mercredi 6 octobre 2010

La Faim du monde.










Même si il est vrai que nous pouvons survivre sans nourriture pendant quelque temps…même si il est vrai que manger, au sain de la survie, n'est pas une priorité physiologique comme respirer ou boire, il nous faut bien admettre que la sphère de la bouffe est une sphère qui gouverne nos vies, et quand bien même la règle des 3 (3 secondes sans attention, 3 minutes sans air, 3 heures sans abris, 3 jours sans eau et 3 semaines sans nourriture) nous invites a la priorité quand a nos besoins physiologiques, elle n'exprime pas toute la complexité de l'homme et son héritage.

Si la nourriture n'est pas une priorité physiologique, comment se fait-il que nos vies, que notre histoire, est gouvernée par sa production et sa consommation ?
Comment se fait-il que la pauvreté est synonyme de famine, et que le partage de la nourriture est associé a l'amitié ?

N'est-il pas fascinant de voir cette sphère être le centre de toutes les civilisations et les religions du monde ? Du dernier repas du Christ aux offrandes a Krishna en passant par les lois et les interdictions de l'Islam jusqu'a la louve de l'empire Romain, la nourriture s'étale et s'emballe, s'offre et s'interdit, comme si notre ventre était le centre d'un certain mysticisme.



Bien sur, notre relation a la nourriture ne s'arrête pas a la religion et au symbolisme, elle est aussi le centre de nos célébrations, de nos rituels familiales, et surtout, elle semble pour la plupart définir notre position au sain du "troupeau"…car qui la possède, possède un certain pouvoir et donc d'autres chances de survie.

Avec nos sociétés construites sur la consommation, il n'est pas difficile de prédire la faim de notre espèce. 
L'histoire de cette faim prend sa source a notre naissance.
Quand un nouveau né est encore connecté a sa mère par le cordon ombilical, son cerveau reçoit un apport constant, nécessaire et plus ou moins stable en glucose.
Quand le cordon ombilical est coupé, cet apport en glucose est soudainement contrarié. 

Le nouveau né fait alors l'expérience brutale d'un passage a un état plus ou moins serein, a un manque…un manque qui le suivra toute sa vie. Cette rupture se manifeste au niveau du ventre, et sera plus ou moins intense selon le temps qu'il faudra a la mère pour produire une nourriture adéquate.
Cette sensation de manque est la manifestation de la sensation dans le corps, et déclenche chez le nouveau né un processus instinctif de recherche.

Ce processus instinctif est d'ailleurs le même qui guide certaines espèces au lait de la mère…l'Homme, lui, ne peux pas par lui même trouver cette nourriture, et dépend de la mère pour se nourrir, ou être compensé par des caresses ou des sons.
Cette compensation oriente alors plus ou moins intensément le cerveau du nouveau né pendant cette fantastique période qu'est la naissance.
Non seulement le développement de l'enfant est influencé et conditionné par l'alimentation de la mère, mais le nouveau né se verra aussi être conditionné a un futur basé sur la consommation de nourriture, et/ou la consommation de compensations.

Il est ici intéressant d'observer que dans la plupart de nos cultures, nous célébrons nos anniversaires par la consommation d'un gâteau, comme si nous nous rappelions ce manque de glucose durant la naissance.



Si nous nous penchons maintenant sur notre histoire, nous pouvons voir que tous les changements majeurs et formateurs de notre présent sont intimement liés a la nourriture. De la mise en oeuvre de certains outils et de nouvelles techniques de chasses par l'homme de Cro-Magnon a la révolution de l'agriculture moderne, la nourriture a toujours été au centre de notre évolution.

Même si l'eau par exemple est plus haute sur l'échelle de nos besoins physiologiques, son impact sur nos cultures, et donc sur nos préparations, ou la mise en place de certains systèmes en rapport avec l'anticipation de situations de survie, est toujours beaucoup moins intense, et son manque moins anticipé. Cette sphère est d'ailleurs d'une nature complètement différente pour le nouveau né qui se voit entrer dans ce monde sans un besoin particulier pour l'eau.

La différence avec laquelle nous faisons l'expérience de l'eau et de la nourriture a la naissance est dramatique, et d'une certaine manière conditionne dans le temps notre relation avec ces deux sphères. Cette relation déteint inévitablement sur notre approche et notre compréhension de la survie. 
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les émissions de télévisions sur la survie telles que "Man vs. Wild" se tournent toujours plus ou moins sur la procuration et l'ingestion de nourritures exotiques, nourrissant ainsi notre fascination et notre lien émotionnel avec cette sphère.



