1 lampe torche a dynamo - frontale - bougies.
-Allumettes - briquets (prévoir des boites entières d'allumettes et au moins 5 briquets…ces objets peuvent être troqués).
-1 tige allume feu.




4- Protection / prévention

-5 Masques a poussière N95.
-Gants de travail.
-1 kit de premiers soins de niveau 1.
-1 trousse hygiène (savon non parfumé, brosse a dent - dentifrice - fil dentaire - PQ - mouchoirs - tampons - serviettes hygiéniques…)
-25 sacs poubelles de petite taille.
-1 bombe lacrymogène (gel).
-Munitions (je ne laisse pas d'armes a feu dans le kit, mais j'y met quelques munitions) 50 .38SPL - 50 .357mag - 50 9mm - 100 .22LR - 25 #7 et 25 #00 de calibre 12.




5- Matériel divers

-1 hache.
-1 pelle.
-1 machette ou un couteau solide de plus de 15cm.
-1 pied de biche plat (plus facile a ranger dans le container).
-1 pince coupante.
-1 pince étau.
-1 scie a bois.
-1 scie a métaux + lames de rechange.
-1 tournevis a multiples embouts (plats, cruciforme, étoile…)
-1 boite de clous de construction.
-1 boite de vis multifonctions de 3 ou 4cm.
-Fil de fer - corde (30m de 550 paracord et une corde solide d'escalade d'environs 15m).
-Ciseaux.
-Duct tape.
-WD40 (1 bonbonne).
-JB Weld (1 paquet).
-1 pierre a affûté.




6- Logistique

-1 radio a pile.
-Piles AA - AAA - 9v - CR123 (lithium).
-Cartes du continent, routières et topographiques.
-100$ en petites coupures - 5 pièces en argent.
-Papier - crayon - marqueur.
-1 boussole (Silva).




Le tout devrait pouvoir être contenu dans 1 ou 2 container en plastique solide.
Ce genre d'organisation est exactement ce que nous utilisions a Los Angeles a un niveau régionale par exemple, en ayant 3 containers dispersés chez 3 amis. En cas de problème tel qu'un tremblement de terre ou une émeute par exemple, nous étions alors en possession de 4 points de chute (résidence principale + 3 caches) équipés d'un matériel de survie.

Ce principe est d'ailleurs utilisé par toutes les écoles de la Californie, ou chaque école et lycée entrepose un matériel varié de survie dans un container en métal.




Si le système de la cache réciproque est un moyen de décentraliser nos préparations a une échelle locale, régionale voir même d'un pays tout entier, il n'en reste pas moins que la décentralisation se doit d'être appliquée au sein de la résidence principale.

"Un petit peu ici, un petit peu la", est un excellent moyen de réduire l'impact d'un événement dramatique sur nos préparations même…sur notre résidence principale.
Les événements comme Katrina, les émeutes de Los Angeles de 1992, les inondations du monde entier, ou tout simplement un incendie dans votre immeuble, prouvent qu'une préparation poussée qui se résume a un endroit unique tel qu'une pièce au sein de la résidence principale est toujours d'un risque de se voir tout perdre d'un coup.

Imaginez 1 an de préparation dans un sous-sol de la Nouvelle Orleans avant Katrina !


Un coffre en banque, est aussi une méthode de décentralisation pouvant nous donner les moyens de disperser certaines obligations administratives.

De simples photocopies de nos documents comme nos cartes d'identités, nos passeports, nos livrets de famille, nos cartes bancaires ou nos permis de conduire…quelques clefs USB comportant des photos de toutes nos possessions et/ou les numéros de série de nos armes par exemple, peuvent être sauvegardées dans le coffre a la banque.

Un peu d'argent liquide en plus, et nous avons ici un kit administratif complet, décentralisé et pertinent.





6 commentaires:

  1. Salut à toi, Volwest.
    Je suis en train de monter un de ces kits, que je compte stocker en dehors de chez moi.
    Si je puis seulement apporter ma pierre à l'édifice: dans le change complet, prévoir une paire de chaussure de terrain. Chez D4, on trouve une paire de chaussure de rando à 15€. Ce n'est certes pas le top (elles ne sont pas étanches, made in china, etc...), mais elles peuvent être d'un secours inestimable, surtout si vous rejoignez votre cache en costume/cravate avec vos belle chaussures du dimanche...
    De même, un bidon pliable de 10/15l peut être aussi une bonne idée.

    D.

    RépondreSupprimer
  2. Salut l'ami…

    Oui en effet les possibilités sont vastes.
    D'un four solaire a un gilet par balles tout est permis.

    Prends soin.

    RépondreSupprimer
  3. Encore un article édifiant et rationnel... En effet, le risque du repli sur soi est de s'enterrer quelque part et d'y rester, de faire de la prévention du risque, qui vise à préserver notre bonheur et notre quiétude, une vie craintive dans laquelle on s'exclue du monde. Merci et bonne continuation sur ce blog qui, décidément, est une mine d'or !

    Jo.

    RépondreSupprimer
  4. chez moi les souris passent au travers des caisses en plastique, donc j'ai opté pour les "cantines" en métal ;)

    RépondreSupprimer
  5. Bonjour Vol,

    Article très intéressant que je ne découvre que maintenant. Je plussoie largement quand à la critique des médias, particulièrement les organes de presse TV, dont le crédo est objectivement l'entretien des peurs (faut voir tous les documentaires sur les "unités spéciales" pour se rendre compte du besoin de rassurer les spectateurs après leur avoir présenté les vilains survivalistes, vilains barbus, ...).
    Pour revenir à ta liste du kit de décentralisation, saurais-tu nous donner - à titre indicatif - les prix que tu paierais chaque item aux US, de façon à savoir ce qui serait raisonnable de payer ou non en Europe ? Parceque ici j'ai vraiment l'impression qu'on nous jambonne en larges tranches (en dehors du traditionnel prix $US converti en 1 pour 1 en €) ...

    Merci.

    JP

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.