jeudi 6 janvier 2011

Katrina - 3 leçons d'un désastre peu ordinaire.









L'ouragan Katrina qui s'est abattu sur les USA en 2005, est au sein du survivalisme un événement particulier. Ce désastre, qui aura fait 1836 morts confirmés et plus de 81 milliards de dollars de dégâts, s'inscrit dans nos livres de survie comme un événement peu ordinaire.

Si nous y réfléchissons bien, combien d'événements d'une ampleur aussi catastrophique que Katrina nous donnent un avertissement de plus de 3 jours ?
Une attaque terroriste ? Un tremblement de terre comme celui d'Haiti ? Un accident industriel tel que la catastrophe de Bhopal en Inde ?

Katrina a été un événement particulier du en partie au temps qui s'est écoulé entre la sonnette d'alarme, et l'événement même.
Ce désastre a d'ailleurs frappé une région qui était sous un ordre d'évacuation obligatoire…et ou des millions de personnes ont eu le temps de se préparer et de s'enfuir.

En plus de ce temps de préparation a l'échelle du citoyen, les autorités locales et fédérales ont elles aussi eu le temps d'anticipées les conséquences d'un ouragan aussi impressionnant que Katrina, et de mettre en place une logistique et des systèmes de secours sur la totalité de la région.

Le reste est des images et des informations que nous avons reçus…quand bien même cet événement était prévisible, quand bien même le citoyen, les autorités locales et le gouvernement ont eu le temps de se préparer, Katrina a été la preuve de la fragilité de nos systèmes de supports, de la fragilité de notre fabrique.

Les autorités locales et fédérales ont été dépassées par les événements, et le citoyen a fait l'expérience d'un monde sans système de santé, sans systèmes de supports…sans filet de sécurité.
Quand bien même le gouvernement a eu le temps d'installer autour de toute la région touchée des bases de ravitaillements, environ 30 000 personnes s'étant réfugiées a la dernière minute a l'intérieur du Superdome sont restées plus d'une semaine sans aucune aide extérieur appropriée.
Quand bien même le gouvernement a eu le temps de prévoir et de s'organiser, des centaines de familles sont restées sans aide pendant des jours.
Quand bien même les services de santé et de secours ont eu le temps de se préparer, des centaines de familles ont été privées d'aide médicale, et des centaines d'individus sont morts.
Quand bien même les autorités locales et fédérales ont eu le temps de mettre en place une logistique lourde et conséquente, la sécurité est devenue impossible a gérer.




Les leçons de ce désastre peu ordinaire sont d'un parfait microcosme de l'effondrement de nos systèmes de supports, conséquence et point commun de tout désastre, que ce soit sur le court ou le long terme, le milieu urbain ou rurale, le pauvre ou le riche.

Cet effondrement des systèmes de supports, a été pour les régions touchées par Katrina d'une sévérité sans précédant pour un pays tel que les Etats Unis, dénonçant implacablement la fragilité de nos infrastructures et la dépendance d'un collectif bercé par l'illusion d'être hors de danger, et donc exempt d'une responsabilité individuelle pourtant pertinente.




Sur ce point, une renaissance importante de la préparation personnelle et familiale a vue le jour aux Etats Unis a la suite de cet événement. 
Le gouvernement, et principalement au travers de FEMA (Federal Emergency Management Agency), a énormément investit quand a la sensibilisation de ses citoyens a la préparation en cas de désastre naturelle ou humain, déversant sur la toile une information plus ou moins adaptée.


Cet effort omniprésent de responsabilisation individuelle par le gouvernement Américain, couplée d'une information visuelle toujours plus rapide et continue de désastres tels que Katrina et plus récemment le tremblement de terre a Haiti, aura sans aucun doute été une influence déterminante quand a l'essor du survivalisme, et la propagation d'un sentiment d'insécurité au sein de nos foyers.







Quand bien même le renouveau d'un intérêt calculé pour le survivalisme et la préparation germe du passage a l'an 2000, cet intérêt s'épanouit avec Katrina.
La principale raison de cette épanouissement n'est cependant pas la prise de conscience d'un univers conduisant l'individu a une auto-responsabilisation et un travail d'indépendance, mais a la perte de confiance totale envers le gouvernement et son aptitude a gérer l'événement dramatique.

Cette perte de confiance, se reflète d'ailleurs dans la plupart des nombreux films catastrophes Hollywoodiens qui font leurs apparitions sur nos grands écrans ces dernières années.

Cette réalisation troublante par le citoyen, est ici la fondation d'une préparation bancale massive, ou le gouvernement est blâmé…car la première leçon de ce désastre peu ordinaire qu'a été Katrina, est d'une machine gouvernementale lente et incapable.




Simplement, nos gouvernements, même en ayant le temps et les moyens de se préparer a un désastre, sont incapables de gérer l'urgence effectivement et rapidement.