Il n'est pas étonnant dès lors de voir apparaitre une dichotomie dans notre rapport avec la nourriture et la survie.
D'un coté nous sommes instinctivement et psychologiquement gouvernés par cette sphère au travers d'une recherche constante et préoccupante, et d'un autre sa place au sain de la survie n'est pas physiologiquement primordial sur le court terme pour le maintient de la vie.

Même si l'alimentation n'est pas souvent physiologiquement vitale en situation de survie, l'univers de la nourriture a cependant un rôle déterminant pour nous, et le voyage labyrinthe aux parois nutritive de notre espèce est d'une nature extrêmement pertinente si nous élargissons notre champs de vue pour y inclure le survivalisme.

De Gandhi au Kung fu, en passant par la révolution Française et la migration de millions vers l'Amérique, la nourriture et sa procuration est encore et toujours au centre d'une multitude d'événements qui définissent plus ou moins clairement la relation nourriture/indépendance.

Pour arriver a la création d'une Inde indépendante de l'empire Britannique, Gandhi aura vendu les siens. Il aura, avant de s'inscrire dans nos livres d'histoire comme un pacifiste écrit ceci : 
"Pour nous apporter cet état des choses (l'indépendance), nous devrions avoir la capacité de nous défendre nous même, c'est a dire, la possibilité d'avoir des armes, et de s'en servir…si nous voulons apprendre l'utilisation des armes avec la plus grande efficacité, il est de notre devoir de nous enrôlés dans l'armée."

Bien sur, Gandhi écrivît une deuxième lettre au secrétaire du Viceroy indiquant :
"Je ne tuerai ou blesserai personne personnellement."

Si il me faut explorer cette magnifique dichotomie venant d'un homme adhérant a des principes de non-violences, c'est que l'explosion d'un travail portant a l'indépendance de l'Inde et l'arrivée en scène de Gandhi, découle de protestations par les paysans et les fermiers contre certaines taxes excessives sur la terre et donc la nourriture.

Le Kung fu est lui aussi lié a la nourriture, quand dans certaines provinces Chinoises, les paysans prennent en mains la défense de leurs champs et de leurs récoltes, sous un régime leurs interdisant l'utilisation des armes.
La migration de millions vers l'Amérique découle d'une vision ou l'Européen se voit libre de posséder une terre, et d'y faire pousser un lendemain pour sa famille sans être soumit au titre de cerf.



L'indépendance, est toujours en relation plus ou moins fertile avec la terre, et un moyen de la défendre. Si l'homme n'a pas les moyens de défendre sa terre et donc sa nourriture, il devient esclave. C'est pour cette raison que la production personnelle de la nourriture est une révolution, et que la possession de l'arme est plus ou moins prohibée et régulée par les gouvernements du monde.

Ceci est encore plus pertinent aujourd'hui, et ceux la qui gouvernent la nourriture, gouvernent le monde.

L'urbanisation a outrance de notre planète est une indication de contrôle et de dépendance. Les fermiers du monde sont poussés dans les villes, les terres fertiles sont déclarées patrimoines naturelles, et le citoyen cerf désarmé devient esclave, tout en jurant de sa liberté.

Les fermes autrefois nombreuses, sont remplacées par de vastes usines de traitement de lipides et de glucides, ou le rendement est synonyme de produits chimiques, et ou la terre même est littéralement tuée. Les milliards d'organismes faisant du sol une entité vivante et nutritive pour la plante sont décimés, faisant place a une terre compactée et non-fertile qui ne respire plus.
Les pluies ne parviennent plus a pénétrer le sol, et les inondations deviennent une réalité permanente.

Des villages entier sont aujourd'hui expulsés vers les villes au Mexique, en Afrique, en Asie…ou des familles autrefois indépendantes tombent dans la pauvreté, le désespoir et la dépendance. Ils alimentent maintenant le vol, le crime, les statistiques sombres, la pollution et la famine.

Posséder une terre (première richesse), et avoir un moyen de la défendre, est un défi moderne qui prend toute son ampleur quand on puise son sens dans l'histoire de notre espèce…et si le survivalisme peut être définit comme un geste qui tend a réduire notre dépendance et affirmer notre conscience, la nourriture et l'arme sont ses outils fondateurs.






1 commentaire:

  1. hello, bien sympas tes messages ! ;)

    L'air et l'eau ne dépendent pas de la vie mais du monde "minéral", manquer d'air c'est rare, pour l'eau, généralement on s'installe là où il y en a. La nourriture (pour les êtres humains) dépend de la vie, végétale ou animale et comme la vie ne se laisse pas si facilement prendre ou contrôler, on craint d'en manquer...

    RépondreSupprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.