Cette projection psychologique inévitable du blâme est la deuxième leçon que nous offre Katrina. 
Si le citoyen se prépare plus aujourd'hui, ce n'est pas dans un esprit de responsabilisation, ce n'est pas dans un esprit d'indépendance ou même de contribution, mais bien parce qu'il ressent un besoin individualiste de se préparer a voir le gouvernement l'abandonner.
Ce n'est pas de sa faute si sa famille meurt de faim et de soif, ce n'est pas de sa faute si sa famille est condamnée a vivre dans la rue ou a dépendre d'une aide plus ou moins adaptée a ses besoins…non, tout cela est la responsabilité d'un gouvernement que nous savons tous lent et souvent incapable !!!

Il me parait évident, que la responsabilisation est totalement indépendante de ce que le gouvernement peut ou ne peut pas faire pour moi et ma famille, surtout dans une situation d'urgence ou des milliers sont dans le besoin.
Si nous n'apprenons pas cela d'un événement comme Katrina, nous ne l'apprendrons jamais. 

Cette projection qui affirme l'incompétence de nos gouvernements, est cependant d'une énorme lâcheté qui s'immisce au sein du survivalisme, et qui perpétue une image du survivaliste qui implique une position sociale, psychologique et politique douteuse, puisque l'intention et le geste de cet individu n'est autre que de refuser la réalité de notre univers.

Le survivaliste ne se prépare pas a se voir être abandonnée par son gouvernement durant un événement catastrophique. Il n'est pas cet enfant, qui dans un effort d'attention ou de retrait par rapport au monde qui l'entoure claque la porte de sa chambre…le survivaliste n'est pas cet individu qui vit au rythme de ses peurs, au rythme de ses attentes ou de ses faiblesses, le survivaliste ne blâme pas un autre pour son manque d'attention, pour son manque de résolution, son manque de responsabilité, son manque de préparation…non, le survivaliste se responsabilise parce qu'il a comprit son rôle, et la nature même de l'enjeu qui parfume la réalité de notre monde.

Liberté, autonomie, indépendance, défi, responsabilité, harmonie…voila la colonne vertébrale du survivaliste.


La troisième leçon de l'événement Katrina, est d'une cruelle évidence pour le sédentaire que nous sommes devenu et les familles, car ce désastre semi-naturel et semi-humain, démontre l'importance d'une planification qui se doit être d'un travail de reconnaissance  poussé de notre environnement et axée sur l'évacuation.
Ce travail, devrait s'intéresser plus précisément aux risques inhérents de notre environnement immédiat, qu'il soit urbain ou rurale, pour la construction d'un plan d'évacuation optimal. 




Katrina nous rappel sans détour et sans pitié, que la préparation doit inclure un plan d'évacuation solide, surtout pour les familles avec des enfants.
La logistique qu'implique l'évacuation est souvent suffisante pour faire naitre une rationalisation de la gestion du risque qui ampute nos plans d'évacuations, et nous "condamnes" a une préparation visant principalement et parfois uniquement nos habitats.

L'événement, quel qu'il soit, ne fait pourtant aucune différence entre un enfant de 4 ans et une racaille. 
Même si nos préparations sont logiquement plus développées a l'intérieur de notre champ d'action immédiat, il nous faut bien nous rendre a l'évidence qu'un événement tel que Katrina ou Bhopal, est d'une réponse qui nous force a l'évacuation. Famille ou pas, enfants ou pas, personnes âgées ou pas, problèmes de santé ou pas, animaux domestiques ou pas.

Se préparer a l'évacuation, est d'ailleurs d'une importance capitale pour les familles nombreuses ou ayant des besoins spécifiques (personnes âgées et enfants en bas âges).
Un jeune homme de 25 ans vivant seul et ayant des besoins physiologiques et psychologiques minimes, pourra plus facilement s'adapter et survivre un événement catastrophique ou l'évacuation est inévitable, qu'une famille gouvernée par des besoins complexes et conséquents.


La famille toute entière devrait être prête a devoir quitter le confort relatif qu'offre nos maisons et nos appartements…et ceci a pied.
Si je suis prêt a évacuer a pied, je suis prêt a évacuer en voiture…l'inverse n'est pas vrai.
Les voitures, les motos, les vélos, les poucettes et que sais-je encore sont d'un lux que l'événement catastrophique permet rarement, et nos préparations devraient toujours s'orienter vers des systèmes minimalistes quand a leurs besoins.
Un vélo a des besoins, une motos des besoins plus importants, et une voitures des besoins encore plus important. 



Les réfugiés du monde sont de la marche.

Cette réalisation pouvant paraitre cruelle, est cependant d'une importance pertinente. La survie commence par les systèmes les plus simples et les moins soumis a des besoins variés…et il nous faut construire nos systèmes du plus petit au plus grand, et non l'inverse.

Pour augmenter nos chances de survie, et alléger cette construction pyramidale, la mise en place de plusieurs points de chutes est sans doute un des objectifs qui devrait prendre une place importante au sein de l'évacuation.

Un point de chute n'est pas forcement cette cabine dans les montagnes, défendable et prête a nous voir survivre la fin du monde tel que nous le connaissons. Un point de chute est aussi un hôtel, un terrain de camping, l'appartement d'un proche ou la maison d'un ami. Cette position n'est pas forcement défendable, ou remplie de matériel et de possibilité pouvant nous permettre la reconstruction d'un monde entier…non, la fonction première d'un point de chute est d'être en dehors du champs d'action d'un événement dramatique, et nous offrir l'essentiel pour le maintient de la vie (abri - eau - nourriture - premiers soins - protection).

La fonction première et principale d'un point de chute, est d'être suffisamment éloignée du danger que nous fuyions. Point final.

Tout comme nos préparations se construisent a partir d'une relation a notre univers minimalisante, nos points de chutes doivent être appréhendés de la même manière. Le but d'un point de chute durant Katrina n'était pas qu'il soit cette forteresse pleine a craquer de matériel et de possibilités, mais simplement a l'extérieur du champ d'action de l'ouragan.

Cette mystification du point de chute qui envahi notre imagination est une idée qui se base sur certains instincts qui ont du mérite, mais qui ne sont pas rationnels. Mes points de chutes ne sont pas ces forteresses inspirées de l'arche de Noé, nous donnant l'impression de pouvoir survivre la fin du monde, mes points de chutes sont simplement de 4 directions différentes, et de distances différentes.

C'est un effort de décentralisation qui s'impose.
Si j'étais, et je ne le suis pas, ce survivaliste symétrique, et que ma maison était a la Nouvelle Orleans durant Katrina, j'aurais sans aucun doute perdu la totalité de mes préparations, la totalité de mon investissement…de mes possibilités.

La décentralisation de nos préparations est primordiale, car elle minimise l'impact de l'effondrement de nos propres systèmes de supports…
Pourquoi vouloir a tout prix, s'immuniser de la fragilité de nos systèmes de supports, par la constructions de systèmes tout aussi fragiles et vulnérables a une seule tempête ? Une seule inondation ? Un seul incendie ? 

Je préfère avoir 1 mois de nourriture dans 4 endroits différents, que d'avoir 4 mois de nourriture dans ma cave.
Je préfère avoir 4 popotes de 2 litres en aluminium a 5$ dans 4 endroits différents, qu'un quart en titane a la maison.
Je préfère avoir 5000$ dans 4 banques différentes, que 20 000$ dans une seule.

Cette décentralisation systématique de nos préparations est totalement complémentaire d'une vision du point de chute plus souple et adaptive.
Nous ne pouvons nous permettre de tout miser sur une seule solution quand a l'évacuation,  tant les paramètres sont ici nombreux et imprévisibles (voir l'article "cache réciproque").

Cette réalisation est de l'étendue de Katrina, du nuage radioactif de Tchernobyl, du nuage de poussière d'un volcan, de Bhopal, du raz de marrée en Indonésie…évacuer, veux dire s'éloigner du danger, ce qui veux bien dire aller dans la direction opposée du danger ET de sa progression. Que faites-vous si cette progression se dirige vers votre unique point de chute ? 


Progression de Katrina.








2 commentaires:

  1. Salut volwest!

    Encore bien joué pour cet article.
    Il y aurait plusieurs points à soulever mais si l'on s'en tient "juste" au changement climatique: On peut remarquer que la majorité des gens (citoyen n'est hélas plus le mot adapté!) et des gouvernements ne prennent la situation au sérieux qu'APRES l'évènement dramatique (inondation, tempête...)
    See U

    Petrus.

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  2. Salut,

    Exemple flagrant en France lors de la tempête Xynthia en 2010. Vents violents + grosse marée = inondations en Vendée(mon département) et la Charente-Maritime. Cela s'est produit en pleine nuit. La mer à détruit les digues.

    Bilan : 59 morts et près de 2 Milliards d'euros de dégâts. Le maire de la Faute sur Mer (Vendée) n'a pas ressenti le besoin d’évacuée ses concitoyens avant la tempête, résultat : 29 morts. Il n'y a pas eu de système d'alerte ou anticipation d'évacuation. Les secours n'ont pu venir que le lendemain pour aider les gens.

    http://videos.tf1.fr/infos/2010/tempete-xynthia-la-vendee-inondee-vue-du-ciel-5713122.html

    J'habite sur l'Ile de Noirmoutier et nous avons eu la chance de n'avoir que des dégâts matériels (dont l'entreprise où je travaille).

    Voila aussi un autre exemple d'un gouvernement lent.

    Très bon article.

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